La chambre des âmes – F.R Tallis

Livre trouvé dans la boite à livre de mon village : J’ai été tentée par la collection Grands détectives…je m’attendais donc à une enquête dans le domaine médical. Ce n’est pas cela du tout : James Richardson, le narrateur, est médecin psychiatre. Il vient d’être embauché dans une clinique, Wyldehope, dans le Suffolk . Il ne va pas mener l’enquête mais plutôt essayer d’être un témoin impartial des phénomènes étranges qui se produisent. Sans être aussi éprouvant que l’angoisse générée par un Stephen King, j’ai trouvé que ce livre faisait très bien monter l’inquiétude : y a il un poltergeist ? le chef de la clinique est il un psychopathe ou à la solde de la CIA ? Qui sont ces femmes que l’on maintient dans un sommeil artificiel ?

L’auteur est né en 1965 et l’action se passe en 1955 : il y a une partie historique intéressante sur la gestion des hôpitaux psychiatriques dans les années 50 (en particulier l’opposition entre les médecins pour qui la chimie est le seul moyen de soigner et les « freudiens » pour qui parler « soigne ». Le traitement de maladies psychiatriques se fait au moyen d’électrochocs et de cures de sommeil inquiétantes… les théories de Freud et de Jung sont tournées en ridicule par des médecins ayant tout pouvoir sur leurs patients.

….quant à la fin elle est ambiguë à souhait…
En un mot glaçant ….et efficace…

Le mois du polar est chez Sharon

Que lire un 11 février ?

La vie reprend son cours. Lucien revient à la maison. Adèle retourne au bureau. Elle voudrait se plonger dans le travail mais elle se sent tenue à l’écart. Cyril accueille froidement. « Tu es au courant que Ben Ali est tombé pendant que tu jouais à l’infirmière ? Je t’ai laissé des messages, je ne sais pas si tu les as eus mais c’est Bertrand qu’on a envoyé finalement. »
Elle se sent d’autant plus à l’écart que règne dans la rédaction une atmosphère sentimentale. Les jours passent et il lui semble que ses collègues n’ont pas levé le nez de l’écran de télévision installé au milieu de l’open space. Jour après jour, les images de l’avenue Bourguiba noire de monde défilent. Une foule, jeune et bruyante, célèbre la victoire. Des femmes pleurent dans les bras des soldats.
Adèle tourne les yeux vers l’écran. Elle reconnaît tout. L’avenue où elle a marché tant de fois. L’entrée de l’hôtel Carlton, où elle fumait des cigarettes sur le balcon du dernier étage. Le tramway, les taxis, les cafés où elle ramassait des hommes qui sentaient le tabac et le café au lait. Elle n’avait rien à faire alors qu’Écouter la mélancolie d’un peuple, prendre le pouls atone du pays de Ben Ali. Elle écrivait toujours les mêmes papiers, tristes à mourir. Résignés.
Ébahis, ses collègues portent la main à leur bouche. Ils retiennent leur souffle. C’est la place Tahrir à présent qui s’enflamme. « Dégage, dégage. » On brûle des poupées de chiffon. On déclame des poèmes et on parle de révolution. Le 11 février, à 17h03, le vice-président Souleiman annonce la démission de Hosni Moubarak. Les journalistes hurlent, se sautent dans les bras. Laurent tourne le visage vers Adèle. Il pleure.
« C’est merveilleux, non ? Quand je pense que tu aurais pu y être. C’est vraiment bête cet accident. Ce n’est pas de chance. »
Adèle hausse les épaules. Elle se lève et enfile son manteau.
« Tu ne restes pas ce soir ? On va suivre les événements en direct. Un truc comme ça, ça n’arrive qu’une seule fois dans une carrière !
– Non, j’y vais. Je dois rentrer chez moi. »
Richard a besoin d’elle. Il l’a appelée trois fois cet après-midi. « N’oublie pas mes médicaments. » « Pense à acheter des sacs-poubelle. » « Tu rentres quand ? » il attend, impatient. Il ne peut rien faire sans elle.

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Dans le jardin de l’ogre – Leila Slimani 

Que lire un 11 février ?

