Que lire un 16 juillet ?

On dit qu’à la sortie de la galerie San Antonio, un aveugle chantait : Madame, là où, comme ma mère dit qu’on le dit partout, l’eau et le vent disent qu’ils ont vu un guérillero.
On dit qu’un inspecteur de police et sa jeune adjointe furent les premiers arrivés au Joyeux Dragon.
On dit qu’à dix heures du matin les cinq jeunes serveuses portaient déjà leurs minijupes rouges et l’ex-sergent reconverti en maquereau balayait des restes de plâtre et regardait, ébahi, le trou creusé dans un angle de la salle, tout près du plafond.
On dit que quelques minutes plus tard arrivèrent d’autres inspecteurs de police avec des pelles et des pioches ; ils transportèrent le comptoir, la machine à café dans la galerie, et obligèrent les filles à sortir non sans s’être préalablement couvertes à cause du froid de juillet.
On dit que l’inspecteur reçut un appel urgent, des ordres venus d’en haut lui demandant de mettre les scellés sur les lieux du méfait et de ne rien toucher avant l’arrivée d’une autorité investie des pleins pouvoirs.
On dit que l’inspecteur traversa la galerie, entra dans la librairie Le Monde Diplomatique et demanda s’ils avaient un annuaire de la presse.
On dit que son adjointe appela sans tarder les journaux, les radios, les télévisions, et aussitôt, une mer de micros, de caméras, de lumières, de magnétophones, une multitude de stylos entrèrent en action à toute hâte.
On dit que quand les « huiles » arrivèrent, l’inspecteur lisait à haute voix le contenu d’un registre comptable. Il répétait des noms connus, mentionnait des chiffres alarmants.
On dit que le matin de ce 16 juillet, il avait cessé de pleuvoir sur Santiago.

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L’ombre de ce que nous avons été – Luis Sepulveda

Que lire un 14 juillet ?

Un matin de mi-juillet 1976, Gérard G. réformé des chemins de fer et législateur à temps plein, eut subitement l’idée d’une loi réprimant les abus de langage. Au prix d’un immense effort intellectuel, il réussit à la concevoir intégralement dans la journée, et s’accorda au crépuscule une promenade en ville. Curieusement, une foule assez dense se dirigeait vers le centre-ville, désireuse sans doute de manifester son adhésion au réformisme radical. Tout en se laissant porter par le flot bon peuple, Gérard G. se répétait, pour le plaisir, l’article premier de son texte : « Tout abus de langage sera sanctionné, au minimum, par la claque. »
Suivaient des subtilités juridiques étourdissantes.
À la nuit tombée, la municipalité lui fit la surprise d’un feu d’artifice et tout s’éclaira. Gérard G. salua à sa valeur l’initiative et, bien que peu en fonds, s’octroya un bock dans un bar à Populaces. Il percevait clairement la gêne de la clientèle : un couple d’ivrognes se livraient à des tendresses factices, une tablée d’étudiants chahutait sans entrain, et les éternels piliers de bistrot lui jetaient des regards torves. De toute évidence, chacun surveillait son langage. Il jugea utile de délivrer à la cantonade une opinion très positive sur le feu d’artifice, à quoi seule la patronne répondit en grognant : « oui, avec nos sous ! ». Tout le monde semblait avoir compris que Gérard G. appartenait aux Élites, ce qui est bien entendu le rendait infréquentable aux Populaces, mais il y trouvait matière à se rengorger.
Peu avant minuit, comme il est rentrait chez lui à pied, il croisa deux péronnelles qui parlaient fort en pouffant. Lorsqu’il arriva à leur hauteur, il entendit très distinctement la voix de l’une d’elles dire à son adresse « Testicule », alors que les donzelles faisaient toujours mine de jacasser entre elles.
L’abus de langage était flagrant, avec la circonstance aggravante qu’il était commis avec dissimulation par les Populaces à l’encontre d’une Élite. Magnanime, Gérard G. appliqua la peine minimale prévue par la loi, à savoir la double claque. Les condamnées jouèrent d’abord les interloquées, puis se mirent à insulter avec véhémence. Récidive légale qui leur valut la quadruple claque à laquelle elles tentèrent de se soustraire en hurlant. Délit de fuite, on s’acheminait vers un verdict terrible quand deux quidams s’interposèrent. Des teigneux. Il y eu échauffourée, mais par chance quatre Divinités arrivèrent prestement en voiture à gyrophare à la rescousse du législateur, et les autres protagonistes se dispersèrent. Tuméfié, saignant du nez, Gérard G. fut enchanté de pouvoir expliquer son cas au poste où sa qualité d’Elite fut aussitôt reconnue. Bien que récente, sa loi semblait déjà très appréciée, et il fut traité selon son rang. Hélas, suite à une erreur de procédure, on l’orienta vers un établissement psychiatrique peu adapté à son cas. Il n’eut aucune peine à s’en évader le surlendemain.

