Le Mars Club – Rachel Kushner

Roman choral.

D’emblée nous sommes dans l’histoire : Romy est en prison, en Californie. Elle a tué un homme. Peu importe que cet homme la harcelait : elle a été condamnée à perpétuité : son avocat commis d’office n’a pas su toucher le jury et lui faire obtenir les circonstances atténuantes (un homme qui se déplace avec des béquilles ne peut pas être un harceleur…et puis franchement une strip-teaseuse, vous parlez d’un métier …)

Ce sera donc la perpétuité …et même deux fois la perpétuité en fonction du système en vigueur aux Usa …

En plus de Romy, l’auteur nous fait part des pensées de Betty (dans le couloir de la mort, accusée d’avoir fait tué plusieurs hommes dont son mari..), de Button une adolescente condamnée elle aussi pour meurtre commis quand elle était mineure et qui accouche en prison, de Sammy une latino américaine qui a passé plus de temps en prison que dehors…
Parmi les personnages masculins, Gordon est professeur et donne des cours aux détenues, Doc dans une autre prison est  un flic pourri (meurtre lui aussi …complice de Betty), Kurt le harceleur assassiné…

Pas de réinsertion possible, pas d’espoir…
Cependant Romy tient le coup, elle pense à son fils Jackson, 7 ans au moment de son arrestation, 11 ans maintenant …avant d’apprendre qu’elle a été déchue de l’autorité parentale.

Ce livre au delà du portrait de cette Romy, si forte, est  une mise en accusation du système judiciaire américain qui envoie ses citoyens en prison à perpétuité (cas de trois récidives pour cambriolages…) ou dans le couloir de la mort …

Effrayant et terriblement réaliste…La misère dans les années 80 aux USA …la drogue. Et plus tard la guerre du Golfe  les soldats qui défendent la « liberté » des américains…
Ces américains qui peuvent se retrouver du jour au lendemain en prison broyés par l’appareil judiciaire….

Un roman passionnant mais très dur.

Un extrait

Un jour, lors d’une discussion sur un chapitre du poney rouge de John Steinbeck, les femmes parlèrent des montagnes évoquées dans le roman et de celles qu’on voyait depuis la cour principale. Elles semblaient en avoir peur, ce qui étonna Gordon. Il pensait que les montagnes seraient synonymes de liberté pour elles, c’était l’unique aperçu de la nature qu’elles avaient depuis la prison. « Là-haut, il faut se battre contre des gros boucs, dit Conan. Au moins, ici, il y’a que des petites biques. Des petites biques et des chattes. Comme ça je suis certain d’avoir le dessus. »
Quand ils abordèrent le troisième chapitre intitulé « la promesse », où il était question de Nellie, la jument pleine, une femme leva la main et raconta que lorsqu’elle avait accouché son ventre avait la forme d’un cœur, « il était en deux parties, expliqua-t-elle, exactement comme celui d’un cheval, même le docteur a dit que c’était vrai, que les chevaux ont un ventre en forme de cœur ».
Elle lurent chacune un passage du chapitre à voix haute. Au moment où il était fait allusion à des cochons, une détenue intervint pour dire que son cousin, emprisonné en Arizona, lui avait écrit qu’un dimanche par mois on mettait un cochon dans la chambre à gaz de sa taule pour vérifier qu’elle était en état de marche.
Gordon tenta de ramener la discussion sur le livre. Quelle était la promesse de Billy Buck ?
La fille dont le cousin lui avait écrit qu’on gazait les cochons le dimanche ajouta que, dès que l’animal « s’élevait dans le tuyau », une odeur se répandait dans toute la cour. « Ça sent la fleur de pêcher. C’est ce que mon cousin m’a dit. »
Romy Hall leva la main. Billy Buck avait promis au jeune Jody un poulain en bonne santé, répondit-elle. Plus tôt dans le récit, Billy Buck s’était engagé à s’occuper du poney rouge, lequel était mort. Cette nouvelle promesse lui permettrait d’être un homme de parole en aidant à mettre au monde un poulain sain et sauf.
« Et est-ce que ça a été le cas ? » demanda Gordon. En fait, l’histoire était vicieuse, répliqua Romy. En théorie, oui, il avait tenu sa promesse, sauf qu’il avait dû tuer la jument pour sauver le poulain qui se présentait mal. Il lui avait défoncé le crâne avec un marteau ; c’était une façon merdique de tenir une promesse. La jument aurait pu avoir d’autres poulains qui se présentaient bien, mais elle était morte parce qu’un cow-boy voulait à tout prix être un homme de parole.
« C’est bien de faire une promesse, expliqua London à Gordon, comme pour résumer ce qui se passait dans la vraie vie. Mais ce n’est pas toujours une bonne idée de la tenir. »

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14 réflexions au sujet de « Le Mars Club – Rachel Kushner »

  1. C’est effectivement très dur, trop pour moi. J’ai lâché le roman qu bout d’une centaine de pages. Ce sont les retours en arrière sur la jeunesse de Romy qui me désespéraient.

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