Que lire un 5 mars ?

« Alors, Monsieur Bronsky », dit le fondé de pouvoir Steinberg, « qu’en dites-vous ?» Il me montre le journal de la veille. « Croyez-vous vraiment qu’on aboutira à l’armistice en Corée ? »
« J’y croirai une fois que ce sera fait », je dis.
« Au fait, qu’en dit Staline ? », demande Goldberg, le joailler à moitié aveugle.
« Staline est mort il y a quelques mois déjà », dit le fondé de pouvoir Steinberg, « le 5 mars 1953. Vous n’étiez pas au courant, Monsieur Goldberg ? »
« Non. Je n’étais pas au courant. »
« Vous vivez dans quel monde ? Sur la lune ? »
« Je ne lis pas les journaux, parce que je n’y vois pas bien. »
« Mais nous en avons déjà parlé. »
« J’ai dû oublier. »
« Ce qui m’inquiète le plus », dit le fondé de pouvoir Steinberg, « ce n’est pas tant la guerre de Corée, mais cette peur exagérée du communisme ici, chez nous, en Amérique. »
« Les Américains sont tout à fait inaptes au communisme », dit le germaniste Rosenberg.

Fuck America – Edgar Hilsenrath

Toute la lumière que nous ne pouvons voir – Anthony Doerr

Audiolivre Lu par Denis Laustriat

Prologue : Saint-Malo, août 1944, un déluge de bombes. Après le débarquement de Normandie, Saint-Malo reste sous occupation allemande. Marie-Laure est une aveugle de 16 ans, toute seule, dans un bâtiment au cinquième étage. Elle entend les bombardiers arriver et décide d’aller à la cave. A l’autre bout de Saint Malo, Werner, jeune soldat allemand chargé des transmissions,règle sa radio pour donner des instructions à la DCA.

Chapitre un : Retour en arrière : 1934 Marie-Laure a six ans, elle vit seule avec son père, sa mère est morte à sa naissance. Une maladie la rend aveugle.
En Allemagne, Werner est orphelin, il vit dans un home d’enfants avec sa soeur Uta, son père est décédé dans un accident à la mine de charbon où il travaillait.
On voit la montée du régime hitlérien entre 1934 et le début de la guerre à travers les yeux des trois enfants.
Werner est destiné à devenir mineur à 15 ans mais à force de ténacité il réussit à intégrer une école (nazie) pour devenir ingénieur…

Un roman qui alterne donc ses deux périodes : 1944 à saint Malo et plusieurs lieux depuis 1934 jusqu’à rejoindre ce siège de Saint-Malo.

L’histoire vu par ces enfants qui deviennent adultes très tôt du fait de la guerre.
Une grande fresque passionnante où les personnages sont attachants et où on tremble pour eux : le point de vue de Marie-Laure, la jeune aveugle, est particulièrement bien évoqué grâce aux odeurs, aux bruits, au toucher.
Les personnages secondaires sont également bien campés que ce soit le père de Marie-Laure, son oncle, ou côté allemand le Sergent Vollkeimmer, Frederic l’ami de Werner, Frau Helena…

Le fil conducteur, au delà des deux héros, se fait aussi grâce à la radio, celle ci reliant les deux enfants grâce à un lien ténu mais indéniable. le fait de l’écouter en Audiolivre apporte également une tension dans la narration car on entend de nombreux extraits émissions radiophoniques (propagande hitlérienne mais aussi reportages scientifiques)

En conclusion : Un pavé historique impressionnant dans son évocation du siège d’une ville doublé d’une tension narrative sur la destinée de deux innocents plongés dans l’enfer…

Un extrait

Sous le bruit des pas, elle distingue un grondement profond, presque un bruit blanc. Elle tire son père par la manche.
– Les Allemands ?
– L’océan…
Elle prend un air dubitatif.
– C’est l’océan, Marie. Je te le jure.
Il la porte sur son dos. Maintenant, c’est le cri des mouettes. Odeurs de pierres mouillées, de fientes d’oiseau, de sel, même si elle ignorait que le sel avait une odeur. La mer murmure dans une langue qui voyage à travers les pierres, l’air et le ciel. Que disait le capitaine Nemo ?
La mer n’appartient pas aux tyrans.

Challenge Petit bac  chez Enna – catégorie « couleur »

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