La part des flammes – Gaelle Nohant

 

Roman historique – Nous sommes en 1897 à Paris. Pour ce roman, Gaëlle Nohant est partie d’un fait historique l’incendie du bazar de la charité.

L’histoire nous est racontée principalement du point de vue de trois femmes, toutes les trois de la noblesse.

La première, Violaine de Raezal, est une veuve d’une trentaine d’années : il s’agit de la deuxième épouse, elle doit donc d’un côté composer avec ses deux « beaux-enfants » déjà adultes qui la détestent, et de l’autre, faire face au chagrin de se retrouver seule, au ban de la « bonne société » pour une erreur de jeunesse.
La deuxième est un personnage ayant réellement existé, Sophie d’Alençon, la sœur de Sissi. Elle a  la cinquantaine et se dévoue totalement à diverses causes humanitaires.
La troisième a tout juste vingt ans : Constance d’Estingel vient juste de sortir de son couvent et est courtisée par un jeune homme. Sa mère est un modèle d’égoïsme et Constance s’interroge sur ce qu’elle peut faire de sa vie : en même temps vu l’époque et sa classe sociale, elle n’a que deux choix : se marier ou entrer dans les ordres.

Après avoir planté le décor et ses trois personnages principaux, qui deviennent rapidement amies, Gaëlle  Nohant nous conte le fameux incendie… des scènes marquantes…

Après ce drame, l’auteure met le projecteur (:-)) tour à tour sur chacune de ces trois femmes, trois générations différentes mais finalement aucune liberté pour celles-ci : la première est soumise au bon vouloir des enfants du « premier lit de son mari », la deuxième est totalement sous l’emprise de son mari (qui a déjà réussi à la faire interner une fois pour adultère) et la troisième se voit sommée de se marier par ses parents. Gravement brûlée, elle fait des cauchemars et ses parents la font interner pour « hystérie »….

Comme il est peu enviable le sort des femmes dans cette fin de XIXeme siècle
Ces femmes n’ont pas de soucis d’argent certes mais leur beauté est éphémère et leur situation très précaire.

Au delà de la peinture de ce siècle qui se termine (d’un côté une noblesse qui s’étourdit en spectacles et dîners puis se donne bonne conscience en  organisant des ventes de charité ; de l’autre le petit peuple qui se consume de tuberculose), les personnages sont attachants et l’amitié ainsi que a solidarité féminine qui se dégage de l’ensemble m’ont beaucoup plu.

J’ai trouvé ce livre parfait pour les quelques jours de vacances que j’ai eu (en juin).
Une écriture à la fois enlevée et pertinente, un bon suspense (Clémence sera-t-elle sauvée de l’affreux docteur) , de l’amoooour et …… (que demander de plus ? )

En conclusion : Trépidant et qui se lit d’une traite

Un extrait

Hyacinthe Brunet observait la jeune fille qu’il venait de plonger dans le sommeil hypnotique. La facilité avec laquelle les hystériques se laissaient suggestionner l’émerveillait toujours. Quelle aubaine pour les aliénistes ! Cette voie royale vers l’expérimentation leur avait permis de recréer chaque symptôme de l’hystérie, d’en définir les nuances, de constater la variété des attitudes passionnelles, l’éventail des névroses prenant vie sous leurs yeux comme un théâtre de marionnettes. Hystérie religieuse, pulsions nymphomanes ou criminelles, paralysies disparaissant sur commande, convulsions domptées par un simple murmure… Ils s’étaient tenus impassibles et ironiques devant la scène qu’ils dirigeaient de leurs mots, de leurs gestes, provoquant des hémorragies, des stigmates, des sanglots et des poussées de fièvre. Tels des enfants ouvrant le ventre des poupées, pour chercher le cœur à travers la cire, ils avaient pu ausculter la psyché des femmes, les observer à leur insu, effaçant ensuite les traces de ces effractions de leur mémoire latente. Ils avaient créé ce grand théâtre où les hommes venaient en voyeurs – disculpés par la recherche médicale – se repaître de cette folie des femmes à travers laquelle éclatait toute l’imperfection de leur nature, les vices et les faiblesses inhérents à leur sexe. Bien entendu, il s’agissait de les guérir, de les rendre dociles au rôle que leur assignait la société, et de discipliner les secousses sismiques de leurs corps par la maternité et une sexualité rigoureusement contrôlée.

Ma participation chez :

Madame lit ses recommandations livresques sur l’amitié

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