Le meurtre du commandeur – livre 2 – Haruki Murakami

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J’ai lu ce livre dans la foulée du livre 1, j’aurais donc passé la semaine avec Haruki Murakami. (à mon plus grand plaisir)
Le narrateur de ce livre restera donc sans nom. Peu importe… cette absence de nom ne m’a pas gêné…
C’est un livre en deux parties assez distinctes.  La première est très ancrée dans le réel : oublié le côté fantastique du premier tome. Le commandeur n’apparaît plus, le narrateur vit son quotidien en se remémorant et s’interrogeant sur ce qui est arrivé dans le premier tome. Il a une vie tranquille entre ses cours de peinture, ses discussions avec Menshiki, son voisin, ou Masahiko son copain de fac, il poursuit le portrait de Marié (qui est une ado passionnante et très intuitive).
Murakami continue à approfondir ses personnages en particulier Marié et sa tante Shoko…
Vers le milieu du livre, il y a un événement retentissant qui remet tout en cause (je m’attendais à cet événement car si j’ai réussi à ne pas lire la quatrième – je déteste les quatrièmes qui disent tout) , je m’étais auto-spoliée en allant cocher dans Babelio que je commençais ce livre : mes yeux n’avaient pu s’empêcher de lire la première phrase « Une jeune fille disparaît » donc pendant les 220 première pages j’ai attendu que Marié disparaisse…dommage …ou pas… cela rend plus attentif…aux petits détails…
Dans la deuxième partie du livre l’action accélère et le fantastique revient en force….Amateur de situations rationnelles, passez votre chemin…
Comme souvent chez Murakami on n’a pas toutes les réponses aux questions que l’on se pose mais je ressors enchantée de ce voyage dépaysant…

 

Un extrait

Le dimanche fut aussi un jour de très beau temps. Il n’y avait pas de vent et le soleil automnale faisait joliment resplendir les feuilles des arbres des montagnes en leur conférant toutes sortes de nuances variées. Des petits oiseaux à gorge blanche voletaient de branche en branche, picorant des bais rouges avec habilité. Assis sur la terrasse, je ne me lassais pas de contempler ce paysage. La beauté de la nature est prodiguée impartialement aux riches comme aux pauvres. Comme le temps…Non, le temps, ce n’est pas la même chose. Avec de l’argent, je crois que les favorisés de ce monde peuvent s’acheter du temps en plus.

La batarde d’Istanbul – Elif Shafak

 

Tout commence avec Zeliha, 20 ans. Elle vit dans un famille exclusivement composée de femmes : sa grand mère, sa mère et ses trois soeurs : tous les hommes de la famille semblent frappés d’un malédiction et disparaissent prématurément avant leurs 40 ans.
La famille habite une maison à Istanbul.
Zeliha, jeune femme moderne, a rendez vous chez le gynécologue pour se faire avorter. Finalement l’avortement n’a pas lieu et Zeliha annonce à sa famille avec beaucoup de provocation (et beaucoup d’humour) le fait qu’elle soit enceinte. Puis nous sommes transportés en Arizona et nous découvrons, Rose, 20 ans également, ex-épouse de Barsam d’origine arménienne, dont la famille vit en Amérique depuis 1915 (en exil suite au génocide arménien par les turcs)
Elle vient d’avoir une Petite fille Armamoush et rencontre Mustapha, le frère de Zeliha, parti au Usa (par peur d’une mort prématurée due à la malédictions des hommes de sa famille ?). On découvre cette famille culinairement et culturellement très proche de celle d’Istanbul.

20 ans plus tard
Asya à Istanbul est la bâtarde du titre : elle semble très touchée par le mystère de sa naissance. de l’autre cote de l’océan, Armamaoush, devenue Amy, est aussi à la recherche de ses racines (elle connait son père et sa mère mais souhaite retrouver a Istanbul les racines de sa famille …elle est devenue la belle fille de Mustapha, le frère de Zeliha.)

