Je suis quelqu’un – Aminata Aidara

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Genre : Roman polyphonique

Estelle, jeune femme de 26 ans d’origine Sénégalaise, vit en région parisienne depuis qu’elle a 11 ans. Son père, s’est séparé de sa mère à cette période, Il choisit la date de son 26 ème anniversaire pour lui révéler un secret de famille. (Je ne le dis pas ici, c’est un peu l’enquête principale, en plus rien n’est sûr dans ce que dit le père, (affabulateur ?))

Estelle va essayer de surmonter seule ce que son père vient de lui apprendre (est-ce la réalité d’ailleurs, sa mère lui a raconté l’inverse ?).
Elle se réfugie un temps chez sa sœur puis chez sa mère, sans bien réussir à mettre des mots sur ce qu’elle a appris. Elle commence une introspection depuis son départ du Sénégal à maintenant. Elle a de nombreux cousins et cousines, trois sœurs (dont une restée au Sénégal). Son amie d’enfance part à Londres la laissant encore plus seule en ce mois d’août (je lis ce livre au bon moment sans l’avoir fait exprès)

L’écriture de l’autrice (italo-sénégalaise) est toute en circonvolutions, aller-retour présent-passé, images et senteurs…

En parallèle de son histoire, le livre présente les messages vocaux d’une cousine d’Estelle (messages qui restent sans réponse : Estelle jette son portable dans les escaliers pour ne pas être tentée de répondre) et des mails de son cousin (arrivé en France à l’âge de deux ans et qui y retourne pour la première fois pour ses 18 ans)
Estelle n’a pas de « vrai » métier : elle se revendique comme artiste, organisatrice de squat…

Une troisième partie raconte le témoignage de Cindy (une afro américaine, dont la sœur est une black Panther), amie avec Penda la mère, sur le fameux événement secret et sur d’autres aspects de la vie au Sénégal mais aussi au États Unis : discrimination….
Le témoignage d’Éric, l’ex compagnon de Penda et fils de harkis,  dans une longue lettre adressée à celle ci , nous entraîne vers une autre vision de cette famille.

Enfin, Penda la mère, prend la parole et raconte sa vie au Sénégal, son mariage forcé :…le fait de l’entendre parler de ses 4 filles et de son fils est émouvant. C’est de loin la partie que j’ai préféré, ce portrait de femme tout en subtilités…
Elle essaie de sortir sa fille de la dépression …et de remonter le moral à son neveu qui est traumatisé d’avoir été tabassé par la police au Sénégal…

Sur fonds de liens familiaux et d’enquête intérieure, c’est toute l’histoire des relations Sénégal-France que l’on devine : ambiguës, secrètes… La volonté de cette famille africaine de se libérer de ses jougs personnels et historiques donne de l’espoir (en particulier avec la fin que j’avais sentie venir mais qui est très bien amenée.)

En conclusion : enchantée de ma lecture

Un extrait (c’est Cindy qui parle):

Penda est désormais partie, elle a suivi un rêve d’amour, une des nombreuses promesses des hommes. Qu’elle ait été, au final, satisfaite ou non de son choix, elle aura toujours, pour moi, le mérite y avoir cru : profondément, éperdument. Elle a traîné avec elle trois de ses quatre filles, elle les a conduites dans la terre de l’ex-colonisateur, la France : elle n’est plus jamais revenue. Tandis que moi je suis restée, je reste et je resterai. Les States ne m’auront plus sous leurs griffes : je ferai de Gorée ma demeure éternelle.

Léopold Sédar Senghor, le premier président du Sénégal, venait ici pour réfléchir et composer ses poèmes. Moi je ne réfléchis pas : je survis. Dans le grand livre des visiteurs, j’ai baptisé ma visite à la Maison des Esclaves avec le titre du dernier livre de Georges Jackson, celui qui a lui a coûté la vie : blood in my eye. With Blood in my eye j’observe cette île, si tranquille, où les touristes discrets marchent en silence, conscients de la sacralité qui empêche les éclats de joie. With Blood in my eye je me montre, chaque jour, sur la terrasse qui surmonte les rochers noirs affreusement pareils à ceux de l’autre côté de Gorée, contre lesquels les esclaves trouvaient la mort.

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