Un miracle en équilibre – Lucia Etxebarria

J’avais envie d’une lecture un peu légère et la couverture me semblait bien adaptée :  un bébé adorable dans sa petite bouée rose, la bouche grande ouverte, les yeux cachés derrière ses lunettes de soleil. Le contenu est beaucoup plus subtil et beaucoup plus intéressant que ne laisse présager cette photo. D’ailleurs, en lisant la quatrième de couverture à la toute fin de ma lecture, j’ai vu que ce roman avait eu le « prestigieux prix Planeta équivalent espagnol du prix Goncourt » , prix amplement mérité à mon avis tant les réflexions d’Eva m’ont intéressée :  sur le plan des relations mère-enfant mais aussi entre parents-enfants, frères et sœurs…

Voici l’histoire en quelques mots  : Eva, la trentaine,  vient d’avoir un bébé ; Amanda a 11 jours. Au début du livre, Eva profite de quelques jours de repos pour commencer une longue lettre, qu’elle souhaite  remettre à Amanda quand celle-ci sera grande. Eva, dans cette lettre, s’adresse donc à sa fille mais elle s’adresse aussi à la petite fille qu’elle-même a été :  elle va lui raconter – pas forcément dans l’ordre – une multitudes de faits, de réflexions, d’interprétations  : sa jeunesse, son début dans la vie active, son addiction à l’alcool, sa dépendance vis à vis de ce que l’on appelle maintenant un « pervers narcissique », ses relations complexes avec un corps qu’elle n’aime pas…

En parallèle la petite fille grandit (4 mois à la fin du livre) et on suit son évolution au jour le jour.

Eva rend visite à sa mère qui est à l’hôpital, elle a eu une attaque et est dans le coma.
Le ton est à la fois sérieux, triste puis très drôle, très caustique envers elle-même, envers sa famille et aussi très attachant vis-à-vis de cette petite fille.

De plus, la construction est très habile car Eva entreprend de raconter à Amanda comment elle a rencontré son père : le père est à la fois très présent (il s’occupe bien de la petite fille et de la maman) mais comme en retrait , on ne connaîtra son prénom que dans les 50 dernières pages: il y a un certain suspense dans le fait de découvrir au fil du récit le portrait de cet homme très attachant.

Je me suis énormément reconnue à travers les mots de Lucia-Eva :  je lis ce livre à l’heure où ma grande fille de 17 ans (et demi)  va bientôt partir de la maison pour ses études supérieures et c’est comme un kaléidoscope de sensations que j’ai pu revivre.

En bref, un excellent moment.

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J’ai pleuré alors que jamais je n’avais pleuré à l’hôpital, pas plus que je n’avais pleuré en apprenant la mort de José Merlo, car ce jour là, au lieu de verser une larme j’étais allée de bar en bar et m’étais soûlée sans désemparer pendant trois jours. J’ai pleuré l’amour que j’avais eu pour elle et qui s’était si souvent changé en haine devant l’impossibilité de la voir heureuse, satisfaite, en bonne santé, de la voir autrement que comme un appendice de mon père, comme quelqu’un à qui je ne voulais surtout pas ressembler et que je finissais par imiter à ma façon en recherchant stupidement des hommes qui toujours me criaient dessus pour me dominer, des répliques de mon père que j’étais incapable de reconnaître mais que personne n’avait choisies à ma place.
Ce sont les mères qui donnent la vie et la symbolisent aux yeux de leurs enfants, et ceux qui, comme moi, ne sont pas entendus avec leur mère interprètent la vie comme un cadeau empoisonné, et ont du mal à avancer parce qu’ils ont en eux un féroce et permanent instinct de mort. C’est cette pulsion de mort que j’appelle mon Autre Moi. Et cette Autre Moi issu de mon amour pour ma mère était là, impuissant devant le sac vert, contemplant la raison d’exister qui l’ animait et qui était désormais réduite à cela, à une enveloppe.

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Participation au mois Espagnol et Littérature hispanophone chez Sharon.

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9 réflexions au sujet de « Un miracle en équilibre – Lucia Etxebarria »

  1. Merci pour ta participation.
    J’ai du mal avec cette auteur, depuis que j’ai lu son dernier livre, écrit en français pour que son ex et père de sa fille ne puisse pas s’en servir contre elle.

  2. Ping : Le moi espagnol 2019 commence ! | deslivresetsharon

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