Au revoir là haut – Pierre Lemaître

Roman lu en Audiolivre (lu par l’auteur)

Vu le nombre d’articles et d’avis qui existent sur ce livre, forcément je pensais que je connaissais l’histoire.  La quatrième dévoile l’intrigue également  : deux soldats rescapés de la première guerre mondiale montent une escroquerie et arnaquent les familles endeuillées.
J’avais trouvé « Robe de marié » du même auteur répétitif et peu fouillé ….J’y allais donc un peu à reculons vers ce livre, me disant que cela allait être glauque et sordide.
Et bien non, tout d’abord l’escroquerie attendue arrive très tard (section 47 sur 70), il s’écoule plus de la moitié de l’histoire avant que la fameuse arnaque ne commence à se monter… alors que se passe-t- il avant ? et bien il y a d’abord les derniers jours de la Grande Guerre. Quel talent dans la description de ces derniers jours au front : j’étais quasiment avec Albert dans son trou d’obus, j’ai vécu la détresse de ces soldats … j’ai ressenti la douleur dans la jambe d’Edouard …
Le difficile retour à la vie civile est aussi très bien rendu. En plus d’Edouard et d’Albert, de retour du front, défiguré pour l’un, dépressif pour l’autre, les autres personnages m’ont semblé également d’une grand vérité. Finalement, quand Edouard et Albert se lancent dans l’escroquerie, j’avais abandonné mes préjugés et me disais qu’ils avaient finalement raison de tenter ce gros coup.
Entre ces deux pieds nickelés, il y a d’autres personnages (j’ai été convaincue par l’ignoble Pradel, la douce Madeleine, le père Péricourt et la petite Louise)

Une grande fresque passionnante : pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour le lire ? A oui je croyais que cela allait être glauque, c’est finalement juste passionnant….

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Un extrait

Tous les jours, dix, cinquante, quatre-vingt mille francs, c’était à ne pas croire. Et même, un matin, cent dix-sept mille d’un seul coup.
Edouard d’abord hurla de bonheur. Lorsque Albert était rentré, le premier soir, avec une mallette remplie de billets, il les avait jetés en l’air à pleines mains comme une pluie bienfaisante. Il avait demandé aussitôt s’il pouvait prendre un peu sur sa part, là, tout de suite; Albert, en riant de joie, lui avait dit que bien sûr, ça ne posait pas de problème. Le lendemain, Edouard s’était fabriqué un masque magnifique, entièrement fait de billets de deux cents francs collés en spirale. L’effet était superbe, comme des volutes de pognon, comme si les coupures se consumaient et enveloppaient son visage d’un halo de fumée. Albert avait été séduit mais aussi choqué, on ne fait pas ça avec de l’argent. Il arnaquait des centaines de personnes, mais n’avait pas abdiqué toute morale.

Challenge Petit bac  chez Enna – catégorie « lieu »

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