Enigme 3/15 – La ronde de la jument

Bonjour à tous et à toutes,

Comme l’an dernier, j’ai eu envie de jouer autour des livres. Le but du jeu est de trouver des titres de livres, leurs auteurs et le point commun entre les livres (super facile cette semaine).

Voici la troisième énigme :

Pour participer, il faut laisser votre ou vos réponses en commentaires. Chaque bonne réponse vaut un point pour  TOUTES LES PERSONNES  ayant trouvé : Pas besoin d’arriver le premier pour remporter un point donc 🙂

Vous pouvez faire juste une proposition, ou deux ….ou …six…jusqu’à dimanche soir…

Courant février, nous connaîtrons les vainqueurs de ce jeu 🙂

Bon weekend  à tous

Edit du 18/11/2019

et voici la solution en image 😉

 

Que lire un 12 novembre ?

Chez Mademoiselle Rivière, il y avait une antichambre Louis XVI aux fauteuils recouverts d’un plastique transparent ; un salon de musique où trônait un crapaud Pleyel particulièrement venimeux ; et la mère de Mademoiselle Rivière dont on entrevoyait parfois la silhouette dans les fonds de l’appartement : une ogresse barbue se dandinant entre deux cannes, beaucoup plus inquiétante que la fille d’en bas. J’ai appris plus tard que les dames Rivière encaissaient les loyers de l’hôtel Mon Répit, malgré des scrupules moraux que je devine intenses. Pour l’heure, on s’absorbait dans des dictées musicales riches en quintes diminuées et des gammes aux armures hérissées de dièses. J’imagine aujourd’hui qu’il y avait sous nos pieds une chambre avec un miroir au plafond où des mélomanes perfectionnaient l’art de la bourrée, mais je n’en percevais alors qu’un subtil parfum d’extravagance et de transgression.
Au fil des mois, quand j’entrais dans la sombre vallée de la rue du Garet, un dilemme me déchirait : j’espérais voir la fille, tellement belle, élégante et gentille avec moi ; et à la fois je redoutais qu’elle m’entraîne au restaurant sans que je sache lui résister. J’étais triste lorsqu’elle désertait son poste, effrayé lorsqu’elle me saluait d’un mot trop affectueux. En toile de fond, les Arabesques de Debussy et les Inventions de Bach : je pressentais que ces affaires-là marchent ensemble mais sans comprendre encore comment.
Un jour d’automne 1970, l’événement que je redoutais le plus se produisit : tandis que j’attendais l’heure de mon supplice sur un fauteuil recouvert de plastique, l’ogresse encadra sa lourde silhouette dans une porte du salon. Sans un mot, l’air hagard et le visage ruisselant de larmes, elle me fit signe de la suivre. Soudain, la gamme de mi bémol mineur me semblait une partie de plaisir à côté de ce qui m’attendait. Terrifié, je la suivis le nom d’un corridor au bout duquel s’ouvrait un autre salon. Là, un téléviseur sur pied faisait face un canapé où je dus m’asseoir à côté de la vieille. La télévision retransmettait les funérailles du Général De Gaulle, avec qui la sorcière avait dû vivre une passion inoubliable pour pleurer comme elle pleurait : hoquets, sanglots, reniflements, spasmes, elle allait à coup sûr mourir de chagrin sous mes yeux. Pétrifié et mutique, je feignais un intérêt exclusif pour l’écran.

 

