Les jolies choses – Virginie Despentes

En passant

Virginie Despentes met en scène deux jumelles Claudine et Pauline (25 ans au début du roman avec des retours sur leur enfance)
Claudine est belle, sexy (un peu nunuche aussi), et collectionne les conquêtes d’un soir. Pauline est plus intellectuelle, elle a une jolie voix, refuse les artifices féminins (à 25 ans elle refuse l’épilation, ne se maquille pas), elle est fidèle depuis 6 ans à son petit ami Sébastien. Vu comme cela, cela parait un peu caricatural mais pas du tout…

J’avais lu la quatrième de couverture : je savais donc qu’une des deux jumelles mourait et que l’autre prenait sa place. Malgré ce départ un peu spolié (d’ailleurs je n’avais pas trouvé quelle jumelle allait remplacer l’autre), j’ai été de nombreuses fois surprise par les rebondissements dans l’histoire.
Le fonds du propos m’a beaucoup intéressée : peut on devenir quelqu’un d’autre par la simple force de la volonté ? Sur une année peut on devenir une personne diamétralement opposée ?
J’ai aimé ce questionnement de l’héroïne principale sur la question « qu’est ce que la féminité ? , peut on s’affranchir du manque d’amour quand on était enfant ? Comment perd on l’estime de soi …

La forme m’a moins plu : j’aime bien quand il y a un peu des phrases structurées et là l’auteure ne soigne pas trop la grammaire.

Le roman a reçu le Prix de Flore en 1998, un film est sorti en 2001 avec Marion Cotillard dans le rôle des jumelles, le roman m’a donné envie de le voir …

Un extrait

[Elle a] feuilleté les journaux en pile que Claudine lisait. Consternation. Sur un ton de connivence amusée, foison de petits conseils pour être une putain à la page. Et se mêlant de tout, que tout rentre dans des cases, et comment il faut jouir, et comment il faut rompre, et comment se tailler, se teindre jusqu’aux poils de la chatte, et comment on doit être du dedans au dehors. Ton faussement débonnaire, propagande imbécile pour être comme il faut.
Après des siècles d’interdiction de montrer, femmes sommées d’exhiber qu’elles ont bien tout aux normes, qu’elles se sont calibrées : voilà mes jambes interminables, glabres et hâlées, mon derrière correctement musclé, mon ventre plat nombril percé, mes seins énormes fermes et moulés, ma belle peau saine et pas vieillie, mes cils sont longs, mes cheveux brillants.
Contrairement à ce qu’elle croyait auparavant, il ne s’agit pas d’une soumission aux désirs des hommes. C’est une obéissance aux annonceurs, il faudra que tout le monde y passe. Ils régissent le truc, au fil des pages : voilà ce qu’on vend, alors voilà ce qu’il faut être.
(p. 82-83)

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