Les furtifs – Alain Damasio

France 2041

Lorca Varese fait partie d’une section spéciale dans l’armée, le Récif. Ce département est chargé de capturer un furtif, vivant ! Car un furtif, être invisible, caméléon se déplaçant à la vitesse du son, se suicide si on le regarde : il se fige en sculpture  …
Les motivations de Lorca sont de retrouver Tishka, sa fille (et un peu de renouer avec son ex-femme). La petite fille  a disparu de l’appartement familial il y a deux ans, elle avait  alors 4 ans. Est-elle encore en vie ? Enlevée par un maniaque ? Un furtif ? Lorca est séparée de Sahar la mère de Tiskha, celle ci le prend pour un fou de croire aux furtifs et veut faire son « deuil » de la petite fille …

Entrer dans le monde d’Alain Damasio est toujours un choc : l’univers est riche en vocables inventés, bruits, odeurs, fulgurances…
Comme dans la « horde du contrevent », les personnages parlent tour à tour.
Il y a Lorca bien sûr et aussi Sahar. Parmi l’équipe du Recif, il y a Aguero, le chef d’équipe, Saskia, un peu amoureuse de Lorca, une ingénieure spécialisée dans le son,
Asharin leur supérieur. J’ai aussi apprécié le ton de Toni tout fou, un jeune homme qui rejoint la bande un peu plus tard. Il faut un peu s’accrocher au début le temps de repérer qui est qui, le vocabulaire et le style de chaque personnage.

Passons à la partie politique de cette dystopie : Dans ce monde où les villes ont été et privatisées, tout le monde est bagué, épié surveillé (à côté Big brother c’est de la gnognote :-)). L’action principale se passe à Orange, ville qui a été rachetée par l’opérateur de télécommunications éponyme. Les individus ne peuvent circuler que dans certaines rues en fonction du « forfait » de leur bague, il n’y a plus d’éducation gratuite (à part les proferrants, sorte d’enseignants hors la loi qui font « classe » dans la rue et qui risquent la prison… (enfin les TIC Travaux d’Intérêt Commerciaux ). Quelques personnes résistent à ce conformisme et cette absence de liberté (tagueurs, zadistes…).

Le président de la République apparaît tardivement dans le roman et c’est le seul personnage que j’ai trouvé peut être un peu caricatural : un politique insensible qui veut éradiquer les furtifs afin de mieux asseoir son pouvoir… prêt à tout et même à tuer. D’ailleurs, Alain Damasio ne lui donne pas la parole mais décrit ses faits et gestes par l’intermédiaire des autres personnages… La découverte par les français de l’existence des furtifs mettra le feu aux poudres….

Pour ma part, ce livre restera le livre de « mon année 2020 2019 » et détrône « La horde du contrevent » dans mon panthéon personnel : L’histoire (la quête) est encore plus captivante que celle de la Horde (la recherche de la petite fille disparue, cette nouvelle espèce vivante que sont les furtifs … ) et surtout les personnages sont beaucoup plus subtils que  dans la Horde du contrevent ….Dans « la horde… », les personnages les plus réussis étaient tous des hommes et il faut bien dire que les quelques femmes présentes étaient un peu « cliché » et réduites à des faire- valoir…
Ici il y a deux personnages féminins magnifiques et sans concession Sahar (la proferrante qui finit par avoir un poids dans l’histoire aussi importante que Lorca) et Saskia spécialisée dans l’étude des sons furtifs…

Ils évoluent tous et c’est un plaisir de les voir changer de passer de la « traque » pure et dure à l’ »apprivoisement » et la découverte d’une nouvelle espèce …

Les coups de coeur sont chez Antigone