J’ai beaucoup aimé le parallèle entre ces deux jeunes femmes à des kilomètres l’une de l’autre mais finalement pleines de points communs. En particulier il y a de très belles scènes dans un café nommé <a href= »/auteur/Milan-Kundera/2129″ class= »libelle »>Kundera</a> à Istanbul et dans un café virtuel en Amérique … les débats sont variés et mettent bien en avant la complexité du passé commun turc et arménien. J’ai aussi aimé la rencontre de ses deux cultures finalement très proches
A un moment, Amy compare la famille turque a une famille de <a href= »/auteur/Gabriel-Garcia-Mrquez/69346″ class= »libelle »>Gabriel Garcia Marquez</a> et ce n’est pas éloigné de ce que je pense : les portraits des trois soeurs de Zeliha sont tous très réussis et je garderai un souvenir ému de Banu, (un peu folle au premier abord mais si soucieuse de sa soeur Zeliha)
La référence à <a href= »/auteur/Gabriel-Garcia-Mrquez/69346″ class= »libelle »>Garcia Marquez</a> permet également d’amener une touche de « réalisme magique » que j’ai beaucoup aimé ….

En conclusion : un roman passionnant sur une Turquie très ambivalente…

 

un extrait :

Banu sortit de sa chambre d’un pas traînant, un sourire radieux aux lèvres, une étincelle troublante dans le regard et voilée d’un foulard rouge cerise.
– Quelle est cette chose pitoyable que tu as sur la tête ? (…)

– Désormais, je me couvrirai la tête ainsi que l’exige ma foi.
– D’où te viennent ces idées absurdes ? Les femmes turques ont abandonné le voile il y a quatre-vingt-dix ans. Aucune de mes filles ne renoncera aux droits que le grand commandant en chef Atatürk a accordés aux femmes de ce pays.
– Nous avons obtenu le droit de vote en 1934. Au cas où tu l’ignorerais, l’histoire marche en avant, pas en arrière. Enlève ça immédiatement !

Que lire un 15 décembre ?

La radio avait commencé à diffuser des chansons de Noël deux ou trois jours plus tôt, comme si les programmateurs ne pouvaient plus attendre de les passer. Les mêmes scies chaque année. On n’était que le 15 décembre et Parker avait déjà entendu une centaine de fois Petit Papa Noël, Vive le Vent, Noël blanc et autres fadaises.
Parker détestait les chansons de Noël.
Il détestait tout dans cette ville à l’approche de Noël.
Il détestait cette ville tout le temps mais plus encore à Noël.
Tous ces Pères Noël bidons agitant leurs cloches et faisant la quête dans la rue ! Tous ces connards de l’Armée du Salut soufflant dans leur trompette ou tapant sur leur tambourin ! Tous ces mendigots qui encombraient le trottoir, ces cloches avec des pancartes indiquant qu’ils étaient aveugles, ou sourds-muets, comme la femme de Carella. Bidons, eux aussi. Le faux aveugle recouvrait la vue tous les soirs pour compter les pièces jetées dans son gobelet. Parker haïssait aussi les musiciens des rues et les danseurs de break, les camelots installés sur le trottoir, devant les grands magasins. S’il n’avait tenu qu’à lui, il les aurait tous mis en cabane, même ceux qui avaient une autorisation. La plupart vendait des marchandises volées.
Parker haïssait aussi les touristes qui envahissaient la ville avant Noël. Regarde-moi ces tours, maman ! Putain de bouseux avec leur appareil photo, poussant des « Oooh» et des « Aaaah », se faisant trimbaler en calèche dans Grover Park. Il détestait également les types qui conduisaient les carrioles, qui les décoraient de guirlandes, de gui et de houx, de pancartes proclamant « Joyeux Noël » alors qu’ils ne pensaient qu’à se faire du fric. Les chevaux non plus il ne pouvait pas les blairer. Ils semaient de la merde partout dans les rues, rendant plus pénible le travail des éboueurs. Dire qu’il y avait encore dans cette ville une police montée ! De la merde en rab dans les rues. Les écuries se trouvaient dans le secteur du 87e, dans le vieil arsenal situé au coin de la Première Avenue et de Saint Seb. Tous les matins, Parker voyait la police montée défiler comme une légion romaine. Il détestait les chevaux, il détestait la police montée, il détestait les touristes qui auraient mieux fait de rester chez eux, à Pétaouchnok.

Huit Chevaux noirs – Ed McBain15

Que lire un 14 décembre ?