Emmanuel Venet – Précis de médecine imaginaire

Bondrée – Andrée A.Michaud

Depuis que Stan avait été nommé inspecteur chef à Skowhegan, soit depuis plus de quinze ans, elle [Dorothy] vivait pratiquement seule. Ses soirée s’étiraient dans l’attente, puis une portière de voiture claquait et Stan faisait son apparition, la plupart du temps fourbu, les traits tirés par l’inquiétude qu’il éprouvait devant la progression sournoise d’une violence dont il ne pouvait tout au plus qu’atténuer les effets seconds. Il n’était pas bâti pour ce métier, trop sensible, trop vulnérable, et pourtant personne mieux que lui ne savait pister le mal. Quand il tenait encore sur ses jambes, elle lui servait un whisky, un Bulleit ou un Wild Turkey, des whiskys rugueux, comme il les aimait, et ils s’asseyaient au salon, où il se plongeait dans un ouvrage de sciences naturelles ou s’abrutissait devant la télé pendant que Dorothy dévorait le dernier Patricia Highsmith ou s’adonnait à son plus récent passe-temps, dessin, yoga, casse-tête ou jeux de logique. Certains soirs, il lui racontait sa journée, comment il avait dû témoigner au procès d’un adolescent qui avait tenté d’étrangler l’ordure qui battait sa mère, comment il avait prêté main-forte à des collègues pour encercler une jument apeurée par un feu de broussailles. D’autres soirs, il ne disait rien, ou presque, et Dorothy comprenait qu’il avait vu ce que personne ne désire voir, qu’il pataugeait dans cette boue qui finirait par l’engloutir, de la boue mouvante, comme savent si bien en créer les hommes.

.

Bondrée – Andrée A.Michaud

La nuit du jabberwock – Fredric Brown

LC avec Edualc

Carmel City, pas très loin de Chicago Illinois, mais de l’autre côté du miroir…

Doc est journaliste dans une toute petite ville. Tous les jeudis, il boucle son édition hebdomadaire. Ce jeudi là, il est en avance et peut aller donc boire un coup chez Smiley, le bar d’en face…
Sauf que sa nuit ne va pas du tout se passer comme il pense : il va rencontrer un étrange Mr Yehudi Smith qui semble le connaître intimement (notamment sa passion pour Lewis Carroll) ; celui-ci va lui proposer d’aller dans une maison (hantée) à la découverte d’une société secrète des lames verzibafres (référence à un poème Jabberwocky de LC (acronyme de Lewis Caroll et non pas de Lecture commune :-)).

Ce roman a été écrit en 1950 et je ne sais pas trop comment le décrire : un peu fantastique (Yehudi semble tout droit sortir d’un livre de Lewis Carroll ) et un peu polar (parodique) avec quelques meurtres, un braquage, des méchants et des gentils, saupoudré de situations invraisemblables (il m’a fait aussi penser au niveau du rythme à Tintin en Amérique – la prohibition en moins)

Bon j’avais trouvé le coupable assez vite mais là n’est pas l’essentiel, ce qui m’a le plus plu est la façon qu’a Fredric Brown de faire avaler 36 chandelles (romaines) à son lecteur… bon vous prendrez bien un petit whisky ?

Sans clamer au chef d’oeuvre comme j’ai vu ici ou là, un très bon moment de lecture…

Un extrait :

– Que faisons-nous, à présent ? demandai-je.
– Nous attendons les autres. Quelle heure est-il, Doc ?
Je parvins à distinguer le cadran de ma montre et lui répondis qu’il était une heure sept.
– Bien. Nous leur accorderons un quart d’heure. Il y a quelque chose que je devrais faire alors, qu’ils soient arrivés ou non. Écoutez, on dirait une voiture.
Je tendis l’oreille et crus en effet entendre un moteur. Le bruit parvenait mal dans ce grenier, mais il me semblait bien qu’une voiture venait d’arriver sur la route. J’en étais pratiquement certain.
Je débouchai de nouveau la bouteille et la tendis à mon compagnon. Cette fois, il but un petit coup. Moi aussi, moins petit.
J’avais l’impression de retrouver toute ma lucidité, et le lieu était bien mal choisi pour ça. La situation était déjà suffisamment stupide comme ça.
Dehors tout était silencieux et puis soudain, comme si la voiture s’était arrêtée et remise en marche brusquement, j’entendis de nouveau le bruit du moteur qui semblait s’éloigner du côté de la route. Et puis tout se tut.
Les ombres dansaient. Aucun son ne montait d’en bas.
Je réprimai un frisson.
–  Aidez-moi à chercher quelque chose, Doc, me dit Smith. En principe ce doit être ici, tout préparé. Une petite table.
–  Une table ?
– Oui, mais si vous la voyez, n’y touchez pas.
Il avait rallumé sa torche et longeait un des côtés du grenier ; j’allais de l’autre côté, ravi de pouvoir chasser ces foutus ombres avec la lumière de ma lampe.
Ce fut moi qui la trouvai, tout au fond du grenier.
Un petit guéridon à dessus de verre et à trois pieds, avec deux petits objets posés dessus.
Je me mis à rire. J’oubliai les ombres et les fantômes, et ris de bon cœur. Un des objets était une petite clé et l’autre une minuscule fiole, à laquelle était fixée une étiquette.
La table de verre qu’Alice avait découvert dans le vestibule, au fond du terrier du lapin, la table sur laquelle elle avait trouvé la clé de la petite porte du jardin et la bouteille portant sur l’étiquette « BUVEZ-MOI ».
Je l’avais souvent vue, cette table sur l’illustration d’Alice au pays des merveilles par John Tenniel .

