Les intermittences de la mort – José Saramago

L’action se passe dans un pays qui ne sera pas nommé, on sait cependant qu’il s’agit d’une monarchie constitutionnelle, à la population majoritairement catholique.
Un 31/12, d’un seul coup, la mort arrête sa moisson : plus personne ne meurt dans ce pays de 10 millions d’habitants.
Passé le moment de stupeur, la population alterne entre euphorie (l’immortalité tout de même !!) et la dépression (les malades ne meurent plus mais restent agonisants !)
Apres quelques passages très drôles sur le rôle des fossoyeurs, des assureurs sur la vie, une famille trouve « la solution »  à ce problème de non-mort. Mais je n’en dirai ps plus sur l’histoire qui sait se renouveler : 300 pages sur la vacance de la mort cela m’aurait semblé un peu long.
Que de trouvailles dans ce roman… entre l’Eglise, la maphia (ceci n’est pas une faute de frappe, j’ai bien écrit maphia), la monarchie, les journalistes, les pays voisins …tout le monde en prend pour son grade…
Quant à la mort ? C’est un personnage à part entière (presque en chair et en os (osons !) qui découvrira que la vie peut avoir du sens …
Un livre déconcertant avec des phrases longues, alambiquées, et aussi une absence de majuscule aux noms propres qui m’a un peu gênée … après l’aveuglement, je compte bien poursuivre avec l’auteur … qui nous a fait faux bond en 2010…

 

un extrait

Pendant ce temps, le premier ministre parle au téléphone avec le roi, il lui explique pourquoi il avait décidé de ne pas lui faire part de la lettre de la mort et le roi répond que oui, il comprend parfaitement, alors le premier ministre lui dit qu’il regrette infiniment le dénouement funeste que le dernier coup de cloche à minuit imposera à la vie ne tenant plus qu’à un fil de la reine mère, et le roi hausse les épaules, mieux vaut pas de vie du tout que ce peu de vie-là, aujourd’hui elle, moi demain, d’autant plus que le prince héritier commence déjà à trépigner d’impatience et à demander quand viendra son tour d’être roi constitutionnel. Cette conversation intime terminée, assortie de touches de sincérité inusitées, le premier ministre donna à son chef de cabinet l’ordre de convoquer tous les membres du gouvernement pour une réunion de de la plus haute urgence, Je veux tout le monde ici dans trois quarts d’heure, à vingt-deux heures précises, dit-il, il faudra que nous discutions, approuvions et mettions en œuvre les palliatifs nécessaires pour réduire à un minimum le chaos et la chienlit de toute nature que la nouvelle situation ne manquera pas d’engendrer dans les prochains jours, Vous voulez parler de la quantité de défunts qu’il va falloir évacuer en un laps de temps record, monsieur le premier ministre, Ça, c’est encore ce qui importe le moins, mon cher, les établissements de pompes funèbres existent pour s’occuper de ce genre de problèmes, d’ailleurs pour eux la crise est finie, ils doivent être en train de se frotter les mains et de calculer ce qu’ils vont gagner, par conséquent qu’ils enterrent les morts comme c’est de leur ressort, mais nous il nous incombe de nous occuper des vivants, par exemple, d’organiser des équipes de psychologues pour aider les gens à surmonter le traumatisme de devoir à nouveau mourir alors qu’ils étaient convaincus qu’ils vivraient à tout jamais, Oui, cela sera sûrement très pénible, je l’avais pensé moi-même, Ne perdez pas de temps, que les ministres rassemblent leurs secrétaires d’état respectifs, je les veux tous ici à vingt-deux heures tapantes, si quelqu’un vous pose la question, dites qu’il est le premier à être convoqué, les ministres sont comme des enfants en bas âge, ils sont friands de bonbons.

 

Le mois espagnol (et lusophone) est chez Sharon, les logos sont concoctés par Belette

 

Et participation (en retard) pour le challenge de madame Lit (Mars était le mois pour lire un Prix Nobel – José Saramago a eu ce prix en 1998)