Que lire un 15 décembre ?

La radio avait commencé à diffuser des chansons de Noël deux ou trois jours plus tôt, comme si les programmateurs ne pouvaient plus attendre de les passer. Les mêmes scies chaque année. On n’était que le 15 décembre et Parker avait déjà entendu une centaine de fois Petit Papa Noël, Vive le Vent, Noël blanc et autres fadaises.
Parker détestait les chansons de Noël.
Il détestait tout dans cette ville à l’approche de Noël.
Il détestait cette ville tout le temps mais plus encore à Noël.
Tous ces Pères Noël bidons agitant leurs cloches et faisant la quête dans la rue ! Tous ces connards de l’Armée du Salut soufflant dans leur trompette ou tapant sur leur tambourin ! Tous ces mendigots qui encombraient le trottoir, ces cloches avec des pancartes indiquant qu’ils étaient aveugles, ou sourds-muets, comme la femme de Carella. Bidons, eux aussi. Le faux aveugle recouvrait la vue tous les soirs pour compter les pièces jetées dans son gobelet. Parker haïssait aussi les musiciens des rues et les danseurs de break, les camelots installés sur le trottoir, devant les grands magasins. S’il n’avait tenu qu’à lui, il les aurait tous mis en cabane, même ceux qui avaient une autorisation. La plupart vendait des marchandises volées.
Parker haïssait aussi les touristes qui envahissaient la ville avant Noël. Regarde-moi ces tours, maman ! Putain de bouseux avec leur appareil photo, poussant des « Oooh» et des « Aaaah », se faisant trimbaler en calèche dans Grover Park. Il détestait également les types qui conduisaient les carrioles, qui les décoraient de guirlandes, de gui et de houx, de pancartes proclamant « Joyeux Noël » alors qu’ils ne pensaient qu’à se faire du fric. Les chevaux non plus il ne pouvait pas les blairer. Ils semaient de la merde partout dans les rues, rendant plus pénible le travail des éboueurs. Dire qu’il y avait encore dans cette ville une police montée ! De la merde en rab dans les rues. Les écuries se trouvaient dans le secteur du 87e, dans le vieil arsenal situé au coin de la Première Avenue et de Saint Seb. Tous les matins, Parker voyait la police montée défiler comme une légion romaine. Il détestait les chevaux, il détestait la police montée, il détestait les touristes qui auraient mieux fait de rester chez eux, à Pétaouchnok.

Huit Chevaux noirs – Ed McBain15