Swamplandia – Karen Russell

La narratrice Ava a douze ans, son frère Kiwi 17 et sa sœur Ossie 16.
Elle vit avec père, mère et grand-père en Floride dans une île qui est un parc d’attraction autour de crocodiles. Dans la tribu Bigtree, le père est dompteur d’alligators, la mère réalise le clou du spectacle : plonger au milieu des crocodiles, les enfants font de menus travaux : billetterie, musée, cafétéria.
Tout se passe bien pour la famille jusqu’au jour où la mère tombe malade : cancer… en six mois la famille explose…Voilà pour les premières pages.

Le reste du livre alterne les points de vue d’Ava et de son frère.
Chacun sa réaction face au deuil : Le frère fugue devant la dépression du père, il se fait embaucher dans un parc d’attraction voisin (une sorte d’Aqualand appelé le Monde de l’Obscur). La seconde sœur se réfugie dans le spiritisme,  quant à Ava, elle essaie de garder la cohésion familiale en élevant un crocodile…Le père  se démène bien peu  entre des difficultés financières et son chagrin.

Le début m’a beaucoup plu, l’auteur a une façon de raconter l’histoire que j’ai trouvé proche de Joyce Mainard qui excelle, selon moi, à expliquer ce qui se passe dans la tête des adolescents : certains passages sont tristes, d’autres désopilants (ils m’ont fait penser à John Irving). Il y a du rythme, de l’émotion…

Et puis, à un moment, il y a un tournant auquel je n’ai pas cru et adhéré, j’ai lu la première moitié en deux jours et il m’a fallu trois semaines pour finir la seconde partie : celle-ci est aussi bien écrite que la première mais l’action m’a semblé peu crédible : l’histoire s’enfonce dans le bayou et l’improbabilité … et puis ce happy-end improbable…qui sort comme un alligator du marigot (à défaut d’un lapin du chapeau)

Avis mitigé donc mais un livre qui peut plaire cependant, avec un grand sens de la narration et des personnages bien campés (ce livre a été finaliste du prix Pulitzer). Je suis juste totalement passée à côté de la deuxième partie alors que la première m’a passionnée.

Un extrait :

Notre mère entrait en scène dans la clarté des étoiles. Qui avait eu cette idée ? Je ne l’ai jamais su. Sans doute Chef Bigtree, et c’était une bonne idée – neutraliser la poursuite pour laisser le croissant de lune se détacher dans le ciel, sans chaperon ; couper le micro, laisser les projecteurs sous leurs paupières de fer afin de permettre aux touristes d’apprécier ce cadre nocturne ; encourager le public à anticiper le palpitant numéro exécuté par la vedette de Swamplandia – la fameuse dompteuse d’alligators : Hilola Bigtree. Quatre fois par semaine, notre mère grimpait à l’échelle qui surplombait la fosse dans son deux pièces vert pour aller se placer au bord du plongeoir, prenant sa respiration. S’il y avait du vent, ses longs cheveux voletaient autour de son visage, mais le reste de sa personne restait immobile. Les nuits dans les marécages étaient sombres et tachetées d’étoiles – notre île était à une cinquantaine de kilomètres du réseau électrique du continent – et même si, à l’oeil nu, on pouvait apercevoir Vénus et la chevelure bleu saphir des Pléiades, le corps de notre mère n’était qu’une vague silhouette, une tache floue sur fond de palmiers.
Juste en dessous, des dizaines d’alligators déplaçaient leurs sourires ambigus et les diamants superbes de leurs têtes dans un bassin d’eau filtrée. Au niveau du cône noir où plongeait maman, il y avait neuf mètres de profondeur. Ailleurs, la nappe d’eau s’affinait pour n’être plus qu’un clapotis boueux formé de végétaux décomposés contre du sable ocre. Au milieu, un îlot rocheux émergeait ; dans la journée, une trentaine d’alligators pouvait venir y former une pyramide pour prendre un bain de soleil.

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Un autre livre de Karen Russel : Des vampires dans la citronneraie

 

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