Les douze tribus d’Hattie – Ayana Mathis

 

1924 aux États-Unis.
Hattie a 16 ans et est obligée de quitter sa Géorgie natale pour aller habiter à Philadelphie en Pennsylvanie. On ne connaîtra pas exactement les raisons mais son père est mort ; la mère, Hattie et ses deux soeurs sont contraintes de partir en catastrophe. Hattie se marie très rapidement avec August et a des jumeaux presque aussitôt : Philadelphia et Jubilee.
En une douzaine de parties, l’auteure Ayana Mathis va nous raconter douze histoires : la première est celle de Philadelphia et Jubilee. Leur mère Hattie,17 ans, essaie de les sauver de la pneumonie.
A chaque fois que l’on change de partie, l’auteur met le zoom sur un des enfants de Hattie : elle en aura 9 en plus des jumeaux : Floyd, Six, Ruthie, Ella, Alice, Billups, Franklin, Bell, Cassie.

Ce livre m’a à la fois intéressée et un peu désappointée. L’histoire est captivante : ressentir chaque fois ce que vit un des enfants d’Hattie. On suit chaque enfant sur une courte période s’étalant de 1925 à 1980 : Floyd à 23 ans quand il « découvre » son homosexualité, Six quand il a 15 ans et qu’il commence à déployer ses talents d’orateur et de prédicateur, Ruthie quand elle a sept mois, Ella quand elle a trois ans…. Alice et Billups ont leur chapitre à l’âge adulte à respectivement 23 et 25 ans, Franklin, soldat au Vietnam, a une trentaine d’années, il est déjà père de famille même s’il n’a jamais vu l’enfant. L’histoire de Bell nous est conté quand elle a quarante ans, de même que celle de Cassie. Sala, la fille de Cassie, a dix ans.

Ce qui m’a plu est donc le portrait de ses personnages et avec celui d’Hattie qui se creuse en filigrane.
Sous ses dehors revêches, Hattie sacrifie toute sa vie à ses enfants…
Hattie, en ayant eu neuf enfants et étant très pauvre, a eu très très peu de temps pour les cajoler et les aider à grandir au niveau affectif. Elle s’est occupée, avec de grandes difficultés, à les nourrir, elle a même été obligée de «donner» Ella à sa soeur qui ne peut pas avoir d’enfants.
Hattie est dure, très dure : elle n’a jamais eu un geste tendre, s’est contentée de les rabrouer, de les secouer et aussi de les nourrir et les habiller car leur père est un flambeur, un courreur : il rapporte peu d’argent à la maison, est totalement immature et ne s’occupe que peu des enfants.

Passons à ce qui m’a qui m’a un peu désappointée : une fois que l’on a fini la partie concernant l’un des enfants on n’entend plus parler de lui ou d’elle. Par exemple pour Ella on sait qu’à trois ans elle part chez la soeur d’Hattie mais après plus de nouvelles d’elle …. de la même façon j’aurais aimé savoir ce que devient Floyd …

Peut être un livre à lire un peu comme un recueil de 12 nouvelles avec un personnage récurrent Hattie plutôt que comme un roman ? A la fois un splendide portrait de femme et un réquisitoire contre la pauvreté (impossible pour les enfants élevés la faim au ventre de sortir de cette misère…)
Un livre marquant ….

Un extrait :

Hattie observa de plus près la foule sur le trottoir. Les Noirs ne descendaient pas dans le caniveau pour laisser passer les Blancs, pas plus qu’ils ne regardaient obstinément le bout de leurs chaussures. Quatre jeunes filles noires passèrent, des adolescentes, comme Hattie, papotant ensemble. Des filles en pleine conversation, tout simplement, pouffant de rire et décontractées, comme seules des filles blanches pouvaient se promener en bavardant dans les villes de Géorgie.
– Maman, dit Hattie. Je ne retournerai jamais là-bas. Plus jamais.

Lu dans le cadre du Challenge d’Enna

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