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Emmanuel Venet – Précis de médecine imaginaire

1Q84 livre 2 Juillet -septembre – Haruki Murakami

Attention : cet avis renferme des spoilers (je n’ai pas trouvé le nom commun issu de divulgâcher :  divulgachis ?)

Hypnotisée par le tome 1, j’ai enchaîné de suite avec le tome 2 qui nous raconte la suite des aventures de Tengo et Aomamé (qui ont failli se rencontrer à la fin de ce tome – 1er spoilier)

Tengo et Aomamé ne se rencontrent toujours pas mais progressent chacun de leur côté dans leur exploration de 1Q84 : un monde pas éloigné du monde finalement avec en toile de fonds le Japon (lui non plus pas très éloigné de notre culture : Les femmes m’ont cependant semblé plus mal loties qu’en France – soit dans leur vie conjugale, soit dans leur vie professionnelle avec des mises au placards à des postes subalternes, soit dans leur famille)

On en apprend plus sur Aomamé et ses motivations (c’est mon personnage préféré) . Les personnages secondaires comme la vieille dame (non ce n’est pas la vieille dame de Babar) et son garde du corps Tamaru prennent de la consistance.
Fukaéri, la jeune femme qui a écrit  le roman « la chrysalide de l’air » est obligée de se cacher (il s’agit en fait de faire sortir un certain loup du bois – 2ème spoilier)

Ce qu’il y a de bien dans ce deuxième tome c’est l’imprévu : un peu de conte, le chapitre d’après est un peu « thriller », le suivant développement personnel, le suivant nous explique la méthode que Tengo a pour écrire ses romans ….Il y a deux petites choses qui m’ont dérangé  : d’abord le nom des « little people » parce que pour moi ce sont des figurines de jeux, les little people, et quand même les Little people de Murakami sont un peu malveillants non ?
La deuxième chose qui m’a gênée est aussi le nouveau personnage, Ushikawa, qui est intéressant au niveau de l’intrigue et des rebondissements mais qui est quand même par trop caricatural dans son accoutrement.

Sinon ces deux bémols mis à part (qui font que je mets 4 * à ce tome (et 5 * au premier) cela reste une excellente lecture et je suis partie sur la deuxième lune en route pour le tome 3 ….

Deux extraits
Personne ne le sait, songeait Aomamé. Mais moi, je comprends. Ayumi avait en elle un énorme manque aride et désolé, quelque chose comme un désert aux confins de la Terre. Sur le sol duquel on pouvait verser toute l’eau que l’on voulait, nulle humidité ne subsistait quand la terre l’avait absorbée. Aucune forme de vie ne pouvait y prendre racine. Aucun oiseau ne volait dans ce ciel-là. Seule Ayumi savait ce qui avait produit en elle ce paysage totalement ravagé. Non, en fait, peut-être Ayumi n’en était-elle pas tout à fait consciente. […]
Chaque fois qu’elle ôtait une des couches du moi décoratif qu’elle avait élaboré, il ne restait pour finir qu’un abîme de vide. Qui la laissait complètement assoiffée. Et même si elle s’efforçait de l’oublier, ce vide la visitait périodiquement. Un après-midi pluvieux où elle était solitaire, ou un matin où elle s’éveillait après avoir fait un cauchemar. Et dans ces moments-là, il lui fallait impérativement se retrouver dans les bras de quelqu’un, et peu importait qui. »

