Le choeur des femmes – Martin Winckler

LC avec Edualc

J’ai commencé ce pavé (presque 700 pages) emprunté à la bibliothèque pendant mes vacances. J’en ai lu la moitié et j’étais ravie de ma lecture. Puis je me suis absentée pour raison professionnelle pendant une semaine et je ne pouvais pas emmener le livre dans les bagages (trop volumineux, vive les « livre de poches »)
Bizarrement en reprenant ma lecture après une dizaine de jours d’interruption, j’ai eu un avis très mitigé.

Passons donc aux qualités de ce livre :
L’héroïne, Jean Atwood, est quelqu’un avec une forte personnalité : depuis toute petite elle veut devenir médecin. Elle est maintenant interne et en cinquième année de médecine et elle arrive dans le service du Dr Franz Karma, gynécologue.
Au départ, elle est antipathique puis comprend peu à peu l’état d’esprit des femmes qui viennent aux consultations de l’hôpital. On entend une multitude de témoignages (sur la contraception, les grossesses désirées ou non, les IVG)
Ces voix m’ont paru sincères et je me suis plusieurs fois reconnue dans les sentiments évoqués. Les points de vue sont variés et ce « choeur de femmes » m’a souvent ému ou fait sourire. Franz Karma a un discours convaincant dans sa vison de ce que doit être un médecin.

En parallèle, on en apprend plus sur la vie privée de Jean Atwood (prononcer Djinn) elle a une mère française (morte à sa naissance) et un père canadien.
Les autres personnages sont crédibles (une mention particulière à la secrétaire de Franz).

La deuxième moitié m’a déplu et j’ai trouvé la fin grand-guignolesque.
Pourquoi en rajouter sur un secret familial (en plus du secret initial de Jean mais chuttttt) ? et puis les coïncidences sont si fortes que cela en perd tout crédibilité….

J’aurai  mis 4 étoiles pour la première partie et 1 seule pour la deuxième.
Je me demande quel aurait été mon avis si j’avais tout lu pendant mes vacances : la pause a-t-elle été fatale ?

**

L’avis de Mind (beaucoup plus enthousiaste que moi) 

**

Quelques extraits

– Il y a deux sortes de médecins, dit Karma, les docteurs et les soignants. (…)
En France, il a fallu attendre la fin des années quatre-vingt-dix pour qu’un ministre de la Santé suggère de rendre l’enseignement du traitement de la douleur obligatoire dans toutes les facs de médecine françaises. Avant ça, personne n’y avait pensé. Personne ne pensait qu’il était important d’enseigner ça aux étudiants en médecine. Le rôle des médecins, ça n’était pas de soigner ou de prévenir les souffrances. Ça, c’était bon pour les infirmières. Le rôle des médecins, c’était de faire des diagnostics.
– Jouer au docteur…
– Voilà.

**

[site internet interactif de gynécologie]
J’ai eu un rapport le 16 décembre avec mon copain et le 24 décembre avec le meilleur ami de mon copain parce que j’avais rompu et je croyais que c’était pour de bon et je me sentais seule et je n’ai pas eu de règles quand je les attendais le 1er janvier et depuis mon copain est revenu il veut faire sa vie avec moi et hier je me suis mise à vomir et j’ai fait un test je suis enceinte. De qui est l’enfant ?

 