14 décembre 1995. Dans son studio, depuis la salle de douche qu’il a aménagé en laboratoire photo, Joaquim n’entend pas le téléphone sonner. Dans les vapeurs du révélateur, du bain d’arrêt et du fixateur, il travaille en écoutant la radio. Il aime comme le jour et la nuit passent indifféremment dans la lumière rouge, la seconde pour seule unité. Sous ses yeux se révèle pour la millième fois le portrait de Ludmilla, le seul qu’elle lui a laissé prendre, presque trois ans plutôt, juste avant qu’il ne parte pour la capitale bosniaque. Régulièrement, il revient à ce négatif et le tire à nouveau. Deux ans et neuf mois que son cœur se serre chaque fois qu’il croise l’enseignante dans les couloirs des Gobelins. À la fin du printemps 1993, lorsque Joaquim était revenu de Sarajevo, Ludmilla n’était plus là, de la pire manière qui soit : présente mais lui refusant ses bras. « Pour son bien. » « Pour ne pas lui voler sa jeunesse. » Joaquim lui en veux encore de n’avoir pas su dire la vérité.
Du haut de la pince plastique, il remue doucement le portrait, le tourne, le retourne, veille à ne pas le laisser noircir, le dépose dans le fixateur à l’instant précis où la beauté de Ludmilla culmine, dans un équilibre des blancs, dans un équilibre des noirs qui ne le satisfait jamais. Joaquim rince la photo, la place en adhérence contre le carrelage, la contemple. « Signature officielle ce matin à Paris en présence de plusieurs dizaines de chefs d’État et de gouvernement des accords de paix en Bosnie… » Joachim lâche la pince plastique et monte le son de la radio. «… un terme à quatre années de guerre civile… La signature a lieu ce matin à l’Élysée après quarante-quatre mois de siège. « L’accord signé reste fragile, mais il a le mérite d’exister et de mettre un terme aux combats », s’est exprimé le président Jacques Chirac. » Joaquim baisse la radio. La sonnerie du téléphone lui parvient enfin. Ludmilla. Forcément. Ludmilla. Il jaillit hors de la pièce, s’essuie les mains sur son jean, décroche.
Il n’a pas entendu la voix de son père depuis tant d’années. Les mots l’atteignent sans le toucher.

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Miss Sarajevo – Ingrid Thobois

Enigme 7/15 – La ronde de la jument

Bonjour à tous et à toutes,

Comme l’an dernier, j’ai eu envie de jouer autour des livres. Le but du jeu est de trouver des titres de livres, leurs auteurs et le point commun entre les livres.

Voici la septième  énigme :

Pour participer, il faut laisser votre ou vos réponses en commentaires. Chaque bonne réponse vaut un point pour  TOUTES LES PERSONNES  ayant trouvé : Pas besoin d’arriver le premier pour remporter un point donc 🙂

Vous pouvez faire juste une proposition, ou deux ….ou …neuf…jusqu’à dimanche soir…

Courant février, nous connaîtrons les vainqueurs de ce jeu 🙂

Bon weekend  à tous

Edit du 17/12 : réponse en image

Que lire un 13 décembre ?

Et puis, c’est venu tout seul, le 13 décembre 1914, pour être exact, par la malle qui arrivait à V. et qui s’arrêta comme d’habitude en face de la quincaillerie de Quentin–Thierry dont la devanture alignait immuablement des boîtes de rivets de toutes tailles aux côtés de pièges à taupes. On vit descendre quatre marchands de bestiaux, rouges comme des mitres de cardinal, et qui se poussaient des coudes en riant de grands coups à force d’avoir trop arrosé leurs affaires ; puis deux femmes, des veuves, qui avaient fait le déplacement à la ville pour y vendre leurs ouvrages au point de croix ; le père Berthiet, un notaire retiré des paperasses qui se rendait une fois par semaine, dans une arrière-salle du Grand café de L’Excelsior pour jouer au bridge avec quelques rogatons de son espèce.
Il y eut aussi trois gamines qui étaient allées faire des emplettes pour le mariage de l’une d’elles. Et puis enfin, tout en dernier, alors qu’on croyait qu’il n’y avait plus personne, on vit descendre une jeune fille. Un vrai rayon de soleil.
Elle regarda sur sa droite, puis sur sa gauche, lentement, comme pour prendre la mesure des choses. On n’entendait plus le cognement des canons et l’éclatement des obus. Le jour sentait encore un peu le chaud de l’automne et la sève des fougères. Elle avait à ses pieds deux petits sacs en cuir marron dont les fermoirs de cuivre semblaient garder des mystères. Sa tenue était simple, sans effets ni fioritures. Elle se baissa un peu, prit ses deux petits sacs et tout doucement disparut de nos regards, tout doucement dans sa silhouette fine que le soir enroba dans une vapeur bleue, rose, et brumeuse.