***

La Chrysalide de l’air, qui se présentait sous la forme d’un récit fantastique, était un roman facile à lire. Le style adoptait la façon de parler d’une fillette de dix ans. Il n’y avait pas de mots compliqués, pas de logique excessive, pas d’explications ennuyeuses, pas non plus d’expressions recherchées. Du début à la fin, le récit été raconté par une fillette. Dans une langue compréhensible et précise, bien souvent plaisante à l’oreille, et pour ainsi dire sans explications. La petite fille relatait au fil de la plume ce qu’elle avait vu de ses yeux. La lecture n’était pas interrompue par des réflexions ou des interrogations du type : « Mais que se passe-t-il exactement ? » Ou : « Qu’est-ce que ça veut dire ? ». L’enfant avançait à une allure lente mais tout à fait pertinente. Les lecteurs marchaient avec elle, voyaient avec ses yeux. Tout se faisait très naturellement. Et avant même qu’ils aient eu le temps de s’en apercevoir, ils avaient pénétré dans un autre monde. Un monde qui n’était pas celui d’ici. Un monde où les Little People tissait une chrysalide de l’air. (Page 392)

Challenge trilogie de l’été chez Philippe

1Q84 Livre 1 Avril-juin – Haruki Murakami

Genre : roman avec deux fils narratifs (fils presque parallèles mais qui s’emmêlent et s’entremêlent, oui je sais cela fait longtemps que je n’ai plus fait de mathématiques)

1er fil : Aomamé (prénom signifiant haricot de soja vert) est une jeune femme, la trentaine, séduisante. Dans un taxi, le chauffeur fait mention d’un escalier pour quitter l’autoroute bloquée par un accident. Cet escalier mène-t-il vers un autre monde ?

2ème fil : Tengo, la trentaine également, est un écrivain semi-professionnel  et un professeur  de mathématiques au lycée.
Son éditeur lui propose de réécrire un roman d’une lycéenne (une histoire fascinante mais écrite sans style). La jeune fille qui a écrit ce livre est en fait quasiment incapable de lire et d’écrire (forte dyslexie) et elle l’a dicté à une amie.

Mon avis  : C’est un roman captivant avec ses deux histoires parallèles.
On comprend assez tard ce que les deux héros ont en commun : une enfance maltraitée (témoin de Jéhovah pour l’une, un père obsessionnel pour l’autre). Les chapitres sont comme un écho l’un à l’autre.
Aomamé est solitaire et rencontre une jeune femme qui travaille dans la police, puis une vieille dame qui s’occupe de femmes et d’enfants maltraités. Depuis l’épisode du taxi, elle est plus attentive à l’actualité et il lui semble que celle-ci change subtilement. Il est question d’un monde parallèle à 1984.
Tengo est également solitaire : il a peu de contacts sociaux à part son éditeur et son amante, une femme mariée plus âgée que lui. La rencontre avec Fukaeri et son père  adoptif change sa vie du tout au tout : il apprend que Fukaéri s’est échappée d’une secte à l’âge de 10 ans.

La Sinfonitta de janacek revient régulièrement. Par circonvolutions, Murakami met en lumière ses deux personnages principaux (qui à la fin du livre 1 ne se sont pas encore rencontrés). A moins qu’ils se soient rencontrés en 1Q84 dans un pays où deux lunes cohabitent….

 

En bref  : totalement fascinant même si on ne fait pas bien le distinguo entre réalité et affabulation.

J’espère en apprendre rapidement plus sur ce monde dans le deuxième tome.

Un extrait

Mais quel lien y avait-il entre cette Sinfonietta et elle ? La notice n’en donnait  aucune piste. Lorsqu’elle sortit de la bibliothèque, c’était presque le coucher du soleil. Elle avança sans but dans les rues. Elle monologuait de temps en temps, de temps en temps secouait la tête.

Bien entendu, il s’agit d’une simple hypothèse, pensait Aomamé en marchant. Mais là, maintenant, elle me semble très convaincante. Du moins, tant qu’une autre, plus évidente, ne sera pas apparue, je dois m’y conformer. Sinon, je pourrais bien me retrouver rejetée je ne sais où. Il serait d’ailleurs bon de donner une appellation appropriée à ces conditions nouvelles dans lesquelles je me trouve. Et j’ai aussi besoin d’attribuer à ce monde un nom qui me sera propre, pour le démarquer du monde d’autrefois, celui où les policiers étaient munis de leurs vieux revolvers. Après tout, on donne bien des noms aux chiens et aux chats. Il n’y a pas de raison que ce nouveau monde altéré n’en ait pas.