Manuel d’exil – Comment réussir son exil en 35 leçons – Velibor Colic

Le titre est léger et un peu trompeur car il ne s’agit pas ici d’un manuel mais des réflexions d’un écrivain bosniaque qui se réfugie en France pour des raisons politiques.
C’est la guerre dans son pays, il a été soldat et obligé de déserter puis de fuir.
Il parle uniquement anglais et raconte ses difficultés d’intégration en France :
Il y a d’abord la barrière de la langue mais ce n’est pas la raison principale : il n’a quasiment aucun espoir de retourner dans son pays et il s’agit pour lui de repartir à zéro (presque SDF) alors qu’en Bosnie c’était un écrivain reconnu.Il a des difficultés à mettre des mots sur son exil et le début est plein d’autodérision sur ce qu’il arrive à écrire se comparant sans cesse à ses écrivains préférés (et inatteignables? )
.
Dès les premiers jours de mon exil je suis persuadé d’avoir un cancer de quelque chose : cancer de la gorge ou des poumons, tumeur au cerveau ou crabe particulièrement malin niché dans mes intestins. Je ne suis pas vraiment hypocondriaque, je crois dur comme fer que j’ai les maladies de mes trois artistes préférés du jour. Le matin je suis Modigliani et je tousse ma tuberculose, l’après-midi j’ai le cancer des poumons nommé Raymond Carver et le soir je suis alcoolique, donc Hemingway. Et ainsi de suite. Le lendemain je suis aveugle à la Borges, épileptique comme Dostoïevski et toujours ivrogne tel Fitzgerald. J’ai un large choix, l’histoire de la littérature ressemble à un dictionnaire médical.
Mon manuscrit est un vrai manuscrit, écrit à la main. Lignes serrées, pour économiser la place, j’énumère mes observations, mes pensées et mes jurons. Je suis en même temps anti-guerre et anti-paix, humaniste et nihiliste, surréaliste et conformiste, le Hemingway des Balkans et probablement LE plus grand poète lyrique yougoslave de notre temps. J’ai juste un détail à régler : mes textes sont beaucoup plus mauvais que moi-même. Ma Weltanshauung est universelle, et mon écriture n’est qu’un interminable inventaire de choses et d’êtres que je ne verrai plus jamais. (p 19)
.

La couverture donne une bonne idée de comment se sent l’auteur.
Il est dans l’expectative, il n’ose pas traverser (il ne connaît pas les usages de son nouveau pays), il est seul dans une foule indifférente et floue…

Nous le suivons sur plusieurs années (il obtiendra la nationalité française et peut se rendre ensuite comme il le souhaite dans toute l’Europe (Italie, Hongrie) sans être inquiété mais sans être réellement serein … (syndrome post- traumatique ?)

Coïncidences de lecture, il s’agit du troisième livre que je lis récemment où la solitude est le sentiment général : hasard  ou la solitude est un thème prisé pour les auteurs originaires de l’est ? (bientôt deux autres  billets ici même)
Il s’agit également du deuxième livre du mois où le personnage principal est obèse (il devient obèse dans le cas présent)

Pour tout dire, je m’attendais à un livre un peu plus drôle, j’ai été influencée par la quatrième de couverture qui met l’accent sur l’humour alors que mon sentiment dominant est tristesse et solitude …

Un bon roman malgré ce petit bémol de décalage entre la quatrième et ma lecture….

**
Egle Vasiliauskas est d’abord une blonde, enfin une Lituanienne et enfin une étudiante en quatrième année de littérature française. Habillée telle une jeune fille de très bonne famille, elle traverse l’Europe avec ses socquettes blanches, ses chemises bien repassées et ses valises carrées et propres. Nous faisons connaissance ou Ana Café.
– Êtes-vous français ? me demande-t-elle.
Je lis Le Monde, attablé devant mon double crème.
– Parfois, et vous ?
Elle est spécialiste des deux Marguerite, Duras et Yourcenar, et de Simone de Beauvoir.
– Et moi, dis-je, je suis perecionniste . Spécialiste de Georges Perec.
– Perecionniste, ça ne veut rien dire.
– D’accord, rétorqué-je, alors je suis camusionniste.
–Comment, soupire-t-elle,peut-on être aussi peu sérieux et se prétendre écrivain !
.
Un livre vu chez Kathel et chez Ingannmic

Jeux d’hiver : douzième

Bonjour à tous et à toutes,

Mars  est enfin  là et j’ai failli sortir les doigts de pieds de sous la couette …

Le but du jeu est de trouver des titres de livres, leurs auteurs et le point commun entre les livres.

