Une femme invisible – Nathalie Piégay

 

Sur le site des Editions du rocher, j’ai appris que Nathalie Piégay est une spécialiste de la littérature française moderne et contemporaine en particulier de Louis Aragon. Dans ce livre, elle enquête sur la mère d’Aragon. A l’instant où j’écris ces quelques lignes j’apprends que ce livre est dans la deuxième sélection 2018 pour le Renaudot Essai. Pour ma part, j’ai lu ce livre comme un roman. De Louis Aragon je sais fort peu de choses, en fait j’ai juste lu « Aurélien » qui m’avait beaucoup plu.
C’est d’ailleurs ce qui m’a incité à choisir ce livre (plus la couverture que je trouve à la fois triste et intéressante).
Effectivement la vie de cette femme, Marguerite, a tout d’un roman : 1896, Marguerite tombe amoureuse d’un homme qui a 33 ans de plus qu’elle, un ami (marié) de son père. Ce qui est prévisible arrive rapidement : elle tombe enceinte. A cette époque il ne reste qu’une solution à une jeune fille de « bonne famille » : aller se cacher en province et faire adopter l’enfant. C’est là que Marguerite devient réellement très intéressante. Sous son air de ne pas se révolter, elle est quand même d’une volonté inflexible et refuse d’abandonner l’enfant : Elle réussit à garder Louis contre la volonté de sa mère. Pour y parvenir, elle est obligée de faire un compromis : elle invente une histoire – et c’est là toute la portée romanesque de la vie d’Aragon – elle invente un père à son enfant, elle invente une mère à son enfant et elle les fait mourir fort à propos dans un accident de la route puis sa mère Claire adopte l’enfant, donc Marguerite se retrouve être la sœur adoptive de son fils.
C’est bien sûr quelque chose qui est inimaginable maintenant mais ça explique aussi le nom qu’aura toute  sa vie Louis Aragon. Ce  n’est pas un pseudo choisi par l’auteur mais son nom de naissance (il n’aura jamais le nom de sa mère, ni celui de son père qui refusera toute sa vie de le reconnaître.)

C’est donc un secret de polichinelle (de tiroir) à l’intérieur de la famille que Louis n’est pas le fils adoptif de Claire mais le fils naturel de Marguerite, pourtant personne ne le dit : grandir dans une telle ambiance de non-dits a dû être terrible pour cet enfant.  Louis Aragon apprendra le « secret » de sa naissance en 1917 juste avant de partir dans les tranchées de la première guerre mondiale, comme Aurélien du livre éponyme.

C’est là un très beau portrait de femme, insaisissable, invisible, comme le dit Nathalie Piegay. Cette femme est morte pendant la deuxième guerre mondiale, au début des années 40, il reste très peu de témoignages de sa vie. Par contre, on suit en filigrane l’enfance de Louis Aragon, sa tentative ratée de devenir médecin puis son rapprochement avec le mouvement surréaliste et comment il va se mettre à écrire.
Ce livre m’a beaucoup plu dans un tout autre style que celui de Gaëlle Nohant sur Robert Desnos.

Cette Marguerite est une femme très ambiguë et très dure aussi à cerner : d’un côté elle semble d’une volonté inflexible pour garder son enfant et de l’autre côté elle est totalement soumise à sa mère avec qui elle vit (et qui lui mène une vie impossible comme pour la punir de cet enfant hors mariage), Marguerite  ne se mariera jamais : C’est également une histoire d’amour entre Marguerite et Louis Andrieux, le père de Louis Aragon, qui est marié et père de grands garçons..
On n’en apprend également beaucoup sur la famille de Marguerite, ses deux sœurs et le frère. Le père de Marguerite est parti quand elle avait 16 ans et elle reste profondément marquée de ce départ :  il est parti accusé de banqueroute et d’escroquerie et risque de finir en prison. Difficile avec le recul de dire si elle est réellement amoureuse de Louis Andrieux ou si elle cherche à remplacer  un père absent. En tout cas, elle lui restera dévouée jusqu’à sa mort à 90 ans. Louis Andrieux n’aura pas un mot pour elle ou pour son fils Louis dans son testament : quelle injustice ….

Une fois ce livre fermé je n’ai qu’une envie : lire « Les voyageurs de l’Impériale »  et certainement même d’autres livres d’Aragon.

 

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10 réflexions au sujet de « Une femme invisible – Nathalie Piégay »

  1. Je ne connais pas l’auteure, mais le livre me semble intéressant. Il pourrait me plaire.
    Je connais très peu Aragon : « il n’y a pas d’amour heureux, disait Aragon, amoureux ».
    Bonne soirée.

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