Pars vite et reviens tard – Fred Vargas

C’est toujours un bonheur de commencer un Fred Vargas
Celui ci n’est pas tout jeune – 2001- mais je ne l’avais pas lu.
Tout de suite on est dans l’ambiance. Les personnages sont cabossés par la vie, Joss Le Guern est un ancien marin qui a fait de la prison pour avoir tabassé un armateur, coupable d’avoir laissé naviguer un rafiot en fin de vie (bilan :deux hommes d’équipage tués)
Après sa sortie de prison Le Guern est « visité » par son arrière- arrière-grand-père qui lui suggère de devenir crieur public (un grand moment cette scène :-)), ce que fait le fameux Joss.
Parmi les voisins de Joss il y a la somptueuse Lisbeth (ancienne prostituée), Decambrais, retraité qui gère une pension de famille et Damas, jeune homme un peu simple qui vend des rollers ….tout une galerie de personnages truculents, à la fois simples, drôles et attachants.
En parallèle, Adamsberg et Danglard mènent l’enquête sur un « illuminé «  qui essaie de semer la peste dans Paris, et ailleurs. Les deux histoires sans surprise vont se rejoindre.
J’adore Adamsberg le seul flic qui arrive à dire les phrases suivantes sans être ridicule  : « Non Danglard. Je n’ai pas souvent peur. J’attendrai d’être mort pour avoir peur, ça me gâchera moins la vie. À vrai dire, la seule fois où j’ai eu vraiment peur dans mon existence, c’est quand j’ai descendu ce glacier tout seul, sur le dos, quasiment à la verticale. Ce qui me fait peur, hormis la chute imminente, c’était ces foutus chamois sur le côté qui me regardaient et qui disaient avec leurs grands yeux bruns : « pauvre crétin. Tu n’y arriveras pas. » Je respecte beaucoup ce que disent les chamois avec leurs yeux mais je vous raconterai ça une autre fois, Danglard , quand vous serez moins tendu » (p151)

En bref une réussite !

Extrait
un dialogue entre Joss et son arrière arrière arrière grand-père (p12)

L’ancêtre haussa les épaules. Il en avait vu d’autres et ce n’était pas ce petit morveux qui allait le mettre en boule. Un Le Guern qui avait de la branche, ce Joss, il n’y avait pas à dire.
– Comme ça, reprit le vieux en sifflant son chouchen, t’as pas de femme et t’as pas de ronds ?
– Tu mets le doigt dessus, répondit Joss. T’étais moins malin dans le temps, à ce qu’on raconte.
– C’est d’être fantôme. Quand on est mort, on sait des trucs qu’on savait pas avant.
– Sans blague, dit Joss en tendant un bras faible en direction du serveur.
– Pour les femmes, c’est pas la peine de me sonner ; c’est pas mon meilleur terrain.
– Je m’en serai douté.
– Mais pour le boulot, c’est pas sorcier mon gars. T’as qu’à copier la famille. T’avais rien à foutre dans le bobinage, c’était une erreur. Et puis tu sais les choses, il faut s’en méfier. Passe encore les cordages, mais les bobines, les fils, et je ne te parle pas des bouchons, mieux vaut passer au large.
– Je sais, dit Joss.
– Il faut faire avec son hérédité. Copie la famille.
– Je ne peux plus être marin, dit Joss en s’énervant. Je suis tricard.
– Qui te parle de marin ? Il n’y a pas que le poisson dans la vie, nom de Dieu, manquerait plus que ça. J’étais marin, moi ?
Joss vida son verre et se concentra sur la question.
– Non, dit-il après quelques instants. Tu étais le Crieur. Depuis Concarneau jusqu’à Quimper, t’étais le Crieur de nouvelles.
– Ouais mon gars, et j’en suis fier. «Ar Bannour », j’étais le « Crieur ». Il n’y en avait pas de meilleur que moi sur la côte sud. Chaque jour que Dieu faisait, Ar Banneur entrait dans un nouveau village et à midi, il criait les nouvelles. Et je peux te dire qu’il y avait du monde qui m’attendait depuis l’aube. J’avais trente-sept villages sur mon territoire c’est pas rien, hein ? Ça fait du monde, hein ? Du monde qui vivait dans le monde et grâce à quoi ? Grâce aux nouvelles. Et grâce à qui ? À moi, Ar Bannour, le meilleur colporteur de nouvelles du Finistère. Ma voix portait de l’église jusqu’au lavoir et je savais tous les mots. Chacun dressait la tête pour m’entendre. Et ma voix elle apportait le monde, la vie, et c’était autre chose que du poisson, tu peux me croire.
– Ouais, dit Joss en se servant directement à la bouteille posée sur le comptoir.
– Le second empire, c’est moi qui l’ai couvert. Je suis allé chercher les nouvelles jusqu’à Nantes et je les ramenais à dos de cheval, fraîches comme la marée. La IIIe République, c’est moi qui l’ai criée sur toutes les grèves, tu aurais dû voir ce tintamarre. Et je ne te parle pas du bouillon local : les mariages, les morts, les engueulades, les objets trouvés, les enfants perdus, les sabots à refaire, c’est moi qui transportais tout ça. De village en village, on me remettait des nouvelles à lire. La déclaration d’amour de la fille de Pennmarch à un gars de Sainte-Marine, je m’en souviens encore. Un scandale de tous les diables suivi d’un assassinat.

Chez Philippe, le thème où la contrainte est « le temps qui passe »

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5 réflexions au sujet de « Pars vite et reviens tard – Fred Vargas »

  1. Je connais très bien ce titre, mais je ne sais pas si j’ai lu le roman. J’ai lu peu de Vargas jusqu’à présent. C’est une auteure qui n’est pas très populaire chez nous.
    Merci pour ta participation à mon challenge et bon dimanche.

  2. Ping : Je lis donc je suis – 2018 | La jument verte

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