1Q84 – voilà comment je vais appeler ce nouveau monde, décida Aomamé.

Q, c’est la lettre initiale du mot Qquestion. Le signe de quelque chose qui est chargé d’interrogations.

Tout en marchant, elle hocha la tête pour s’approuver.

Que cela me plaise ou non, je me trouve à présent dans l’année 1Q84. L’année 1Q84 que je connaissais n’existe plus nulle part. Je suis maintenant en 1Q84. L’air a changé, le paysage a changé. Il faut que je m’acclimate le mieux possible à ce monde lourd d’interrogations. Comme un animal lâché dans une forêt inconnue. Pour survivre et assurer ma sauvegarde, je dois comprendre au plus tôt les règles et m’y adapter.

P 205

 

double participation au Challenge « lire sous la contrainte chez Philippe » où la contrainte est « sans nom commun » et trilogie de l’été

Que lire un 10 juillet avant le coucher du soleil ?

Extrait du journal du garde-frontière Yrjö Luukkonen, Hoikkavaara, 1981

Vend.10 juil. 1981

À mon arrivée à la hutte à 18h20, j’ai accroché du papier tue-mouche au plafond. Des corbeaux étaient occupés à becqueter la charogne. Des coucous chantaient tout près ; j’ai pris quelques photos. Les corbeaux ont fini de manger vers 21 heures et, depuis, c’est le calme absolu. À 22h50, le soleil est déjà assez bas pour que les cimes des arbres du bord de l’étang rougeoient dans la lumière. À 23heures, je vois arriver un troll. Un grand mâle. Il s’approche lentement de la charogne, en s’arrêtant par moment pour écouter. Il se tient dans l’ombre des arbres et je ne parviens pas à le cadrer correctement. Puis il va droit à la carcasse en quelques bonds incroyablement rapides, arrache de la viande des côtes et la fourre aussitôt dans sa bouche. Il y a si peu de lumière que je n’essaie même pas de le photographier. Le troll s’occupe de détacher un gros morceau de la charogne, en cédant habilement des griffes de ses pattes de devant. Je décide de prendre quand même quelques clichés. Au premier bruit d’obturateur, l’animal se fige, et au deuxième il se redresse en sursaut. Il disparaît dans la forêt avec la pièce de viande, si vite que je n’obtiens que quelques photos floues. Je reste éveillé jusqu’à 4 heures du matin, mais le troll ne revient pas.

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Jamais avant le coucher du soleil – Johanna Sinisalo

Sylvia Plath – Ariel

Les mots

Haches
Qui cognent et font sonner le bois,
Retentir les échos !
Échos partis
Gagner les lointains comme des chevaux.

La sève
Comme des larmes coule comme
L’eau s’évertue
À rétablir son miroir
Au-dessus du rocher

Effondré, retourné,
Crâne blanc
Que mord la mauvaise herbe.
Après des années je
Les retrouve sur le chemin –

Secs, sans cavalier, les mots
Et leur galop infatigable
Quand
Depuis le fond de l’étang, les étoiles
Régissent une vie.
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Sylvia Plath – Ariel

Bouvard et Pécuchet – Gustave Flaubert

Lc avec Edualc

Bouvard et Pécuchet sont deux « employés aux écritures » d’une quarantaine d’années habitant à Paris. Un jour de canicule (33°C – Boulevard Bourdon), ils se rencontrent et sympathisent. (Lu sous la canicule pour ma part – 36°C – Boulevard Bertholet)
L’un est veuf (Bouvard – François Denys, Bartholomée), l’autre vieux garçon (Pécuchet – Juste, Romain, Cyrille) ; à moins que ce ne soit l’inverse.
Un héritage inattendu leur fournit une rente et ils décident de partir en Normandie à Falaise.