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Les âmes grises – Philippe Claudel 

Le meurtre du commandeur – Haruki Murakami

Jour de lecture 1
Le narrateur est un peintre reconnu (un portraitiste) ; il n’est pas très célèbre mais vit bien de son art. Sa femme lui avoue un jour qu’elle souhaite divorcer (elle a un amant)
Il part du domicile le jour même et roule une nuit entière vers la mer du nord.
J’aime beaucoup l’ambiance un peu mystérieuse mais pas trop, il erre pendant des semaines sur Hokkaidô, puis accepte la proposition d’un ami de garder la maison de son père, atteint d’Alzheimer.
Et puis au détour d’une phrase banale, on apprend une chose importante de son passé ou celui de son épouse Yuzu.

Jour 2
L’action se met en place tout doucement (c’est pour cela que j’aime Murakami)
On y fait la rencontre d’un mystérieux tableau (le tableau s’appelle « le meurtre du commandeur » et il était caché dans le grenier de la maison où le narrateur vit) , d’un mystérieux voisin (Menshiki).

Il y a aussi une ambiance fantastique (Murakami a-t-il lu le Horla de Maupassant) ?
Le narrateur a-t-il des hallucinations auditives (puis visuelles) ? Est-il un meurtrier qui aurait refoulé son crime ?
Le lecteur assiste à de mystérieuses fouilles dans le jardin, et se sent tour à tour claustrophobe, peintre, Mozart….

Bref, j’adore l’ambiance, je n’y vois goutte et me demande où l’auteur veut nous emmener … mais je suis montée dans la Toota poussiéreuse du narrateur, puis la Subaru blanche, la jag de Menshiki itou…

Jour 3
Le mystérieux voisin se fait moins mystérieux : le narrateur réalise son portrait et on assiste à leurs échanges sur l’art (peinture, musique) et la création en général..
Il apparaît un nouveau personnage : la mystérieuse Idée (celle du sous titre ; Idée avec une majuscule s’il vous plait)..Ces passages sont à la fois réalistes, fantastiques et plein d’humour…

Le narrateur finit le tableau de Menshiki et en attaque deux nouveaux, celui du mystérieux homme à la Subaru et celui de Marié, une jeune voisine qui est son élève dans son cours de peinture.

Je vous laisse : il fait que j’aille de toute urgence me procurer le tome 2.

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Un extrait

En y pensant rétrospectivement, je me dis que nos vies sont faites d’une façon vraiment étrange. Elles regorgent de hasards extravagants et difficiles à croire, de développements en zigzag impossibles à pronostiquer. Mais lorsque ces événements nous arrivent réellement, lorsqu’on est plongé en plein milieu du tourbillon, il est possible de ne pas y voir le moindre élément étrange.Peut-être ce qui nous arrive nous semble-t-il être uniquement des faits parmi les plus ordinaires, se produisant de la façon la plus ordinaire, dans un quotidien linéaire. Ou bien au contraire, peut-être tout cela nous paraît-il complètement insensé. Mais en fin de compte, c’est seulement beaucoup plus tard que l’on saura vraiment si un événement est conforme à la raison ou pas.

 

Les furtifs – Alain Damasio

France 2041

Lorca Varese fait partie d’une section spéciale dans l’armée, le Récif. Ce département est chargé de capturer un furtif, vivant ! Car un furtif, être invisible, caméléon se déplaçant à la vitesse du son, se suicide si on le regarde : il se fige en sculpture  …
Les motivations de Lorca sont de retrouver Tishka, sa fille (et un peu de renouer avec son ex-femme). La petite fille  a disparu de l’appartement familial il y a deux ans, elle avait  alors 4 ans. Est-elle encore en vie ? Enlevée par un maniaque ? Un furtif ? Lorca est séparée de Sahar la mère de Tiskha, celle ci le prend pour un fou de croire aux furtifs et veut faire son « deuil » de la petite fille …