La plus haute fonction de l’amour est de faire de la personne aimée un être unique et irremplaçable.
La différence entre l’amour et la logique, c’est qu’aux yeux de la personne qui aime, un crapaud peut être un prince, tandis que dans l’analyse d’un logicien, cette personne devrait prouver que le crapaud est un prince, une entreprise vouée à ternir l’éclat de plus d’une passion.
La logique impose des limites à l’amour, ce qui explique pourquoi Descartes ne s’est jamais marié. Descartes, l’architecte de l’âge de la Raison, quitte Paris, ville de l’Amour, en 1628 pour « fuir ses distractions ». Il s’installe en Hollande où, entouré de disciples et entretenu par des mécènes, il consacre études et écrits aux mathématiques et à la logique. Vers la fin de l’année 1649, il est invité à se rendre à Stockholm pour enseigner la philosophie et la reine Christine. Descartes accepte immédiatement. Peut-être parce que la paie est bonne. Il a bien fallu qu’il y ait une raison.
La reine Christine suivait ses leçons couchée. Fréquemment, elle était nue. Mais ce n’est pas le pire, tant s’en faut. Comme toutes les autres cours d’Europe, au XVIIe siècle, la cour de Suède était infestée de puces. Christine avait demandé à ses artisans de lui fabriquer un canon miniature en or et en argent. Étendue sur ses coussins, elle tirait avec son petit canon sur les puces qui lui couraient sur le corps. C’était pour cette raison qu’elle restait nue. On dit qu’elle était plutôt bonne au tir.
Le spectacle quotidien de Sa Majesté s’amusant ainsi, tandis que lui Descartes, dans son haut-de-chausses hollandais noir, s’évertuait à lui expliquer la perfection sous-jacente d’une indubitable sphère de l’Etre, était plus que son penchant rationnel ne pouvait supporter. Rapidement, il devient nerveux est pâle. Le 11 février 1650, quelques mois seulement après son arrivée à Stockholm, Descartes tomba raide mort à l’âge de cinquante-quatre ans. Christine, elle, vécut encore trente-neuf ans, ce qui lui permit de dégommer un bon nombre de puces supplémentaires.
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Tom Robbins – un parfum de Jitterbug

Les luminaires – Eleanor Catton

Nouvelle Zélande, 1866.
Walter Moody, un jeune homme de 28 ans, arrive tout droit d’Angleterre. Il a pour ambition de faire fortune en devenant chercheur d’or. Il arrive exténué dans un hôtel où 12 hommes tiennent une sorte de conciliabule secret. L’atmosphère est à la fois réaliste et comme empreinte de fantastique. Walter Moody a été témoin d’un fait qu’il ne détaille pas mais qui l’a rempli d’horreur.
Commence ensuite un retour en arrière sur ce qui s’est passé quinze jours avant l’arrivée de Moody, dans ce coin sauvage de Nouvelle Zélande. Un homme, Crosbie Wells est mort (de mort naturelle ?), un autre a disparu (Emery Staine) , une prostituée a tenté de se suicider, un trésor en or est découvert… Quels sont les causes et conséquences entre ces quatre faits … ?
De nombreux personnages prennent la parole dans cette réunion à l’hôtel : Nilsen le courtier, Pritchard le pharmacien, Shepard le directeur de la prison, Te Rau Tauwhare un maori et ami de la « victime », Balfour l’armateur, Devlin le prêtre , Lowenthal le journaliste, Ah Chee chercheur d’or chinois et Ah Song, tenancier de l’opiumerie locale.
Il y a également d’autres personnages qui n’assistent pas à la réunion (reconstitution? ) : Francis Carver l’ancien forçat , Lauderback le politicien, Anna la prostituée, Dick Mannering le proxénète, et aussi la mystérieuse et vénéneuse Lydia Wells…
Cette première partie est très dense et passionnante : chaque personnage a une petite vision de ce qui s’est passé sous couvert de trésor, de vol, d’usurpation d’identité, tentatives de meurtres, et de roueries en tout genres.
Au début de ce roman, les chapitres sont longs (mais très clairs) puis au fil de l’eau deviennent courts et elliptiques : au lecteur de combler les trous avec ce qu’il a déjà appris.
En résumé : un roman à la fois d’aventures dans un cadre baigné par une mer déchaînée, un grand suspense, une histoire d’amour en arrière plan et des personnages passionnants. Un coup de coeur.

