Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

Londres XIXème.
Est-il utile de préciser l’histoire que tout le monde connaît ? Dorian Gray, jeune homme de 18 ans, fait le vœu, devant le tableau réalisé par un de ses amis de ne pas vieillir. Sans que l’on sache pourquoi, son vœu est exaucé, il ne vieillit plus et observe au fil des jours le tableau qui se couvre de rides à sa place.

Le début est est très drôle : la plume de l’auteur est alerte, il se moque des anglais, de la « bonne » société », des hommes et des femmes.
Il décrit également les relations entre Dorian Gray et ses deux principaux amis : Basil le peintre et lord Henry. Puis l’histoire tourne au drame dont Sibyl la « fiancée »   de Dorian fera les frais…
Quelle évolution !
De gentil et naïf (trop pour être vrai ?), Dorian Gray, pour rester jeune, devient un être arrogant et méprisant, entraînant tout son entourage avec ses « perversions » : opium, alcool , luxure, débauche….Pas étonnant que ce livre aie fait scandale à sa parution….

L’homosexualité (bisexualité ?) des trois personnages est évoqué à mots couverts (censuré en 1890)

La deuxième partie, vingt ans plus tard, très sombre, montre Dorian s’enfonçant de plus en plus dans ses addictions et sa méchanceté mais restant beau et jeune .
De plus en plus seul, il n’écoute pas les conseils de son ami Basil, le peintre ….
Il échappe « miraculeusement «  à la mort plusieurs fois jusqu’au moment où ….

Je connaissais le début et la fin et j’ai cependant été surprise plusieurs fois par les rebondissements de l’intrigue.

Quant à l’écriture faut-il préciser que c’est très bien écrit ?  on est à la fois subjugué et dégoûté par le personnage.

Un extrait :

Une pluie froide commençait à tomber, et les réverbères luisaient fantomatiquement dans le brouillard humide. Les public-houses se fermaient et des groupes ténébreux d’hommes et de femmes se séparaient aux alentours. D’ignobles éclats de rire fusaient des bars ; en d’autres, des ivrognes braillaient et criaient…
Étendu dans le hansom, son chapeau posé en arrière sur sa tête, Dorian Gray regardait avec des yeux indifférents la honte sordide de la grande ville ; il se répétait à lui-même les mots que lord Henry lui avait dits le jour de leur première rencontre :
« Guérir l’âme par le moyen des sens et les sens au moyen de l’âme… Oui, là était le secret ; il l’avait souvent essayé et l’essaierait encore. Il y a des boutiques d’opium où l’on peut acheter l’oubli, des tanières d’horreur où la mémoire des vieux péchés s’abolit par la folie des péchés nouveaux.

La lune se levait basse dans le ciel, comme un crâne jaune…
De temps à autre, un lourd nuage informe, comme un long bras, la cachait. Les réverbères devenaient de plus en plus rares, et les rues plus étroites et plus sombres… À un certain moment le cocher perdit son chemin et dut rétrograder d’un demi-mille ; une vapeur enveloppait le cheval, trottant dans les flaques d’eau…
Les vitres du hansom étaient ouatées d’une brume grise…
« Guérir l’âme par le moyen des sens, et les sens au moyen de l’âme. » Ces mots sonnaient singulièrement à son oreille…
Oui, son âme était malade à la mort… Était-il vrai que les sens la pouvaient guérir ?… Un sang innocent avait été versé… Comment racheter cela ? Ah ! il n’était point d’expiation !…

Livre lu dans le cadre du Challenge chez Madame lit, le thème d’août est « Un classique »

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