Une fille facile – Charles Willeford

Après le pavé 22/11/63, j’avais envie d’une lecture courte.
Je pensais en prenant ce livre de 220 pages me diriger vers un polar type James Hadley Chase ou William Irish avec un détective, une enquête et de belles pépées.
Et bien pas du tout : Helen est bien une « pépée » comme on pourrait s’y attendre mais elle est bien plus que ça.
Quand Harry la rencontre dans un bar, il sait tout de suite qu’elle est soûle (et alcoolique), normal : il est lui même alcoolique. Presque siamois, ces deux-là décident de vivre ensemble, ils se confient l’un à l’autre et c’est passionnant : une grande détresse de part et d’autre et l’auteur arrive à nous les rendre attachants et même indulgents vis à vis de leur addiction.
L’action se passe au début des années 50 à San Francisco. Harry est un ancien GI, il a essayé de reprendre des études d’art en rentrant de sa mission de soldat … sans succès … dépressif, alcoolique mais également lucide alors qu’Helen ….
C’est un livre très noir, sombre…

La fin est doublement surprenante mais je n’en dirai pas plus pour ne pas divulgâcher. L’avant dernière phrase claque comme ….une évidence ? Une mystification de la part de l’auteur ?

J’ai lu ce livre car il était cité dans Mars club, un roman sur la vie en prison d’une jeune femme condamnée à perpétuité. Dans Mars Club, le professeur qui donne des cours d’anglais aux détenus leur fait lire (ou leur parle) d’ « une fille facile » : pas sûr que ça aide les détenus de lire ce livre …le désespoir va crescendo…. mais quelle force dans le propos …. un livre marquant !

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Extrait p 132

Dans mon rêve je courais rapidement le long d’un énorme clavier de piano. Les touches blanches faisaient de la musique sous mes pas rapides au fur et à mesure que je marchais sur elles. Mais les touches noires étaient collées ensemble et ne résonnaient pas. En essayant d’échapper à la musique discordante des touches blanches, je tentai de courir sur les touches noires, glissant et trébuchant pour garder mon équilibre. Bien que nous pouvant apercevoir le bout du clavier, je sentais que je devais atteindre cette extrémité. Ce ne serait possible que si je courais assez vite et assez fort. Mon pied glissa sur une touche noire arrondie. Je tombé lourdement sur le côté et mon corps étalé couvrit trois des vastes touches blanches qui résonnèrent en discordances aiguës et violentes. Les notes étaient laides et sonores. Je quittai le clavier du piano d’une roulade mais je ne réussis pas à me remettre debout et tombai dans une énorme masse de brouillard qui tourbillonnait en rouleaux jaunes et silencieux. Et je me mis à descendre en flottant, flottant, flottant. La lumière qui entourait ma tête était comme de l’or lumineux et brillant. Les gants que j’avais sur les mains étaient en peau de chamois jaune citron avec trois coutures noires sur le dessus. Je n’aimais pas ces gants, mais je n’arrivais pas à les enlever malgré tous mes efforts. Ils étaient collés à ma chair. La colle d’un orange brillant coulait du gant pour s’étaler sur mes poignets.

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