Voici la douzième énigme

 

Pour participer, il faut laisser votre ou vos réponses en commentaires. Chaque bonne réponse vaut un point pour  TOUTES LES PERSONNES  ayant trouvé : Pas besoin d’arriver le premier pour remporter un point donc 🙂

Vous pouvez faire juste une proposition, ou deux ….ou …

A la fin de l’hiver (tic-tac, tic-tac…), nous connaîtrons les vainqueurs de ce jeu 🙂

Bon weekend  à tous

Froides fleurs d’avril – Ismail Kadaré

Roman choisi un peu pour sa couverture – Les amants de Magritte – et un peu pour l’auteur que j’apprécie en général.

Le début : Début des années 2000 en Albanie, Mark est peintre. En rentrant à son atelier, il pense à son ami Zef qu’il n’a pas vu depuis 15 jours, à sa maîtresse et modèle (son prénom n’est pas cité), à l’ancien régime communiste qui était en place en Albanie il y a une dizaine d’années. La voiture du commissaire le double à vive allure. Un peu après son amie arrive, se déshabille (elle est modèle, et Mark est en train de réaliser un nu ), elle lui raconte l’histoire d’un braquage de banque qui vient d’avoir lieu.

Voilà un livre étrange : intéressant mais étrange. L’écriture est belle et imagée, avec une alternance de chapitres (ancrés dans le réel) et de contre-chapitres (des contes ou des mythes revisités comme par exemple l’ Histoire de la femme qui avait épousé un serpent ou le mythe de Tantale)

Mark « tourne en rond » dans sa vie : il est inquiet de la disparition de son ami Zef mais pas vraiment à sa recherche (un reste de fatalisme du régime communiste où les gens disparaissaient sans laisser de traces?). Il est aussi inquiet à l’idée que sa petite amie envisage de  le quitter : Elle est plus jeune que lui et semble en ce moment plus coquette et distante (aurait-elle un amant ? )

En toile de fonds se déroule un Kanun (sorte de vendetta très codifiée). L’auteur pousse l’absurde jusqu’à faire demander à un personnage si l’Etat peut mener lui même un Kanun…’un passage qui m’a beaucoup fait rire)

Superstition ? Manipulation ? j’ai aimé retrouvé des thèmes déjà évoqués dans le « palais des rêves » (les rêves justement, le poids de la société sur les choix d’un individu…).

En tout cas intéressant même si je n’ai pas du tout compris la fin qui m’a laissée dubitative…et même un peu déçue…(je n’aime pas ne pas comprendre…)

 

Un extrait :

Mark passa toute la matinée du dimanche devant son chevalet. Il ne se rappelait aucune autre fois où il se fût donné autant de mal pour composer une couleur. Il resta un moment à contempler d’un air las les taches que la pâte avait laissées sur ses mains, ses manches, maculant aussi le reste de sa blouse. C’était un blanc d’une nuance particulière, qu’il s’efforçait de rendre le plus froid et transparent possible. Sans ce blanc-là, jamais il ne pourrait reproduire sur la toile la partie immergée de l’iceberg. Dans un coin, il avait écrit : « Chronique du néant » et, un peu plus bas, « Huit vues de l’iceberg qui fit sombrer le Titanic ».

 

Mois de l’est chez GoranEva et Patrice

Chez Enna dans la catégorie végétal

La rage – Zygmunt Miloszewski

J’avais déjà rencontré le procureur Teodore Szacki dans un « Fonds de vérité », un polar pas mal mais sans être exceptionnel .
« La rage » est beaucoup plus marquant : Dans une ville polonaise de province, un cadavre (ou plutôt un squelette) est trouvé dans un ancien bunker. Tout le monde pense d’ailleurs que le squelette est un allemand resté là depuis la seconde guerre mondiale. Le squelette est donc envoyé non pas à la morgue mais à l’université dans une section recherche. Que nenni ! Le professeur Frankenstein (quelle riche idée ce nom) informe Szacki que le squelette est en fin de compte le corps d’un homme décédé il y a à peine une semaine !
Szacki va donc mener l’enquête et délaisse donc un peu ses autres tâches, il a également du mal à trouver sa place entre sa compagne et sa fille (la fille de Szacki) celle ci est ado et un peu rebelle … elle digère mal d’avoir abandonné sa vie à Varsovie pour arriver dans une petite ville de province.
Au delà de l’histoire bien ficelée et captivante, j’ai été convaincue par les personnages : ils sont à la fois crédibles, fouillés avec des failles mais sans caricature. Il y a Szacki, son adjoint Falk, les suspects qui ont tous un truc à cacher, la jeune Viktoria, la psychiatre… tous convaincants…

