Sous le règne de Bone – Russel Bank

Chapman le narrateur a 13 ans. En rupture familiale (il lui faut à tout prix éviter son beau père) il squatte l’appartement d’un de ses amis Russ, 16 ans, en rupture familiale lui aussi.
Plattsburh, état de New-York, c’est assez effrayant de savoir que les enfants aux États Unis sont si peu protégés. Chapman ne dit pas ce que lui a fait son beau père mais des allusions ne font aucun doute.
Pour survivre, Chapman (Chappie) vend de l’herbe et fait de petits trafics. Pour payer le loyer de leur appartement, les deux adolescents « s’acoquinent » avec un groupe de bikers, qui se droguent et volent du matériel hi-fi. Le jour où Russ vole les voleurs, leur monde déjà instable vole en éclat : ils doivent fuir et se faire passer pour morts.
L’auteur nous présente les États-Unis sous un angle très sombre: pauvres gamins livrés à eux mêmes, victimes d’abus en tout genre, et pour lesquels la drogue est la seule échappatoire.

Dans le début de leur cavale Chappie et Russ rencontrent deux frères (drogués aussi) qui sont les frères de Nicole, rescapée de l’accident de bus dans le livre « De beaux lendemains » …Nicole qui m’avait beaucoup émue dans ce livre …

Un peu plus tard, Chappie se retrouve seul : Russ préfère rentrer chez lui et essayer de se réconcilier avec sa famille.
Nous suivons Chappie dans une sorte de voyage initiatique (parfois lucide, parfois halluciné pour cause de diverses substances , un voyage qui l’emmènera de rencontre en rencontre.  Chappie devenu Bone (changer de nom permet il d’entamer une nouvelle existence ?) sauve Froggie une petite fille d’un pervers.
Les deux enfants rencontrent un jamaïcain en situation illégale qui les accueille chaleureusement….

Russel Banks excelle à faire parler des adolescents, en même temps déconnectés de la vie réelle et tellement lucides sur le peu de chances qu’ils ont dans leur vie …

Un très grand roman qui nous permet de suivre Chappie, 13 ans puis 14 puis 15, devenu le Bone du titre, de Plattsburg jusqu’à Montego Bay, Jamaïque.

En bref : Bone ou « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort »

 

Un extrait

Je lui ai demandé si elle savait où mon père s’était tiré après le divorce, puisque à ma connaissance il n’était resté ni Au Sable ni à Plattsburgh. Personne en ville ne m’en avait jamais parlé. C’était une sorte d’étranger mystérieux du nom de Paul Dorset, avec l’accent et le look de JFK, qui était un jour entré dans Au Sable sur son grand cheval, s’était trouvé la plus jolie fille du coin, l’avait mise enceinte et épousée, et puis un autre jour à la suite d’une méchante histoire l’étranger avait de nouveau quitté la ville sur son grand cheval, et à part la fille et ses proches parents nul ne se souvenait de lui ou de son passage. Ils demandaient, mais qui c’était, cet homme masqué? Et lui, il s’écriait, Oh Yo-o ! Silver, au galop!

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