Double nationalité – Nina Yargekov

La quatrième de couv m’a intriguée : une femme amnésique se retrouve dans un aéroport et s’interroge sur l’identité et la linguistique ( je suis tombée sur ce livre juste après ma lecture de ÉPÉPÉ, de Ferenc Karinthy, qui commence également dans un aéroport avec les mêmes thèmes d’identité et de langue – je le lis seulement maintenant vu la hauteur de ma PAL – les deux auteurs sont hongrois – autre coïncidence)
Le ton est original puisque l’auteure utilise la deuxième personne du pluriel pour s’adresser à cette jeune femme. Ce « vous » à la fois distant et poli ne manque pas d’humour, et de provocation…
La jeune femme découvre qu’elle a deux passeports l’un français, l’autre Yazige ; nous apprenons un peu plus loin que la Yazigie est un petit pays coincé entre la Pologne et l’Ukraine avec beaucoup de pommes de terre et aucun littoral. Qu’est il arrivé à Rkvaa J-ai-oublié-son-nom-de-famille ? (patronyme qui pourrait être traduit par Fleur Martin en français de France)
Elle essaie de mener l’enquête et finit pas découvrir qu’elle est née en France de parents Yaziges. (Très organisés ses parents, décédés dans un accident de voiture , lui ont laissé toute leur vie bien rangée dans des cartons).

J’ai  adoré le ton de cette jeune trentenaire : elle se pose (et nous pose) des questions sur l’identité, la langue, le bilinguisme, le racisme , le devoir de mémoire (ce qui n’est pas facile vous en conviendrez pour une amnésique)
La jeune femme est très étrange : à la fois très intelligente et avec un discours très construit et à d’autres moments, elle parle à sa peluche (tchèque la peluche siouplait) et à son basilic (une plante pas un serpent) polonais de surcroît.

La deuxième partie se déroule en Hongrie (la Yazigie de la première partie), la France est devenue la Luthringie, comme si le fait de changer de pays faisait changer notre « héroïne » d’angle de vue de façon radicale…De très drôle le ton prend de plus en plus de sérieux et aboutit à une réflexion sur le sort des migrants à l’heure actuelle.

Double nationalité ou comment guérir d’un schizophrénie amnésique en parlant polonais à un basilic ou lutringeois à une taupe Tchèque…?

Vous n’avez rien compris à mon avis (ravi) alors filez lire ce livre,

Un extrait :

Votre domicile présumé est situé boulevard Voltaire à Paris, vous avez donc emménagé dans la capitale, tant mieux, quitte à être française autant être parisienne, c’est plus franc et plus net, sans compter que depuis votre hôtel c’est nettement moins loin que Lyon, il suffit de prendre le métro et de descendre à la station Charonne. C’est précisément ce que vous faites, sauf que vous avez un petit accident mental à la sortie de la station. En effet, tout occupée à affûter vos arguments en vue de vos retrouvailles avec votre mari par amour, qu’il comprenne bien que ce n’est pas à vous de vous excuser d’arriver avec un jour de retard mais à lui de se faire pardonner de ne pas être venu vous accueillir à l’aéroport, vous en oubliez que vous portez des sandales à paillettes dorées de très hauts talons, ce qui n’est pas la chaussure la plus adaptée à la manœuvre que vous êtes en train d’amorcer, à savoir soulever votre grosse valise pour la faire passer par-dessus le tourniquet métallique du métro, résultat vous manquez de vous tordre la cheville et vous vous mettez à pester contre vos pieds, vous aviez justement choisi les sandales à paillettes dans l’espoir d’initier un rapprochement avec eux, vous croyez qu’ils se sentiraient flattés d’être ainsi mis en lumière, mais devant la première difficulté c’est la défection podale la plus complète, quelle ingratitude ; là-dessus votre valise retombe lourdement au sol, vous tentez de la faire passer par en dessous mais elle se coince dans les branches du tripode, et face à ce nouvel ennemi vous avez une soudaine illumination, si Don Quichotte était parmi nous il s’attaquerait aux tourniquets du métro qu’il prendrait pour des extraterrestres ayant colonisé la terre ; or c’est exactement à cet instant-là, alors qu’entre votre projet de scénario pour Hollywood, vos pieds et votre mari, vous êtes complètement débordée, que surgit dans votre champ de vision une plaque commémorative comportant le mot Algérie. (P57)

 

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice

Ce livre est sans contexte un coup de cœur (rendez vous organisé par Antigone

coupdecoeur

20 réflexions au sujet de « Double nationalité – Nina Yargekov »

  1. Et moi aussi ! C’est très tentant. J’ai lu justement Epépé pour le Mois de l’Europe de l’Est et me laisserais bien embarquer par ce titre !

  2. J’ai cru au début de ton billet que je reconnaissais un livre dont j’ai entendu parler dans les Bibliomaniacs (je crois), mais j’ai confondu avec Epépé. J’ai toujours un peu peur devant les livres absurdes, je trouve ça très casse-gueule.

  3. Ping : Bilan 2020 du mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran – Des livres, des films et autres…

  4. Ping : Mois de l’Europe de l’Est 2020 – le bilan ! | Et si on bouquinait un peu ?

    • C’est très spécial : le « tu » tout au long du roman peut impressionner

      Pour ma part, un grand livre
      Et effectivement la linguistique est le centre de tout …pour l’identité (terme que je préfère ici à « nationalité »)
      Bonne journée Karine 🙂

  5. Ping : Le calendrier de l’après | La jument verte

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