Un extrait

A Hokitika, les pluies n’avaient pas cessé depuis quinze jours. Moody entrevit pour la première fois la ville nouvelle sous la forme d’une traînée fuyante qui avançait et reculait au gré des allers et venues du vent et des brumes. Il n’y avait qu’un mince couloir de plaines entre la côte et les montagnes abruptes, une terre battue par le ressac sans fin qui s’évanouissait en fumée sur la grève ; terre qui paraissait d’autant plus rare et close sur soi du fait du nuage qui coupait les montagnes très bas sur la pente et formait un plafond gris au-dessus de la grappe compacte des toits de l’agglomération. Le port se trouvait au sud, niché dans la bouche tordue d’une rivière, riche en or, qui moussait en rencontrant le bord salé de l’océan. Là, sur la côte, elle coulait morne et boueuse, mais en amont les eaux étaient fraîches et claires, étincelantes même, à ce qu’on racontait. L’embouchure proprement dite était calme, un petit lac hérissé de mâts et des grosses cheminées des vapeurs dans l’attente du beau temps ; ils en savaient trop pour risquer la barre cachée sous la surface de l’eau et qui se déplaçait à chaque marée. Les débris de l’armada de vaisseaux échoués sur ces sables mouvants étaient là, épars, triste mémento du péril en bas. On comptait une bonne trentaine d’épaves en tout, dont certaines récentes. Les carcasses fracassées formaient comme une digue, dont la masse désolée semblait étrangement défendre la ville contre la haute mer.

Chez Madame lit, février est le mois du Prix Booker (Les luminaires a eu le prix Booker 2013)

Chez Enna, le petit bac – catégorie « mot au pluriel »

Les coups de coeurs sont chez Antigone

 

 

Enigme 15/15 – La ronde de la jument

Bonjour à tous et à toutes,

Comme l’an dernier, j’ai eu envie de jouer autour des livres. Le but du jeu est de trouver des titres de livres, leurs auteurs et le point commun entre les livres.

Voici la quuinzième et dernière

Pour participer, il faut laisser votre ou vos réponses en commentaires. Chaque bonne réponse vaut un point pour  TOUTES LES PERSONNES  ayant trouvé : Pas besoin d’arriver le premier pour remporter un point donc 🙂

Vous pouvez faire juste une proposition, ou deux ….ou …six…

Courant février, nous connaîtrons les vainqueurs de ce jeu 🙂

Bon weekend  à tous

Réponse en images le 16/02/2020

Que lire un 7 février ?

7 février 2009,
Île de Gorée

Cher Steve,

Peut-être que cette lettre te surprendra.
Mais, comme tout événement inattendu, elle pourrait aussi te faire plaisir.
Tu veux savoir la raison pour laquelle j’ai décidé de me manifester, après 30 ans de silence ? La voici : hier Joseph Ndiaye est mort. Il s’agit du vieil homme qui depuis près d’un demi-siècle s’occupait de la maison des esclaves, à Gorée. On lui a rendu beaucoup d’hommages dans les médias. Si tu es toujours attentif et engagé, tu ne les auras pas ratés.
Il est mort dix-sept jours après l’élection du premier président noir des États-Unis, Barack Obama. J’aurais aimé mieux connaître Joseph, ce vieil homme si tenace, au regard dur, par exemple en dehors de ses visites guidées. Pour l’entendre dire autre chose que la rengaine habituelle. Mais hélas, ça ne s’est pas passé : on a juste eu le temps d’échanger quelques mots avant qu’il ne s’en aille pour toujours. Et lui, quittant cette terre, n’a pas pu ajouter à la galerie de photos qui l’exposent avec les différents présidents américain celle avec Obama.

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Je suis quelqu’un – Aminata Aidara

Les jours de silence – Phillip Lewis

Lc avec Edualc

Je repère certains livres dès leur sortie à leur couverture ..inutile de dire que la couverture de celui-là m’a aimantée.
Ce livre est paru en grand format en 2018 et en poche il y a quelques semaines. Les chevaux ne sont pas l’élément principal de l’histoire …

L’histoire se passe dans les Appalaches dans un coin perdu des Etats-Unis.
Tout d’bord, Henry Astier nous raconte son enfance avec ses parents et ses soeurs.
A la fac, il rencontre Eléonore. Il souhaite devenir écrivain. Comme sa mère tombe malade, le jeune couple, accompagné d’un bébé, Henry Junior, retourne dans les Appalaches, ils y resteront toute leur vie. Henry Senior devient avocat, frustré de ne pas réussir à écrire le roman qui le hante.
Le lecteur suit alors plus Harry Junior de ses 10 ans jusqu’à ses 25 ans.
La grand mère meurt ; Henry senior tombe dans une dépression et abandonne sa famille. Eléonore se retrouve seule avec Henry junior, 15 ans et une petite fille Threnody. La suite du livre se concentre sur les études d’Henry Junior avec en filigrane ce vide que le père a laissé en s’enfuyant, il y rencontre une jeune fille, Story, qui semble elle aussi se chercher …