 

Challenge polar chez Sharon

Bondrée – Andrée A. Michaud

Je suis admirative devant le suspense et l’intérêt qu’a su susciter l’auteur Andrée A Michaud dans ce roman noir. Admirative, car sur une histoire au scénario finalement assez mince – une adolescente meurt la jambe coupée net dans un piège à ours (accident, crime ?) , elle réussit à être passionnante pendant 380 pages …
L’action se passe en 1967 : les points de vue alternent entre celui de la narratrice (Andrée comme l’auteure ) qui a douze ans et les différents protagonistes : la jeune fille assassinée, les parents d’Andrée, les deux enquêteurs, les voisins …
De temps en temps un intermède raconte une scène du passé et éclaire peu à peu l’affaire. Andrée nous dit tout dès le 10ème page: Zaza Mulligan et Sissy Morgan vont mourir et bien que l’on sache déjà beaucoup de choses dès le premier chapitre, je ne me suis pas ennuyée une seconde tant l’analyse de A A Michaud sonne juste, qu’elle se mette dans la peau d’un ado de douze ans, de dix-sept ans, d’un trappeur, d’une mère de famille ou d’un policier.
C’est l’été, les enfants vont se baigner dans le lac et se promener dans la forêt qui devient de plus en plus menaçante. Le premier décès peut passer pour un accident mais le deuxième fait venir la psychose du tueur en série.
Un des charmes de ce livre est aussi le mélange des langues : français, anglais, québécois apportant un dépaysement bienvenu (l’action se passe à Bondrée un village-frontière entre Canada et USA).

Personne ne sortira indemne de cet été étouffant …
La fin est très bien amenée et je ne m’y attendais pas du tout.

Un très bon suspense avec une bande son que j’ai apprécié : Lucy in the Sky , Procol Harum et son « A Whiter Shade of Pale »  et bien d’autres …

 

Un extrait :

Il ne pouvait en être certain, mais tout indiquait que Sissy Morgan avait été assommée avant d’être traînée jusqu’au piège qui lui serait fatal. Tant de violence le déconcertait et il espérait que la jeune fille n’était pas consciente au moment où le piège s’était refermé sur sa jambe, ce que démentaient pourtant les larmes séchées sur les joues grises. Il avait tenté de reconstituer l’ordre des agressions dans son carnet, la coupe des cheveux, le coup frappé, le piège, puis il avait éteint le néon qui grésillait au-dessus du corps et amené celui-ci dans la chambre froide. Il ne pouvait plus rien pour le moment, sinon aviser Michaud que son assassin était doublé d’un dangereux maniaque, ce que Michaud savait sûrement déjà, mais Steiner tenait à le dire dans ses mots à lui, des mots froids n’admettant aucune réplique. Il avait donc téléphoné au poste de police de Skowhegan, où un certain Anton Weslake l’avait assuré qu’il transmettrait son message à Michaud, qui se trouvait toujours là-bas, sur les lieux du crime, puis il était rentré chez lui.
Il était près de midi quand Michaud l’avait rappelé de Boundary. Celui-ci était épuisé, cela s’entendait dans sa voix éraillée, mais il semblait surtout anxieux, inquiet de ne pouvoir agir aussi rapidement pour empêcher la découverte d’une troisième victime. Il va recommencer, avait-il murmuré quand Steiner lui avait parlé de la brutalité du meurtre et il avait tout de suite pensé à Françoise Lamar, qui représentait logiquement la prochaine victime. Il avait envoyé un de ses agents chez les Lamar le matin même pour surveiller la jeune fille et le chalet, mais l’angoisse demeurait. Il savait d’expérience que ces détraqués, une fois qu’ils avaient joui du pouvoir que leur conférait la violation d’l’un corps, puis celle, conséquente, de l’intégrité d’un être, ne s’arrêtait pas à une seule agression. C’était cela qui l’inquiétait, que la violence progresse. Il avait d’abord envisagé la possibilité que la haine du tueur n’ait eu pour objet que Zaza Mulligan et Sissy Morgan, des aguicheuses, des intrigantes qui perturbaient l’ordre moral de Boundary, lui avait-on rapporté à demi-mot, mais l’humiliation et la douleur infligée à Sissy Morgan changeait la donne. La haine s’amplifiait et le tueur avait encore faim.