Bouvard n’avait quitté Paris que le surlendemain, pour dîner encore une fois avec Barberou. Il arriva dans la cour des messageries à la dernière minute, puis se réveilla devant la cathédrale de Rouen ; il s’était trompé de diligence.
Le soir toutes les places pour Caen étaient retenues ; ne sachant que faire, alla au Théâtre des Arts, et il souriait à ses voisins, disant qu’il s’était retiré du négoce et nouvellement acquéreur d’un domaine aux alentours. Quand il débarqua le vendredi à Caen ses ballots n’y étaient pas. Il les reçut le dimanche, et les expédia sur une charrette, ayant prévenu le fermier qu’il les suivrait de quelques heures.
À Falaise, le neuvième jour de son voyage, Pécuchet prit un cheval de renfort, et jusqu’au coucher du soleil on marcha bien. Au-delà de Bretteville, ayant quitté la grande route, il s’engagea sur un chemin de traverse, croyant voir à chaque minute le pignon de Chavignolles. Cependant les ornières s’effaçaient ; elles disparurent et ils se trouvèrent au milieu des champs labourés. La nuit tombait. Que devenir ? Enfin Pécuchet abandonna le chariot, et pataugeant dans la boue, s’avança devant lui à la découverte. Quand il approchait des fermes, les chiens aboyaient. Il criait de toutes ses forces pour demander sa route. On ne répondait pas. Il avait peur et regagnait le large. Tout à coup deux lanternes brillèrent. Il aperçut un cabriolet, s’élança pour le rejoindre. Bouvard était dedans.

Citadins depuis leur naissance, ils achètent une ferme et s’imaginent que l’on peut devenir cultivateur juste en lisant des livres. Le ton de Flaubert est mordant, il se moque de ces deux « imbéciles » qui croient tout savoir et se sentent supérieurs aux paysans du coin.

Le début et la première moitié du roman m’ont beaucoup plu –  ironie, comique des situations – ensuite j’ai eu une période de lassitude puisque le déroulé est toujours sur le même modèle : Bouvard et Pécuchet se passionnent d’un coup pour un sujet auquel ils ne connaissent rien (mathématiques, médecine, philosophie, religion, histoire, littérature, etc), ils lisent les ouvrages de référence sur le sujet et essaient de mettre en pratique, mais ils lisent trop (ou mal et sans recul) et toutes leurs expériences tournent à la catastrophe ….

Lors de la dernière partie, deux nouveaux personnages m’ont bien intéressée : les deux compères « adoptent » deux « orphelins » Victor et Victorine, dont le père a été condamné au bagne. Ils se passionnent pour l’éducation …. sujet sur lequel ils échoueront également …

Au final, un sentiment un peu mitigé car si le comique de situation et de répétition est bien présent …justement une bonne moitié m’a paru répétitive et avec beaucoup de digressions. Je suis cependant contente d’avoir enfin lu cet auteur car j’étais passée pendant toutes mes études au travers des mailles du filet. Je vous laisse : je n’ai jamais lu Stendahl – je vais peut être attendre la prochaine canicule 🙂

Allons voir de ce pas ce qu’en a pensé Edualc 🙂
En plaisantant, il m’a dit « Tu lis Bouvard et moi Pécuchet », j’aurais peut être dû lire la moitié seulement 🙂

 

Challenge « lire sous la contrainte chez Philippe » où la contrainte est « sans nom commun »

Le théorème des Katherine – John Green

Vingt minutes plus tard, ils étaient assis dans un pré, en bordure d’une épaisse forêt qui, précisa Lindsay, appartenait encore à Hollis mais serait bientôt à Marcus. Le pré, envahi de fleurs sauvages et piqué ça et là d’une jeune pousse d’arbre, était clôturé par un enchevêtrement de bûches.
– Pourquoi cette clôture ? demanda Colin.
– On avait un cheval qui paissait dans ce pré. Il s’appelait Hobbit, mais il est mort.
– C’était ton cheval ?
– Ouais. Celui d’Hollis aussi. Mon père le lui avait offert en cadeau de mariage. À ma naissance, six mois plus tard, Hollis me l’a donné . Hobbit était un amour. Je l’ai monté dès l’âge de trois ans.
– Tes parents sont divorcés ?
– Non, pas officiellement. Mais tu sais ce qu’on dit à Gutshot : « La population n’augmente jamais et ne diminue jamais, parce que, chaque fois qu’une femme est enceinte, un homme quitte la ville. »
Colin rit.
– Il est parti quand j’avais un an, expliqua Lindsay. Il appelle une ou deux fois par an, mais Hollis ne me le passe jamais. Je ne le connais pas et je n’en ai pas envie. Et toi ?
– Mes parents sont toujours mariés. Je dois les appeler tous les soirs à la même heure – c’est dans une demi-heure, d’ailleurs. Ils sont ultraprotecteurs, mais normaux. On n’est pas une famille très délire.