L’enquête est menée de façon très sérieuse et d’un seul coup au moment où on s’y attend le moins l’auteur réussit à faire rire ou sourire.
En toile de fonds : on en apprend beaucoup sur la situation de la Pologne pendant et après la seconde guerre mondiale …

Je n’ai qu’un seul reproche à faire à l’auteur et je profite de ce blog lu mondialement pour l’interpeller :  « Non mais ça va pas de faire « ça » à ton enquêteur fétiche : il est cuit maintenant Szacki ! et comment on va faire pour avoir un tome 4 avec cet enquêteur hors pair, hein ?…. ». fin de l’interpellation.

Bon heureusement qu’il me reste le tome 1 à lire (les impliqués)… oui j’ai lu un tome 2 et 3 sans me rendre compte qu’il y avait un tome 1 …

Un extrait :

Deux mille personnes tentaient chaque année l’examen de l’Ecole nationale des tribunaux et du parquet. Trois cents d’entre elles étaient prises en première année. Douze mois plus tard, on n’en remerciait cent cinquante et on taillait les autres pour en faire des joyaux du monde judiciaire. Edmund Falk représentait donc la première promotion d’étudiants devenus adjoints non pas après trois années de stage interne, c’est-à-dire trois années passées à préparer du café au siège d’un parquet de seconde zone, mais après trois années d’un travail harassant. Il connaissait les codes et les procédures sur le bout des doigts, avait appris à travailler auprès des victimes au contact d’ O.N.G. européennes et à interroger les suspects grâce aux formateurs de l’école du FBI de Quantico. Il avait fait des stages dans des laboratoires de criminologie, dans des instituts médico-légaux, dans des commissariats de police, aux sièges des parquets et dans des tribunaux de toutes les instances. Il possédait un diplôme de sauveteur en mer et un certificat de premiers secours. Il maîtrisait l’anglais à un niveau qui lui permettait de l’enseigner à l’école et avait appris le Russe dès ses années de fac, car il avait conclu que c’était une décision logique : dans son travail de procureur à Olsztyn, au cœur d’une région frontalière avec l’enclave de Kaliningrad, il s’agirait d’une connaissance utile. Sa chef, aux anges, avait également affirmé Szacki que Falk avait été champion de Pologne junior de danse de salon et disposait d’autorisations pour devenir instructeur d’équitation. Teodore s’était alors dit que cette dernière ligne du CV avait été choisie pour parfaire l’image du shérif. Falk savait probablement aussi faire tourner un revolver sur son index.

Le mois de l’est est organisé par Goran, Eva et Patrice

Le mois du polar était  chez Sharon en février 

Jeux d’hiver : onzième

Bonjour à tous et à toutes,

Mars  est enfin  là et j’ai sorti les doigts de pieds de sous la couette :

Le but du jeu est de trouver des titres de livres, leurs auteurs et le point commun entre les livres.

Voici la onzième énigme

Pour participer, il faut laisser votre ou vos réponses en commentaires. Chaque bonne réponse vaut un point pour  TOUTES LES PERSONNES  ayant trouvé : Pas besoin d’arriver le premier pour remporter un point donc 🙂

Vous pouvez faire juste une proposition, ou deux ….ou …

A la fin de l’hiver, nous connaîtrons les vainqueurs de ce jeu 🙂

Bon weekend  à tous