Quinzinzinzili – Régis Messac

Genre : roman de science-fiction post-apocalyptique

Livre paru en 1935 : Les premiers chapitres sont percutants : ils racontent le début de la seconde guerre mondiale : de la science-fiction ou de l’anticipation donc (ou alors une analyse plutôt fine de ce qui allait embraser le monde : le désir de plus d’espace du Japon et de l’Allemagne, l’escalade dans les combats : œil pour œil , dent pour dent jusqu’à l’éradication ou presque de l’humanité…)
Dumaurier est un des survivants de cette guerre totale : les pays se sont tous détruits (avec notamment venant du Japon une arme chimique dévastatrice : plus efficace que tank, missiles et autres sous-marins)
Dumaurier et une bande de gamins n’ont survécu que parce qu’ils était partis en randonnée et s’étaient cachés dans une grotte en Lozère au moment fatidique où l’attaque chimique a été lancée.
Ils restent bloqués pendant des jours dans cette grotte attendant que l’air redevienne respirable…Le guide de la randonnée essaie de sortir et revient, s’étouffant et fou…

La deuxième partie est un monologue du seul adulte survivant Dumaurier : il « étudie » l’évolution de cette microsociété qui n’a aucune règle : c’est la loi du plus fort (parfois de la plus forte), le ton est cynique désabusé, pessimiste … mais très bien écrit et très convaincant…La nouvelle « humanité » n’a-t-elle rien en commun avec l’ancienne ? ou plutôt est-ce un recommencement de l’âge de pierre avec ses superstitions (la découverte du feu, l’instinct de survie et de reproduction ?)

Les enfants de cette bande inventent un langage que Dumaurier a du mal à comprendre…Au début du livre, ils ont une dizaine d’années, à la fin environ 15 ans : c’est fou que des enfants livrés à eux-même pendant 5 ans peuvent devenir. Dumaurier, seul adulte, ne fait que les observer et est indifférent à leur « construction »..

**

Au début de ma lecture, je me suis demandé si le propos n’allait pas se rapprocher de «Sa majesté des mouches » de William Golding et puis finalement – même si l’idée de départ est un peu la même – un groupe d’enfants se retrouve isolés et sans adultes, ce sont des livres très différents.
Voici les différences que j’ai notées :
  • Dans Quinzinzinzili les enfants, lorsqu’ils se retrouvent seuls, ont 10 ans et sont « de petits paysans ». Dans « sa majesté des mouches » les jeunes ont 15 ans et sont des membres de la haute société anglaise. Cet écart d’âge et de classe sociale fait évoluer les deux groupes de façon assez différente.
  • Dans Quinzinzinzili, il n’y a aucun espoir pour ces jeunes de revenir à la situation d’avant avec une famille : ils sont désespérément livrés à eux même alors que dans « sa Majesté des mouches » ils arrivent sur une île déserte suite à un accident d’avion et ne perdent pas espoir qu’on les retrouve un jour. Du fait de leur âge, ils essaient de s’organiser sur une organisation sociale qu’ils connaissent bien.
  • Dans Quinzinzinzili aucun espoir sur l’avenir de l’humanité alors que dans « sa majesté »  le héros Ralph reste – à peu près honnête – et fidèle en amitié (quoique mes souvenirs de cette lecture s’estompent : j’embellis peut être le personnage de Ralph (en tout cas sa majesté des mouches reste un livre qui est également classé « jeunesse » ce que n’est pas Quinzinzinzili))
Les points communs entre les deux livres :
  • Il existe  un désir (un besoin?), dans des circonstances de survie plus que compliquées, de se trouver un dieu. D’ailleurs dans ces deux livres le titre est justement le nom de ce « dieu » qui les aide à accepter ces conditions extrêmes.
  • Le besoin qu’ont les hommes de devenir leaders (dominants?) et d’en imposer aux autres par la force le plus souvent : question de survie ? Finalement la «Civilisation » , dans des conditions extrêmes, est vite oubliée pour faire place à la loi du plus fort : cinq ans d’écart d’âge et une condition sociale différente arrive quand même à un résultat identique mais au terme d’une plus longue durée : les hommes finissent par s’entretuer…
Quant aux années de publication 1935 pour Quinzinzinzili et 1954 pour sa majesté des mouches

 

En conclusion : pessimiste mais passionnant….

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Deux extraits :

L’humanité nouvelle débute par le matriarcat. Et la matriarche, par une curieuse déviation, a jeté son dévolu sur le plus faible. C’est lui qui sera le reproducteur, l’étalon de la race future. Un étalon tuberculeux. C’est la survivance du moins apte. Ha, ha, ha !
Quelle gourde, ce Darwin ! Et l’humanité, quelle farce planétaire ! Quelle farce cosmique ! Quelle farce… !

**

Je me suis mis à étudier ces dégénérés comme on étudierait une colonie de fourmis.
Vraiment, ce ne sont plus des hommes, ni des fils d’homme. Pour tâcher de les comprendre, il me faut faire un effort, un effort considérable. Ils se sont fait à mon insu, quoique à mes côtés, tandis que je macérais dans mon découragement, un langage à eux, une explication du monde à eux, des habitudes, un genre de vie à eux.

 

Un livre repéré chez Inganmic 

 

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8 réflexions au sujet de « Quinzinzinzili – Régis Messac »

  1. Merci pour le lien ! Du coup je viens de relire mon billet, je ne me souvenais plus très bien ce que j’en avais pensé… que c’était très pessimiste, en effet ! Je n’ai pas lu Sa majesté des mouches, mais je crois l’avoir sur mes étagères (j’ai dû le récupérer dans la bibliothèque de mon frère, qui l’avait lu pour l’école -lui il a gardé les BD !-) et j’en ai bien envie, maintenant !

  2. Le film de Brook est très chouette sur sa majesté des mouches.
    http://www.samajestedesmouches.fr/le-film-sa-majeste-des-mouches/

    La thématique des enfants sauvages, de l’ensauvagement en général vient en réaction de l’idéologie naturiste, le sport à l’époque, et coetera. Ces oeuvres sont des médias d’acceptation du « progrès », en ce sens qu’ils en présentent une alternative dystopique . Voir ce qui se passe actuellement autour des survivalistes et autres décroissants, les zombies et l’attente de la catastrophe « inéluctable » ( il y a un anglicisme dont je ne me souviens pas ). portnawak. Attendez que Trump, Poutine, le comité central du PCC, ait choisi sa cible, ou que la cible se choisisse elle-même, et on va juste avoir un bon vieil age glaciaire nucléaire comme dans les années 80…. youpi. Avec un peu de chance on sauvera nos gosses et on disparaitra dans les 1ers.

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