Les furies – Lauren Groff

Premier chapitre : Lotto et Mathilde ont 22 ans. Ils viennent de se marier (ils se connaissent depuis 15 jours) et font l’amour pour la première fois sur la plage….Ce livre retrace leur amour…

La première partie raconte le point de vue de Lotto sur leurs 23 ans de mariage : ses débuts comme comédien (raté) puis son succès de dramaturge, son rapport au théâtre, à sa mère (quelle plaie !!)
Le fil rouge est sa passion pour Mathilde que l’on sent secrète, distante ….

La deuxième partie repart au début de l’histoire mais avec comme point de vue Mathilde : on revit tout : la rencontre en soirée étudiante, le mariage, la première confrontation avec Belle-maman …cela peut sembler lassant comme procédé mais pas du tout : dans la première partie on apprend tout de l’enfance de Lotto et dans la deuxième c’est l’enfance de Mathilde qui est décortiquée ; les scènes que l’on croit avoir déjà vues se retrouvent comme par magie éclairées d’un autre éclat (parfois complémentaire et parfois à l’opposé)

J’ai beaucoup apprécié la première partie (4*, quelques extraits des pièces de Lotto m’ont paru bien absconses) et la deuxième partie m’a enthousiasmée (5*) : Mathilde-Aurélie nous livre ses secrets et la jeune femme si distante (presque glaciale) de la première partie s’humanise : j’aurai aimé la serrer dans les bras et la consoler ….Lui dire qu’elle n’est pas le monstre qu’elle croit être…

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Deux extraits

 Elle se surprit à penser que la vie avait une forme conique, le passé s’évasait à mesure qu’il s’éloignait du moment présent, à la pointe du cône. Plus on vivait, plus la base s’élargissait, de sorte que des blessures et des trahisons, quasi imperceptibles au moment où elle s’était produites, s’étiraient comme des points minuscules sur un ballon de baudruche qu’on gonfle peu à peu. Une petite tache sur l’enfant frêle se transformait en une difformité énorme sur l’adulte, impossible à franchir et aux bords frangés.

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– Il est temps. Grand temps. On a de l’argent à présent, une maison, tu es encore fertile. Tes ovules sont peut-être un peu ridés, j’en sais rien. Quarante ans. On risque d’avoir un rejeton déjanté du bulbe. Mais c’est peut-être pas si mal d’avoir un petit attardé. Quand ils sont intelligents, ils se tirent dès qu’ils le peuvent. Un retardé reste plus longtemps. D’un autre côté, si on attend trop, à quatre-vingt-treize ans on lui découpera encore sa pizza. Non, il faut s’y mettre tout de suite. Dès qu’on rentre à la maison, je te féconde fissa.
-Voilà sans aucun doute la chose la plus romantique que tu m’aies jamais dite.

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Un livre repéré chez Kathel