Portrait de femme – Henry James

Voilà un livre assez passionnant et plein de suspense. Je ne m’attendais pas du tout à cela.

1870 – Isabel Archer est une jeune femme américaine de 23 ans. Son père est mort récemment, la laissant presque sans un sou. Sa tante Lydia lui propose un séjour en Europe. Isabel est belle, intelligente, instruite…
Le lecteur apprend qu’elle a refusé une demande en mariage avant son départ pour l’Europe, celle de Caspar Goodwood, un homme d’affaires. Il est fou amoureux d’elle et va même jusqu’à la suivre en Angleterre pour tenter de la convaincre de l’épouser.

En Angleterre, Isabel reçoit une deuxième proposition de mariage, cette fois celle d’un Lord qui tombe amoureux en trois visites. Son cousin Ralph est aussi un peu amoureux d’elle…. Son oncle lui lègue une grosse fortune la rendant indépendante financièrement. Isabel Archer va-t-elle faire les bons choix dans uns société où le rôle d’une femme est de se marier et de faire des enfants ?
Le style est suranné (le livre paru en 1880), et est un témoignage également d’une époque de la haute bourgeoisie avec réceptions, sorties au théâtre….

Isabel contre tout attente refuse toute proposition de mariage  : 3 refus en quelques semaines : elle voudrait un peu découvrir le monde avant de s’engager dans une vie matrimoniale. Elle suit donc sa tante en Italie à Florence et c’est à ce moment là que j’ai trouvé que l’intrigue devenait passionnante : on y rencontre une amie de Lydia, Mme Merle et un certain Mr Ossmond, ami de Mme Merle : et à partir de là on ne sait pas à qui on a affaire :  à Mme de Merteuil et à au Vicomte de Valmont ? A Machiavel ?  les intentions des ces deux-là ne sont pas très claires et on se demande où cela va nous emmener : vers le malheur de la belle Isabel ?

Le style est parfois difficile : longues phrases, dialogues plein de sous entendus d’une autre époque mais ce livre est finalement un pavé de 688 pages où l’on ne s’ennuie pas : la fin est pleine de révélations.  Isabel, selon les critères d’aujourd’hui, se révèle bien attachée aux conventions, quitte à se rendre malheureuse (mais ceci est un autre sujet).

Un extrait (page 76)
Le soin de faire les honneurs du pays lui incombait naturellement. Me Touchett était confiné dans son fauteuil et sa femme avait adopté l’attitude d’une visiteuse rébarbative, si bien que le devoir et l’inclination se combinaient harmonieusement pour tracer devant Ralph sa ligne de conduite. Il n’était pas un grand marcheur mais flânait à travers le domaine avec sa cousine ; la persistance du beau temps, que des prévisions lugubres sur le climat anglais avait dissuadé Isabel d’espérer, favorisait la promenade. Pendant les longs après-midi, dont la longueur était à la mesure de son ardeur satisfaite, ils allaient en barque sur la rivière, la chère petite rivière, disait Isabel, dans la rive opposée semblait toujours intégrée au premier plan du paysage. Ou bien ils parcouraient le pays en voiture, dans le phaéton bas et spacieux, monté sur deux larges roues, que Mr Touchett avait beaucoup utilisé jadis mais dont il avait maintenant cessé de profiter. Isabel l’adorait . Manipulant les rênes d’une façon que le groom qualifiait de savante, elle ne se lassait pas de conduire les excellents chevaux de son oncle le long des routes sinueuses et les chemins de traverse parsemés de tous les traits campagnards qu’elle avait secrètement espéré découvrir : cottages à colombages et coiffés de chaume, vieilles auberges garnies de treillis et sablées, parcelles anciennes de communaux périmés, échappées des parcs déserts, haies touffues du plein d’été. Lorsqu’ils revenaient à la maison, les jeunes gens y trouvaient généralement le thé servi sur la pelouse ; Mrs Touchett ne s’était pas dérobée à la dure nécessité de tendre une tasse à son mari mais, d’ordinaire, les deux époux observaient le silence ; le vieux monsieur avait la tête rejetée en arrière et les paupières closes ; penchée sur son tricot, son épouse arborait la mine incroyablement profonde de certaines femmes lorsqu’elles observent le mouvement de leurs aiguilles.