Entrer dans le monde d’Alain Damasio est toujours un choc : l’univers est riche en vocables inventés, bruits, odeurs, fulgurances…
Comme dans la « horde du contrevent », les personnages parlent tour à tour.
Il y a Lorca bien sûr et aussi Sahar. Parmi l’équipe du Recif, il y a Aguero, le chef d’équipe, Saskia, un peu amoureuse de Lorca, une ingénieure spécialisée dans le son,
Asharin leur supérieur. J’ai aussi apprécié le ton de Toni tout fou, un jeune homme qui rejoint la bande un peu plus tard. Il faut un peu s’accrocher au début le temps de repérer qui est qui, le vocabulaire et le style de chaque personnage.

Passons à la partie politique de cette dystopie : Dans ce monde où les villes ont été et privatisées, tout le monde est bagué, épié surveillé (à côté Big brother c’est de la gnognote :-)). L’action principale se passe à Orange, ville qui a été rachetée par l’opérateur de télécommunications éponyme. Les individus ne peuvent circuler que dans certaines rues en fonction du « forfait » de leur bague, il n’y a plus d’éducation gratuite (à part les proferrants, sorte d’enseignants hors la loi qui font « classe » dans la rue et qui risquent la prison… (enfin les TIC Travaux d’Intérêt Commerciaux ). Quelques personnes résistent à ce conformisme et cette absence de liberté (tagueurs, zadistes…).

Le président de la République apparaît tardivement dans le roman et c’est le seul personnage que j’ai trouvé peut être un peu caricatural : un politique insensible qui veut éradiquer les furtifs afin de mieux asseoir son pouvoir… prêt à tout et même à tuer. D’ailleurs, Alain Damasio ne lui donne pas la parole mais décrit ses faits et gestes par l’intermédiaire des autres personnages… La découverte par les français de l’existence des furtifs mettra le feu aux poudres….

Pour ma part, ce livre restera le livre de « mon année 2020 2019 » et détrône « La horde du contrevent » dans mon panthéon personnel : L’histoire (la quête) est encore plus captivante que celle de la Horde (la recherche de la petite fille disparue, cette nouvelle espèce vivante que sont les furtifs … ) et surtout les personnages sont beaucoup plus subtils que  dans la Horde du contrevent ….Dans « la horde… », les personnages les plus réussis étaient tous des hommes et il faut bien dire que les quelques femmes présentes étaient un peu « cliché » et réduites à des faire- valoir…
Ici il y a deux personnages féminins magnifiques et sans concession Sahar (la proferrante qui finit par avoir un poids dans l’histoire aussi importante que Lorca) et Saskia spécialisée dans l’étude des sons furtifs…

Ils évoluent tous et c’est un plaisir de les voir changer de passer de la « traque » pure et dure à l’ »apprivoisement » et la découverte d’une nouvelle espèce …

Les coups de coeur sont chez Antigone

Le pays où l’on n’arrive jamais – André Dhôtel

Lu en « Audiolivre » : Il y en pas mal à la bibli mais je me laisse souvent décourager par le temps d’écoute dépassant allègrement les 15-16 heures.

J’ai donc choisi cet audiolivre sur deux raisons. D’abord, il n’a que 7 heures d’écoute et ensuite c’est le livre doudou de mon enfance (livre que j’ai lu un grand nombre de fois entre mes 10 et 12 ans). Bizarrement j’avais finalement peu de souvenirs des détails de ces multiples lectures.

1950 – L’action se passe dans les Ardennes (j’y suis née et j’ai passé toute mon enfance dans les Ardennes alors Fumai, Revin, Givet …étaient des noms connus…)

Gaspard, le héros, est élevé par sa tante : Ses parents sont forains et l’ont confié à Gabrielle Berlicot, pensant lui donner une existence plus « stable »
Les deux grandes soeurs de Gaspard vivent avec leurs parents.
Il arrive à Gaspard toutes sortes d’aventures : des aventures dont il n’est pas responsable mais il a toujours l’air d’être là au « mauvais moment » : un frein de camion est mal serré et « lâche » alors qu’il se trouve dedans …un feu se déclare…
Il grandit cahin-caha, rabroué par sa tante et ne voyant que peu ses parents toujours en déplacement.
Un jour, débarque à Lominval, un jeune fugitif d’une quinzaine d’années (comme Gaspard). Le fugueur est rattrapé par la gendarmerie et enfermé dans une des chambres de l’hôtel du Grand Cerf. Gaspard va lui venir en aide et ensemble ils organisent une tentative d’évasion…L’inconnu cherche sa famille, Maman Jenny et un « grand pays » avec des troènes, des bouleaux, des palmiers, des pommiers, une terre noire et une immense étendue d’eau.

