Miroir de nos peines – Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre sera sans conteste mon auteur préféré pour 2020 (et plus particulièrement sa trilogie que j’ai pu entièrement audiolire).

Miroir de nos peines est le dernier tome de la trilogie commencée avec Au revoir là-haut et poursuivi avec Couleur de l’incendie.

Avril 1940 – Juin 1940
Ligne Maginot : Les hommes sont mobilisés depuis six mois mais il ne se passe rien sur le front.
A Paris, Louise, 30 ans souffre de ne pas pouvoir avoir d’enfants. Désespérée, elle accepte la « proposition » d’un client du restaurant où elle travaille de le retrouver dans une chambre d’hôtel.
Rouen : l’avocat Désiré Migot essaie de sauver une meurtrière (nommée Valentine) de la guillotine …

Pour moi la grande réussite de ce livre tient à plusieurs choses : d’abord au fait de retrouver Louise, qui était une petite fille de dix ans dans « au revoir là-haut », et qui dans ce tome est une jeune femme de 30 ans, en pleine remise en question. Cela m’a ancré dans une certaine continuité et puis j’avais déjà été conquise par Louise.
L’autre fait qui m’a plu est la relation d’amitié qui va unir Raoul et Gabriel, petit à petit : au départ tout les oppose sur la ligne Maginot (Raoul est borderline, prêt à tous les larcins, Gabriel est honnête et « incorruptible »). Puis après un fait d’armes surprenant, ils semblent se découvrir des points communs et se retrouvent ensemble sur les routes de France en pleine débâcle : l’offensive allemande est rapide et écrasante…
Enfin, le troisième fil narratif met en scène un personnage totalement déjanté et loufoque : Désiré Migot, dont je parlerai peu pour laisser aux futurs lecteurs la joie de le découvrir, celui-ci a un comportement jubilatoire.

Au niveau historique, les faits relatés m’ont également intéressée : le fonctionnement des services de l’information ( la censure) font comprendre la sidération des soldats et de la population française suite au « raz de marée allemand » : « Deux fusils contre 1000 blindés »  dira Gabriel effondré avant de tenter l’impossible …

J’ai eu un peu peur quand l’auteur a démarré un quatrième début d’histoire (celle de Fernand le garde-mobile), peur de voir l’histoire se perdre dans des détails, mais pas d’inquiétude à avoir, Pierre Lemaitre l’intègre (d’une main de maître si j’ose ce mauvais jeu de mot) à l’intrigue déjà bien avancée.

Dès le début on se doute que les 3-4 histoires vont se rejoindre, il y a en permanence un suspense et un art de la mise en scène qui m’a laissé ébahie et ravie …

J’ai aussi aimé écouter l’auteur qui dit à la fin qu’il travaille sur une saga familiale de 1945 à nos jours….

Un extrait

Jour après Jour le Reich progressait, l’héroïsme des soldats français et alliés chargés de résister trouvait sa limite dans la position stratégique des deux camps. Tôt ou tard, on serait face aux Allemands et dos à la mer. Ce serait un massacre ou une déroute, peut-être les deux, plus rien alors ne s’opposerait à l’invasion du reste du pays, Hitler pourrait être à Paris en quelques jours. Désiré en aurait fini avec la guerre. En attendant, il travaillait.

– Bonsoir à tous. Monsieur R., de Grenoble, me demande ce que nous savons « sur l’état réel des dirigeants du Reich ».
– Musique.
– Si l’on en croit Radio-Stuttgart, Hitler est aux anges. Nos services d’espionnage et de contre-espionnage nous livrent, eux, des informations autrement plus gênantes pour le Reich. D’abord, Hitler est très malade. Il est syphilitique, ce qui n’a rien d’étonnant. Même s’il a tout fait pour le cacher, Hitler est homosexuel, il a d’ailleurs attiré auprès de lui quantité de jeunes hommes pour assouvir ses fantasmes, personne n’a jamais eu de nouvelles d’eux. Il ne dispose que d’un seul testicule et souffre d’une impuissance irréversible qui l’a rendu fou. Il mord les tapis, arrache les rideaux, reste prostré pendant des heures. Du côté de son état-major, la situation n’est pas meilleure. Ribbentrop, disgracié, s’est enfui avec le trésor des nazis. Goebbels sera bientôt jugé pour trahison. Faute de chefs lucides et sains d’esprit, l’armée allemande est condamnée à faire la seule chose qui ne demande pas de réflexion : foncer droit devant elle. Nos chefs d’armée l’ont parfaitement compris, qui la laissent s’épuiser dans cette course folle et la stopperont dès qu’elle n’offrira plus de résistance, ce qui ne saurait tarder.

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