John L’Enfer – Didier Decoin

Pour ce livre n’oubliez pas de vous munir de votre baudrier, casque, et cordes de rappel : Didier Decoin nous entraîne à la suite de John L’Enfer. Celui ci est Cheyenne et travaille comme laveur de building à New-York (comme de nombreux indiens qui, parait-il, n’ont pas le vertige). En tout cas même sans vertige, c’est un métier très dangereux : un ami de John l’Enfer vient de tomber du du 35eme étage. (Douzième accident mortel en six mois).

D’abord ce roman est fortement ancré dans le réel – puis – tourne peu à peu au fantastique : John l’Enfer fait au 40eme étage d’un immeuble une rencontre improbable. …
Autre élément fantastique : Les chiens quittent en masse la ville de New York pour se réfugier dans les collines proches de New-York.
D’ailleurs John l’Enfer fait de même : il « s’évade » régulièrement de New-York pour rejoindre une maison dont il est propriétaire : 3h 00 de route de New-York pour se retrouver avec une vue sur la baie, en face de New-York .
Enfin, New-York est un colosse mais très fragile : des immeubles entiers sont insalubres, des maisons s’effondrent atteintes de la « lèpre ».

Ce roman bien que centré sur le Cheyenne raconte aussi la rencontre entre John L’enfer, Ashton Misha et Dorothy : John rencontre les deux autres dans un hôpital (où il vient laver les vitres). Misha vient de se faire opérer de l’appendicite , il est second sur un cargo et son navire est donc reparti sans lui. Il est très isolé (dépressif ?) , la cinquantaine. D’origine polonaise, il est arrivé d’Europe à la fin de la deuxième guerre mondiale et depuis il navigue sans rester longtemps sur la terre ferme. Dorothy, elle, a eu un accident de surf et est aveugle (« de façon provisoire » lui disent les médecins) : elle porte un bandeau en permanence sur les yeux en attendant sa guérison.
Dorothée est professeur en sociologie urbaine à l’université, très choquée par son nouvel handicap elle se repose entière sur Ashton et Misha et m’a parue un petit peu passive.

Au delà de l’histoire très intéressante – que vont devenir John, Misha et Dorothy ? – ce qui m’a le plus impressionné, c’est la vision qu’a John de la ville de New-York : on a l’impression que la ville vit, respire, convulse en essayant de se débarrasser des hommes…

En conclusion : un livre que j’ai lu d’une traite comme hypnotisée, et que j’aurais du mal à classer tellement les facettes sont nombreuses : chemin initiatique pour Dorothy, roman militant pour les minorités, roman écologique avant l’heure, conte et légende indienne, dénonciation de la politique et de ces élus corrompus, fantastique….
Bref je recommande…

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Extraits :

Le secret, c’est peut-être d’accepter les aiguillages comme ils viennent ; de ne pas regarder derrière soi pour tenter de retrouver la route perdue.

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« Logiquement, dit-elle, je devrais en référer à notre président. Il ne vous aime pas beaucoup : tout Cheyenne que vous êtes, il estime que vous avez un caractère d’Apache. Eh bien, tant pis, je décide toute seule. Alors, c’est entendu : les Filles des combats de l’avenir vous encadreront, demain. Admettons qu’elles représentent le service d’ordre. Vos pancartes dans la voiture ? Nathan va descendre les chercher, nous allons étudier vos slogans. Politiquement parlant, nous devons respecter une certaine orthodoxie. »

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Anderson se lève, s’approche d’une carte murale :
« Ces drapeaux rouges balisent les zones urbaines où l’hygiène tombe en dessous du quota généralement admis. Les secteurs pince-à-linge, si vous me comprenez. Aux limites de Brooklyn, deux parcs ont été déclassés – ils font désormais partie des décharges publiques. Aimeriez-vous savoir pourquoi Isaac Baumstein ne sera pas réélu ? Parce qu’on a trouvé des bébés morts parmi les boites de conserve et les vieux journaux, là-bas. Le sénateur Cadett dit qu’il est possible que ces bébés ne soient pas américains. Ils peuvent être la progéniture indésirable d’immigrés clandestins. Qu’est-ce que ça change ? Ces bébés ne sont pas venus mourir tout seuls sur des décharges – des décharges qui sont bien américaines, elles. Aidez-moi à nettoyer tout ça. Vous aurez des crédits. Je ne sais pas où je prendrai le fric, mais vous l’aurez.
John L’enfer dévisage Anderson, incrédule : il se demande pourquoi, brusquement, des politiciens tiennent tant à l’avoir dans leur manche. Ne comprennent-t-il pas, Anderson et les autres, que le problème de New York a cessé d’être politique ? Parce que toute politique suppose qu’on puisse encore faire marche arrière.
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Le mois américain est Chez Titine.

Le logo a été réalisé par Belette . Il y en a plein d’autres 🙂

12 réflexions au sujet de « John L’Enfer – Didier Decoin »

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