 

LC avec Enna et Sylire

Challenge Polar chez Sharon, et Québec à l’honneur chez YueyinKarine:), et Madame lit 

 

Que lire un 9 novembre ?

C’était le neuf novembre, la veille de son trente-huitième anniversaire, comme il se le rappela souvent plus tard.
Il sortait vers onze heures de chez lord Henry où il avait dîné, et était enveloppé d’épaisses fourrures, la nuit étant très froide et brumeuse. Au coin de Grosvenor Square et de South Audley Street, un homme passa tout près de lui dans le brouillard, marchant très vite, le col de son ulster gris relevé. Il avait une valise à la main. Dorian le reconnut. C’était Basil Hallward.
Un étrange sentiment de peur qu’il ne put s’expliquer l’envahit.Il ne fit aucun signe de reconnaissance et continua rapidement son chemin dans la direction de sa maison…
Mais Hallward l’avait vu. Dorian l’aperçut s’arrêtant sur le trottoir et l’appelant. Quelques instants après, sa main s’appuyait sur son bras.
– Dorian ! quelle chance extraordinaire ! Je vous ai attendu dans votre bibliothèque jusqu’à neuf heures. Finalement j’eus pitié de votre domestique fatigué et lui dit en partant d’aller se coucher. Je vais à Paris par le train de minuit et j’avais particulièrement besoin de vous voir avant mon départ. Il me semblait que c’était vous, ou du moins votre fourrure, lorsque nous nous sommes croisés. Mais je n’en étais pas sûr. Ne m’aviez-vous pas reconnu ?
– Il y a du brouillard, mon cher Basil ? je pouvais à peine reconnaître Grosvenor Square, je crois bien que ma maison est ici quelque part, mais je n’en suis pas certain du tout.

.

Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde 

Que lire un 9 novembre ?

Waechter habitait une grande maison tout en bois avec un balcon qui en faisait le tour et un escalier couvert sur le côté : le genre d’endroit où on faisait pousser des culottes de peau dans des jardinières. Il ne manquait que des figurines de pendule tenant des chopes de bière. Je frappai violemment à la porte d’entrée, mais  les lumières étaient déjà allumées à l’intérieur, grâce à la Maserati. L’homme qui vint nous ouvrir était obèse et blême, sans doute de rage d’avoir été tiré de son lit en pleine nuit. Il portait un peignoir de soie rouge, avec des cheveux gris impeccables et une petite moustache assortie, hérissée d’indignation. On avait l’impression que tout un régiment de minuscules soldats allaient sortir au pas cadencé de son visage pour me flanquer une raclée. Il se mit à vociférer tel un maître d’école tyrannique, mais se calma très vite quand je lui montrai mon insigne, alors que j’aurais préféré l’assommer avec un des skis accrochés au mur.
« Kommissar Gunther. » Je l’écartai pour rentrer, comme je l’avais souvent vu faire à la Gestapo et une fois dans le vestibule, à l’abri du froid, nous commençâmes nonchalamment à soulever des photos dans des cadres, à ouvrir des tiroirs. J’allai droit au but.
« L’orfèvrerie Rothman dans Maximilianstrasse, dis-je sèchement. Vous en êtes l’actuel propriétaire, je crois.
– Exact. J’ai acquis ce fond de commerce quand les précédents propriétaires l’ont quitté en novembre dernier. »
À l’entendre, ils étaient partis de leur plein gré . Mais évidemment je savais à quoi correspondait cette date. Novembre 1938. La Nuit de cristal, au cours de laquelle les commerces juifs et des synagogues avaient été attaqués dans toute l’Allemagne, avait eu lieu le 9 novembre précisément.