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Le théorème des Katherine – John Green

Que lire un 4 juillet ?

Tu es

Le plus heureux des clowns, sur les mains,
Les pieds dans les étoiles, le crâne rond comme la lune,
Avec tes ouïes de poisson dans l’eau. Averti du bon sens
Du dodo, l’enfant do.
Enroulé sur toi-même telle une pelote de laine,
Occupé à tirer à toi ta nuit comme le hibou.
Muet comme un topinambour du quatre juillet
Au premier avril,
Oh mon glorieux, mon petit pain.

Flou comme la brume, guetté comme un colis.
Et plus lointain que l’Australie.
Notre Atlas au dos courbé, notre crevette voyageuse.
Un bourgeon douillet à son aise
Comme un hareng dans son bocal.
Une nasse frétillante d’anguilles.
Nerveux comme une fève sauteuse.
L’évidence telle une addition juste.
Une ardoise nette, avec ton visage dessus.

Ariel – Sylvia Plath 

Note de bas de page :
La traduction se prend au jeu de l’original, truffé de comparaisons malicieuses. Le «dodo», dans Alice au pays des merveilles, est un drôle d’oiseau qui suggère, au sortir de «la mare des larmes», de faire « la course à la comitarde » pour se sécher. Le dodo, ou dronte, également selon la définition du Petit Robert, un « grand oiseau coureur de l’île Maurice, incapable de voler, exterminé par l’homme au XVIIIe siècle ». Une expression anglaise dit : « as dead as a dodo », ce qui signifie : « tout ce qu’il y a de plus mort »– Plath y aura certainement pensé pour ce poème de l’attente étonnée et amusée d’un «heureux événement » (sa fille Frieda naîtra comme prévu le 1er avril !).

« L’enfant do » (« L’enfant d’eau», dans le ventre de sa mère) est venu spontanément s’ajouter à la version française, et turnip (« navets) » devenu «topinambour» pour de bonnes raisons ludiques et poétiques : Turnip et «topinambour» ont l’air de tourner comme des toupies, des bobines, des pelotes de laine…

Que lire un 4 juillet ?

Ce discours avait si bien altéré Doc, qu’il en vida son verre de bière : « Rien n’égale, dit-il, le goût matinal de la bière.
– Je crois, contesta Richard Frost, qu’ils font partie de l’espèce commune. Ce sont tout bonnement des gens qui n’ont pas le sou.
– Ils pourraient en avoir. Ils pourraient se gâcher la vie et gagner de l’argent. Quand ils veulent avoir quelque chose, ils déploient de l’intelligence, je vous garantis ! Mack est doué d’une sorte de génie. Ils connaissent l’essence des choses et à quoi mène l’ordre du monde, ils n’ont pas envie de se laisser prendre.»
Doc eût-il mesuré la tristesse de Mack et des gars, qu’il n’eût certes pas fait cette réflexion, mais il ignorait l’ostracisme dont les hôtes du Palace étaient l’objet. Lentement, il se reversa de la bière.
« Vous voulez que je vous donne une preuve ? …Tenez : dans une demi-heure à peu près, la Parade du Quatre-juillet va passer sur la Grande Avenue. Il leur suffit de tourner la tête pour la voir défiler, ils n’ont qu’à se lever, à marcher une vingtaine de mètres pour s’y mêler. Et bien, je parie une bouteille de bière qu’ils ne tourneront pas la tête !
– Et qu’est-ce que ça prouvera ?
– Ce que ça prouvera ? Mais diable, ils savent ce que ça représente, un défilé ! Le maire en avant, dans sa splendide automobile, le son de la trompette, le grand Bob sur son cheval blanc, portant le drapeau, les conseillers municipaux, les deux régiments de soldats, la société des Elks, avec les ombrelles écarlates, les Chevaliers du Temple, avec leurs plumes d’autruche blanches et leurs épées, les Chevaliers de Colomb, avec leurs épées, leurs plumes rouges, et la musique de la fanfare ! Mack et les gars connaissent tout cela, ils l’ont déjà vu, cela leur suffit…
– Un homme qu’un cortège n’attire pas, n’est pas vivant ! s’ exclama Richard Frost.

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Rue de la Sardine – John Steinbeck