Le pouvoir du chien – Thomas Savage

Montana -1925

Thomas Savage nous présente tout d’abord deux frères. Ils sont à la fois proches et sans points communs : Phil, 40 ans, est celui qui semble réussir tout ce qu’il entreprend : études, reprise du ranch (immense) de la famille, musique, vie sociale. Il est dur, impitoyable, charmeur aussi… Georges, de deux ans son cadet, est tout le contraire :il est foncièrement gentil, taciturne mais n’arrive pas à trouver sa place dans l’ombre de son grand frère.
Les parents, vieillissants, sont partis au loin pour fuir la rigueur du climat du Montana.
Dans un deuxième temps, l’auteur nous présente le docteur local et son épouse Rose. Ceux-ci ont un fils adolescent Peter, qui de l’avis de tous est efféminé et par conséquent harcelé à l’école.
Dépressif et alcoolique, le docteur finit par se suicider, suite à une humiliation de Phil, et quelques temps plus tard, par un étrange enchaînement de faits, Georges épouse Rose et l’emmène au ranch, où Phil lui déclare une guerre sournoise.
C’est à partir de ce moment de la rencontre entre Phil (le « mauvais » frère) et Rose que j’ai réellement accroché à ce livre…. La tension est à son comble : on se demande si Rose va perdre la tête, si elle s’imagine tant de noirceur ou si Phil a réellement la volonté de la détruire…
Lentement, je me suis dit que cela allait mal finir…. mais pour qui ?
En parallèle de l’histoire fort prenante de ce quatuor, Thomas Savage nous raconte un monde finissant : celui des grands ranchs où, petit à petit les chevaux sont remplacés par des tracteurs et moissonneuses batteuses, celui finissant également des indiens réduits à vivre en réserve mais dont les anciens se rappellent encore la liberté des grands espaces…
Un roman où la tension psychologique monte jusqu’à la fin surprenante…(même si la quatrième de couverture la laisse deviner).

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Deux extraits

Si le vent soufflait correctement et si vous aviez un bon odorat, vous pouviez sentir les parcs à bestiaux de Beech bien avant de les voir ; ils se situaient au bord de la rivière, presque à sec à cette période de l’année, rétrécie loin de ses berges et si tranquille qu’à sa surface se reflétaient la voûte du ciel vide, les pies qui battaient des ailes au-dessus en quête de charogne, de gauphres et de lapins morts de tularémie, ou d’un cadavre de veau boursouflé, victime de ce qu’ils appelaient dans la région la maladie du charbon. Oui, si le vent soufflait correctement et si vous aviez un bon odorat, vous perceviez l’odeur de l’eau, la puanteur de soufre et d’alcali dégagée par le ruisseau apathique qui se jetait dans la rivière devant les enclos et la polluait.

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Il méprisait ce que jouait Rose, des morceaux qui n’étaient ni chair ni poisson – le genre de truc qu’elle avait sans doute pianoté dans son bastringue ou Dieu sait où ; et il savait fort bien pourquoi elle s’exerçait comme elle le faisait.
Ce vieux Georges avait vendu la mèche.
Le grandissime va venir dîner ici, avait dit George.
Eh bien, m’sieur, mais c’est qu’on monte dans le Gr-ra-and Monde remarqua Phil. On va sortir les rince-doigts? Et Phil avait ri. Voilà donc la manière dont George voulait introduire sa pianoteuse de femme dans le Gr-ra-and Monde ! Il se marrait en écoutant Rose s’escrimer sur son buffet tout neuf, faire bourde sur bourde, larguant ses notes comme des miettes de pain, et puis, quand elle avait fini, il jouait le morceau correctement.
Il fallut plusieurs jours à Rose avant de se rendre compte de ce qu’i faisait, et alors elle s’arrêta de jouer sauf s’il était dehors. Maintes et maintes fois, Phil entendit Rose s’interrompre lorsqu’il ouvrait la porte de derrière, et ça, c’était presque aussi bon que de la singer. Elle était facile à énerver. Comme elle avait les mains qui tremblaient, quand elle servait le café ! Phil ne supportait pas les gens qui se prennent eux-mêmes en pitié.

LC avec Ingannmic

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