Voici pour l’histoire.
Les personnages sont convaincants, j’ai eu plusieurs fois l’impression de basculer dans le fantastique avec la maison qu’habitent Henry et sa famille. Dans cette maison, toute biscornue et comme hantée, un crime a eu lieu il y a de nombreuses années et c’est pour cela que le jeune couple peut l’acheter pour un bouchée de pain. C’est à partir de l’achat de cette maison que tout semble mal se dérouler pour eux, mais peut-être n’est ce qu’une impression…juste la vie qui coule et les rêves de jeunesse qui semblent inatteignables…

Un premier roman qui est très dense et une fin qui m’a estomaquée : ou comment un secret pour protéger un enfant peut finalement le détruire …
Ce livre me laisse un sentiment de tristesse, de mélancolie…j’ai eu à un moment envie de secouer les personnages pour qu’ils se sortent un peu de leur situation respective…(léthargie) mais peut être que je projette ma mélancolie et léthargie sur les personnages …Allons lire l’avis d’Edualc…

Quant au titre magnifique, il peut avoir plusieurs interprétations car il semble dans cette histoire que le silence soit prédominant : que ce soient Henry senior, Henry junior Eleonor, la famille de Story, tout ce petit monde est bien silencieux…

Un extrait

Cela faisait un an et demi que j’avais quitté ma vie et ma famille dans les montagnes de Caroline du Nord. Depuis tout ce temps, je n’avais pas revu Threnody et Mère. Des semaines s’étaient écoulées depuis la dernière fois que l’on s’était parlé, mais je ne rentrai pas ce Noël là. Je n’appelai pas, ni n’écrivis, ni ne répondis au téléphone, et j’écoutai des messages laissés à mon intention avec une douleur que je n’avais jamais éprouvée auparavant, et sans avoir la moindre idée de ce qui me poussait à me conduire ainsi. Je me forçais à être seul. Je m’éveillais au petit matin, tout tremblant et frémissant, avec le sentiment que ma nuit de sommeil avait été un événement traumatique. Quand le soleil apparaissait, bas dans le ciel à l’est, et que sa lumière passant à travers les fentes des volets venait illuminer mon existence de reclus, mes yeux s’ouvraient grand sur les murs uniformément blancs, sur le plafond blanc de ma chambre, et aussitôt j’et frappé par une peur indéfinie logée au creux de mon estomac et par un frisson omniprésent qui me parcourait les os ; la peur ne me quittait pas de la journée, tandis que je lisais mes livres en frissonnant, seul dans ma chambre, sans manger ni boire jusqu’à la tombée de la nuit, quand il serait temps enfin de soulager cette peur en me purgeant de ma douleur, ma colère et ma solitude à grandes gorgées d’une bière blonde bon marché, et avec ma guitare acoustique, dont je jouais chaque nuit des heures d’affilée, jusqu’à ce que, trop hébété par l’alcool pour jouer, je m’endormisse enfin, pour répéter le cycle avec la nouvelle journée qui débutait.

Challenge petit bac chez Enna – Catégorie son 

L’assassin à la pomme verte – Christophe Carlier

Un livre très court (160 pages)  mais très bien construit.
L’action se passe dans un palace parisien : Plusieurs personnages vont prendre la parole : il y a d’abord Sébastien le réceptionniste (réceptionniste de nuit et simili-étudiant aux Beaux Arts le jour, c’est lui qui trouvera la référence à Magritte dans le titre de ce roman).
Puis il y a  Craig, un professeur quinquagénaire, qui passe la semaine à Paris pour raisons professionnelles. Enfin, Elena  est italienne et travaille dans le milieu de la mode.
Dans ce microcosme d’un hôtel parisien, un meurtre est commis et Christophe Carlier nous fait vivre ce que pensent les trois personnages principaux : la victime, un mari volage, n’étant pas sympathique, le lecteur est charmé par les motivations des trois personnes. Qui est ce mystérieux assassin ?
L’enquête de la police est discrète car il s’agit d’un palace.
Ce qui m’a plu est que l’on voit les mêmes faits de trois façons différentes et qu’aucune ne reflète la réalité (si tant est qu’il y ait une réalité)
La fin raconte par Vicky, la femme de Craig,  est juste parfaite …..