Bleu de prusse – Philipp Kerr

Enigme 2/15 – La ronde de la jument

Bonjour à tous et à toutes,

Comme l’an dernier, j’ai eu envie de jouer autour des livres. Le but du jeu est de trouver des titres de livres, leurs auteurs et le point commun entre les livres.

Voici la deuxième énigme :

Pour participer, il faut laisser votre ou vos réponses en commentaires. Chaque bonne réponse vaut un point pour  TOUTES LES PERSONNES  ayant trouvé : Pas besoin d’arriver le premier pour remporter un point donc 🙂

Vous pouvez faire juste une proposition, ou deux ….ou …cinq…

A la fin de l’hiver, nous connaîtrons les vainqueurs de ce jeu 🙂

Bon weekend  à tous

Edit du 11/11/2019 les titres et auteurs en « clair » …..

Que lire un 8 novembre ?

8 novembre 2000

Cher Franklin,
Je ne sais trop pour quelle raison un incident mineur survenu cet après-midi m’a poussée à t’écrire. Mais depuis que nous sommes séparés, ce qui me manque le plus c’est peut-être de pouvoir rentrer à la maison te livrer les curiosités narratives de ma journée, comme un chat déposerait des souris à tes pieds : menus et humbles tributs que s’offrent les couples après avoir chassé chacun dans son jardin. Si tu étais encore installé dans ma cuisine, en train de tartiner généreusement du beurre de cacahouète sur une tranche de pain Branola alors qu’il était presque l’heure de dîner, je n’aurais pas plutôt déposé les sacs de courses, dont l’un laisse couler une espèce de liquide visqueux, que cette petite histoire sortirait, avant même la remarque grondeuse pour te dire qu’il y’a des pâtes au menu de ce soir, alors si tu pouvais éviter de manger ce sandwich en entier…

Il faut que l’on parle de Kevin – Lionel Shriver

(Incipit)

Que lire un 7 novembre ?

7 novembre 2013

.
J’entre dans une de ses boutiques médicales aux allures d’hôpital miniature qu’on appelle laboratoires. Une dose de silence bleu, une piqûre et un sucre plus tard, je suis libéré. « Vous êtes très très blanc, Monsieur Malzieu… Ça va aller ? » L’infirmière qui vient de me piquer a ce sourire surentraîné à la compassion qui fout la trouille.
Nous sommes le vendredi précédant le week-end du 11 novembre, je n’aurai donc les résultats que mardi. Je remonte le boulevard Beaumarchais au ralenti. Une petite vieille avec un mini-chien coiffé comme elle me double sur la place de la République. J’achète l’Equipe et mange des nuggets pour ne penser à rien pendant plusieurs minutes d’affilée. Ça marche un peu.
Je rentre chez moi. C’est juste à côté mais ça me prend du temps. Je suis crispé de froid dans mon manteau alors que les gens se promènent en pull, peinards. Ça fait des semaines que je ne prends plus l’escalier, aujourd’hui même dans l’ascenseur je suis tout essoufflé.
Depuis quelques mois, on me dit tout le temps que je suis blanc. C’est vrai que j’ai un peu une tête de vampire. Pas la catastrophe non plus, il m’est déjà arrivé d’être très fatigué en tournée. Je m’allonge quelques minutes en écoutant Leonard Cohen et me sens légèrement mieux.
J’appelle le taxi qui doit m’emmener sur le montage du clip. Entre-temps le téléphone sonne, un numéro que je ne connais pas.
– Bonjour, Monsieur Malzieu ?
– Oui.
– Docteur Gelperovic à l’appareil, le laboratoire vient de m’appeler pour me communiquer vos résultats en urgence…
– Ah bon, ils m’avaient dit que je n’aurai rien avant mardi.

– Ils ont préféré vérifier immédiatement votre hémoglobine, qui s’avère être très basse. Vous êtes très fortement anémié. Le taux normal de globules rouges se situe entre 14 et 17 milligrammes. Vous en avez 4,6. Il faut aller vous faire transfuser immédiatement.

.

Journal d’un vampire en pyjama – Mathias Malzieu