La batarde d’Istanbul – Elif Shafak

 

Tout commence avec Zeliha, 20 ans. Elle vit dans un famille exclusivement composée de femmes : sa grand mère, sa mère et ses trois soeurs : tous les hommes de la famille semblent frappés d’un malédiction et disparaissent prématurément avant leurs 40 ans.
La famille habite une maison à Istanbul.
Zeliha, jeune femme moderne, a rendez vous chez le gynécologue pour se faire avorter. Finalement l’avortement n’a pas lieu et Zeliha annonce à sa famille avec beaucoup de provocation (et beaucoup d’humour) le fait qu’elle soit enceinte. Puis nous sommes transportés en Arizona et nous découvrons, Rose, 20 ans également, ex-épouse de Barsam d’origine arménienne, dont la famille vit en Amérique depuis 1915 (en exil suite au génocide arménien par les turcs)
Elle vient d’avoir une Petite fille Armamoush et rencontre Mustapha, le frère de Zeliha, parti au Usa (par peur d’une mort prématurée due à la malédictions des hommes de sa famille ?). On découvre cette famille culinairement et culturellement très proche de celle d’Istanbul.

20 ans plus tard
Asya à Istanbul est la bâtarde du titre : elle semble très touchée par le mystère de sa naissance. de l’autre cote de l’océan, Armamaoush, devenue Amy, est aussi à la recherche de ses racines (elle connait son père et sa mère mais souhaite retrouver a Istanbul les racines de sa famille …elle est devenue la belle fille de Mustapha, le frère de Zeliha.)

J’ai beaucoup aimé le parallèle entre ces deux jeunes femmes à des kilomètres l’une de l’autre mais finalement pleines de points communs. En particulier il y a de très belles scènes dans un café nommé <a href= »/auteur/Milan-Kundera/2129″ class= »libelle »>Kundera</a> à Istanbul et dans un café virtuel en Amérique … les débats sont variés et mettent bien en avant la complexité du passé commun turc et arménien. J’ai aussi aimé la rencontre de ses deux cultures finalement très proches
A un moment, Amy compare la famille turque a une famille de <a href= »/auteur/Gabriel-Garcia-Mrquez/69346″ class= »libelle »>Gabriel Garcia Marquez</a> et ce n’est pas éloigné de ce que je pense : les portraits des trois soeurs de Zeliha sont tous très réussis et je garderai un souvenir ému de Banu, (un peu folle au premier abord mais si soucieuse de sa soeur Zeliha)
La référence à <a href= »/auteur/Gabriel-Garcia-Mrquez/69346″ class= »libelle »>Garcia Marquez</a> permet également d’amener une touche de « réalisme magique » que j’ai beaucoup aimé ….

En conclusion : un roman passionnant sur une Turquie très ambivalente…

 

un extrait :

Banu sortit de sa chambre d’un pas traînant, un sourire radieux aux lèvres, une étincelle troublante dans le regard et voilée d’un foulard rouge cerise.
– Quelle est cette chose pitoyable que tu as sur la tête ? (…)

– Désormais, je me couvrirai la tête ainsi que l’exige ma foi.
– D’où te viennent ces idées absurdes ? Les femmes turques ont abandonné le voile il y a quatre-vingt-dix ans. Aucune de mes filles ne renoncera aux droits que le grand commandant en chef Atatürk a accordés aux femmes de ce pays.
– Nous avons obtenu le droit de vote en 1934. Au cas où tu l’ignorerais, l’histoire marche en avant, pas en arrière. Enlève ça immédiatement !