.Extraits

Nous avions le temps de prendre un café avant que nos taxis ne viennent nous chercher. Nous savions que nous n’aurions pas d’autre rendez-vous. C’est parfois doux de ne rien espérer. Passé quarante ans, le hasard bouscule la vie au lieu de la construire.

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Depuis que les couloirs de l’hôtel bruissent de la rumeur du crime, la seule énigme qui me tienne à coeur concerne la réaction d’Elena. L’homme auquel elle avait jeté, dimanche, son regard de Gorgone, a été terrassé le lendemain. Il n’a pas résisté vingt-quatre heures au sombre éclat de sa prunelle. Une telle efficacité donne le vertige.

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Il avait expliqué que les lettres nous informent moins sur la psychologie de leur auteur que sur leur destinataire. C’est toujours en fonction de celui-ci qu’elles sont composées, le rédacteur jouant simplement le rôle de miroir déformant. Ainsi, la lettre exprime non les sentiments de son auteur mais ceux qu’il se sent tenu d’éprouver pour qu’elle soit lue de manière passionnée… Qu’est-ce donc qu’un échange de correspondance, avait-il conclu, sinon un vaste jeu de société dont la règle est que chacun doit tricher.

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Challenge triller et polar de Sharon

Enna Challenge « petit bac pour l’item « crime et justice »

Cet ouvrage a reçu le Prix du premier roman

Rebecca – Daphné du Maurier

Voici un livre ou le rythme est assez lent mais qui finalement ne manque pas de suspense…

L’histoire en quelques mots :

Prologue : la narratrice nous raconte son rêve : elle retourne à Manderley qui est une maison étrange où la nature a repris ses droits : végétation, arbres de toutes sortes ont envahi la maison que l’on devine grande. Que s’est il passé ? Pourquoi la narratrice n’y habite plus et n’a aucun espoir d’y retourner. Elle vit à l’étranger avec quelqu’un (non cité, on pense qu’il s’agit de son mari)

Première partie : Monte Carlo 1930 – La narratrice a vingt ans. Elle est « dame de compagnie » pour une femme assez revêche. Dans le palace  où elles résident, elles rencontrent un riche anglais, Maxim de Winter, veuf depuis un an. Son épouse, Rebecca, est morte noyée un an auparavant.
La première partie raconte la rencontre,  qui aboutit au mariage de Max de Winter et de la  narratrice (qui a pour nom Caroline : le prénom ne sera cité qu’une seule fois dans tout le livre …)
Ensuite, les deux jeunes époux retournent en Angleterre (à Manderley exactement qui est la propriété  que l’on avait entrevue dans le prologue)

Voici un excellent roman qui se dévore en quelques jours : la narratrice est jeune et naïve et ainsi on voit arriver les choses avant elle sans que cela soit ennuyeux, car il y a des rebondissements que l’on ne voit quand même pas venir.

Max de Winter est mystérieux, ténébreux et gagne en épaisseur et humanité au fil des chapitres. Quant à la mystérieuse Rebecca du titre, je vous laisse découvrir par vous même sa personnalité qui nous est dévoilée petit à petit. Les personnages secondaires viennent mettre du piment dans tout cela, en particulier l’énigmatique et vénéneuse Mme Danvers, gouvernante de Manderley.
Enfin, Manderley, la maison (manoir plutôt), a une présence très forte, elle semble respirer et avoir une influence sur les gens. Elle semble avoir comme une double personnalité : heureuse avec ses roseraies et la majesté de son mobilier et sombre avec la partie fermée donnant sur la mer : Manderley et Rebecca ne feraient-ils qu’un ?

Quelques rebondissements, une simili enquête policière : en bref un excellent moment très « romanesque »

 

Un extrait

Il ne m’appartenait pas du tout, il appartenait à Rebecca. Elle était toujours dans la maison, comme Mrs Danvers l’avait dit, elle était dans cette chambre de l’aile ouest, elle était dans la bibliothèque, dans le petit salon, dans la galerie au dessus du hall. Même dans le petit vestiaire où pendait son imperméable. Et dans le jardin, et dans les bois, et dans la maisonnette en pierre sur la plage. Ses pas résonnaient dans le corridor, son parfum traînait dans l’escalier. Les domestiques continuaient à suivre ses ordres, les plats que nous mangions étaient les plats qu’elle aimait. Ses fleurs préférées remplissaient les chambres. Rebecca était toujours Mme de Winter. Je n’avais rien à faire ici.