Sans en dite trop sur les multiples péripéties, je comprends mon engouement pour ce livre lorsque je l’ai découvert à 10 ans : deux enfants qui partent à la poursuite de leurs rêves et qui y sont aidés par un cheval pie et de fabuleux hasards : des voyages dans une nature abondante, des obstacles qu’ils arrivent à surmonter, des méchants et des frissons, et une fin idyllique…

Concernant l’expérience de l’audio-livre, j’ai bien aimé la voix de Stéphane Boucher, le lecteur, hormis quand il prend une voix de fausset (c’est le terme employé par André Dhotel pour décrire la voix d’un de ces personnages Théodule Résidore (j’adore ce nom)) . Heureusement que c’était un personnage secondaire …

Une relecture de jeunesse qui m’a donc bien plu et replongée dans un univers onirique et fantastique à la fois intriguant mais aussi très apaisant…

Un livre « lu » en deux jours dans ma voiture : 7 heures d’écoute divisée en 4, je renouvellerai l’expérience …

Pour l’anecdote, le mot de la fin d’André Dhotel (7 heures d’écoute avec un grand trajet sur deux jours quand même) a été prononcé au moment pile où je passais devant le panneau arrivée de mon village … de quoi y voir que j’étais arrivée à mon Grand Pays à moi ?

Chez Sylire

Que lire un 8 décembre ?

À dire vrai, Priscilla ressentait un léger pincement de dépit de devoir rentrer à son petit studio. Sans aucun doute, il y avait suffisamment de place pour elle à la fondation Qui rira le dernier. Jésus-Christ et ses douze disciples auraient même pu résider à la fondation, sauf peut-être Judas qui aurait dû dormir sur la terrasse.
En marchant dans l’allée, elle avait le sentiment d’être les trois quarts de deux granulés antilimaces. Quand elle passa devant la boîte aux lettres, à l’entrée, elle eut envie de se coller un timbre sur le front et de s’expédier à l’Abominable Homme des Neiges.
Dans la rue, ce fut pire. La foule des aspirants immortalistes était agitée et revêche. Ils lui lançaient des regards furieux, comme si elle était une œuvre d’art moderne dans une foire de campagne. Un ricanement hostile ici, un rire perplexe là, mais pas de premier prix en vue.
Apparemment, il y avait eu une ruée sur la nourriture peu de temps auparavant, car beaucoup de ceux qui faisaient la queue étaient occupés à mâchonner des hamburgers achetés dans un fast-food. Ils étaient suffisamment âgés pour ne pas avoir d’excuse. Certains étaient même suffisamment âgés pour se souvenir du temps où le vieux McDonald avait une ferme.
Autrefois, c’étai les microbes qui faisaient mourir les gens. Maintenant, c’était les mauvaises habitudes. C’est ce que disait le docteur Dannyboy. Les maladies cardiaques étaient provoquées par de mauvaises habitudes personnelles, le cancer était provoqué par de mauvaises habitudes industrielles, et la guerre était provoquée par de mauvaises habitudes politiques. D’après Dannyboy, même la vieillesse était une mauvaise habitude. Et les habitudes ça se change. Priscilla eut envie de faire la leçon à tous ces gens sur leurs habitudes, avant de les renvoyer chez eux, mais naturellement elle ne le fit pas.
Vers la fin de la file, elle crut entendre un type aux cheveux blancs qui marchait avec des béquilles faire remarquer que c’était le 7 décembre, « le trente-cinquième anniversaire de l’attaque par les Japonais sur Pearl Bailey(*) ». Il se trompait. On était le 8 décembre

(*) actrice et chanteuse américaine (1918–1990).

 

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Un parfum de jitterbug – Tom Robbins