L’avis de Mind the Gap 🙂

 

Challenge Petit Bac Chez Enna (catégorie Prénom) 

et challenge Polar chez Sharon (D’après wiki, Rebecca occupe aussi la 9e place au classement des cent meilleurs livres policiers de tous les temps établi par l’association des Mystery Writers of America en 1995.)

logo-mois-du-polar

 

 

 

Que lire en février ? le 2 ou le 14 ?

On dit que février le mois le plus court, mais vous savez, « on » pourrait se tromper.
Si on compare les pages du calendrier les unes aux autres, il paraît être effectivement le plus court. Étalé entre janvier et mars comme du saindoux sur du pain, il n’arrive pas tout à fait jusqu’à la croûte de chaque tranche. Avec ses caoutchoucs aux pieds (et jamais vous ne surprendrez février en chaussettes), il a une bonne tête de moins que décembre, bien que les années bissextiles, quand il nous fait une poussée de croissance, il arrive au nez d’avril.
Si raccourci qu’il puisse paraître par rapport à ses cousins, février dans l’impression qu’il dure plus longtemps qu’eux.
C’est la plus méchante lune de tout l’hiver, d’autant plus cruelle qu’il lui arrive de se faire passer pour le printemps, parfois pendant des heures d’affilée, pour finalement arracher son masque avec un rire sadique en crachant des stalactites de glace au visage de tous les naïfs, une conduite qui vieillit rapidement.
Février est sans merci et il est ennuyeux. Le défilé des chiffres en rouge sur le calendrier donne un résultat égal à zéro : anniversaires d’hommes politiques, journée spéciale réservée aux rongeurs, qu’est-ce que ces célébrations ? La seule bulle dans le champagne éventé de février, c’est le jour de la Saint-Valentin. Et ce n’est pas par hasard que nos ancêtres ont épinglé le jour de la Saint-Valentin sur la chemise de février : assurément, celui ou celle qui a de la chance d’avoir quelqu’un qui l’aime en ce mois frigide et nerveux a de bonnes raisons de vouloir fêter ça.
À cette réserve près qu’il « teinte les bourgeons et fait gonfler les feuilles à l’intérieur », février est aussi inutile que le deuxième r qu’il est le seul mois à avoir dans son nom. Il se comporte comme un obstacle, un coin de neige fondue, de boue et d’ennui tenant à distance à la fois le progrès et le contentement.
James Joyce est né en février, comme Charles Dickens et Victor Hugo, ce qui montre à quel point les écrivains ne sont pas très bons en matière de commencement – mais ils sont encore pire quand il s’agit de savoir où s’arrêter.
Si février a la couleur du saindoux sur le pain de seigle, son arôme et celui d’un pantalon de laine mouillé. Quant au son, c’est une mélodie abstraite jouée sur un violon qui grince, la plainte mesquine d’une mégère qui souffre de claustrophobie. Ô, février, tu n’es pas grand-chose, mais tu n’es pas long ! Si tu faisais deux fois cette fastidieuse longueur, peu nombreux sont ceux d’entre nous qui vivraient assez longtemps pour saluer le joli mois de mai.
Limité à sa durée habituelle, février parvint tout de même à faire des ravages chez Priscilia comme à la Nouvelle-Orléans. Le 2 février, jour de la Marmotte, une vague de froid parachutée donna aux bananiers une couleur de chaussures de séminariste, et nuit après nuit, le Mississippi exhalait un air du Yukon. Les petits garçons qui faisaient des claquettes pour quelques pièces dans Bourbon Street durent rivaliser avec leurs propres claquements de dents. Mis à part les claquettes et les claquements, le Carré était tellement calme et silencieux qu’il aurait pu se trouver à Salt Lake City. Même les abeilles se mirent à l’abri du gel. Où, personne n’aurait pu dire.
Quant au givre sur la citrouille personnelle de Priscilla, il n’était ni épais ni de nature à flétrir mais, typique de février, il mit du temps à fondre.
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Un parfum de jitterbug – Tom Robbins