La débâcle – Emile Zola

Dans La débâcle, Zola le romancier laisse la place à Zola le journaliste. Il retranscrit à travers quelques hommes de la 106ème compagnie la guerre de la France de Napoléon III contre la Prusse de Guillaume Ier.

Nous voyons cette guerre (guerre ridicule mais quelle guerre ne l’est pas ?) à travers les yeux de Jean – paysan, la quarantaine réengagé volontaire car il se retrouve veuf à la mort de Françoise, sans famille et sans attache – et Maurice jeune homme, lui épris de justice et de liberté. Les deux hommes, après s’être heurtés du fait de leur différence de milieu, finissent par s’apprécier : la bataille pour eux se fait attendre et ils vivent six semaines d’attente, de marches très éprouvantes allant de Strasbourg à Paris puis Sedan, entendant le canon au loin sans combattre mais apprenant par bribes les défaites françaises. 

L’empereur apparaît de temps en temps, très diminué, et il finira par se rendre dans le bruit des canons en voyant le massacre de son armée en déroute. 

Les hommes sont faits prisonniers, Jean et Maurice doivent partir en captivité en Allemagne jusqu’à leur évasion durant le transfert. Durant cette période, il se sauvent plusieurs fois la vie et finissent presque « frères ».

Des personnages secondaires nous montrent la dure vie des civils dans cette guerre. Parmi les personnages féminins, j’ai apprécié  Henriette, la sœur jumelle de Maurice qui habite Sedan et qui, jeune veuve, travaille dans l’hôpital de fortune accueillant les soldats mutilés ; Silvine une jeune femme ayant eu avant la guerre un enfant, Charlot, avec un « prussien » qui passe d’une obéissance effrayante à une vengeance encore plus terrifiante… Gilberte, jeune femme volage, apporte un peu de gaité …infidèle à son mari mais fidèle à la France ….

Côté personnages masculins le père Fouchard, tour à tour, semble s’enrichir de cette débâcle en commerçant avec l’ennemi pour finalement se révéler plus patriote ; Prospère, le jeune homme parti en guerre en Afrique  revient au pays pour assister à cette boucherie et finit par déserter…

Blessé, Jean reste à la ferme du Père Fouchard avec Henriette, Silvine, Prosper et le petit Charlot. Ceux-ci le cachent des prussiens pour qu’il ne soit pas fait prisonnier. En parallèle, Maurice part rejoindre l’armée française à Paris et défend la capitale pendant un long siège. Cette expérience le fait changer et il finit par prendre faits et causes de la Commune en train de se former. Idéaliste il refuse l’avenir proposé par le gouvernement francais et se révolte.

Presque 600 pages de bruit et de fureur qui ont été pour ma part assez éprouvantes : penser à cette jeunesse que l’on envoie à la boucherie (qui sera bien pire en 1914 certes) ….Emile Zola mène à charge  contre le gouvernement incompétent de l’Empereur et de tous ces généraux. Convaincus de leur supériorité, ils ne voient pas qu’ils sont moins bien préparés que les prussiens et que la débâcle est inévitable…

 « L’Empire vieilli, acclamé encore au plébiscite, mais pourri à la base, ayant affaibli l’idée de patrie en détruisant la liberté, redevenu libéral trop tard et pour sa ruine, prêt à crouler dès qu’il ne satisferait plus les appétits de jouissances déchaînés par lui ; l’armée, certes, d’une admirable bravoure de race, toute chargée des lauriers de Crimée et d’Italie, seulement gâtée par le remplacement à prix d’argent, laissée dans sa routine de l’école d’Afrique, trop certaine de la victoire pour tenter le grand effort de la science nouvelle ; les généraux enfin, médiocres pour la plupart, dévorés de rivalités, quelques uns d’une ignorance stupéfiante, et l’empereur, souffrant et hésitant, trompé et se trompant, dans l’effroyable aventure qui commençait, où tous se jetaient en aveugles, sans préparation sérieuse, au milieu d’un effarement, d’une débandade de troupeau mené à l’abattoir »

Derrière la bataille, la sympathie fraternelle entre Jean et Maurice apporte de l’espoir … Qui fera long feu dans Paris aux prises de la guerre civile entre Communards et Versaillais … Mais le lecteur est prévenu …il lit du Zola ….

Lecture commune avec Patrice, Ingannmic et Claudialucia 

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23 réflexions au sujet de « La débâcle – Emile Zola »

  1. Il n’est pas prévu pour tout de suite étant donné que je les lis dans l’ordre, mais plus je me renseigne et plus je me dis qu’il doit être intéressant (vu la taille, il a intérêt ! ). C’est une bonne idée cette lecture commune sur un titre peu lu de Zola.

    • Bonjour Lilly
      C’est vrai que lire dans l’ordre c’est bien aussi ….
      Dans ce tome on retrouve un personnage Jean qui était présent dans « la terre  » (lu il y a très longtemps) . Jean est très sympathique dans ce tome de la débâcle et il m’avait paru insignifiant dans « La terre » il va donc falloir que je relise ….
      Bonne journée

  2. Du bruit et de la fureur, oui, c’est tout à fait cela. J’ai moi-même apprécié la grandiloquence avec laquelle s’exprime parfois l’auteur, dans son souci de « forcer » un peu le réalisme de son récit, et qui lui donne une dimension épique, en même temps que nous sommes plongés dans la trivialité de la guerre et du quotidien du front, avec ses privations.

    • Oui c’est à la fois une épopée et un roman si réaliste ….
      Le côté « un peu forcé  » des retrouvailles de Jean et Maurice sur les barricades m’a un tout petit peu « gênée » à un moment….mais c’est un très grand livre ….
      Bonne journée Ingannmic 🙂

  3. Ah, et tu ne l’avais sans doute pas vu, mais Patrice, du blog « Et si on bouquinait un peu » s’est joint à nous pour cette LC… bon début de semaine, et je suis partante pour continuer avec Zola, même si ce n’est pas pour tout de suite (je n’ai jamais lu par exemple Germinal, La bête humaine, Pot-bouille, L’oeuvre, La faute de l’abbé Mouret…)

    • Merci de m’avoir signalé la participation de Patrice, j’avais noté puis oublié 😦
      Sinon je suis partante pour une lecture de « la faute de l’abbé Mouret » …en juillet ?

  4. Ping : Emile Zola – La Débâcle – Et si on bouquinait un peu ?

  5. Je ne lis pas ce genre de livre, tu t’en doutes, mais je ne savais pas que Zola avait fait ce genre de récit, même si ceci-dit, ça colle bien avec le peu que je sais du personnage et des thématiques qu’il a abordées.

  6. Et oui, le lecteur est prévenu ! Encore un Zola ! Et si le début m’a paru un peu fastidieux avec les ordres contradictoires des officiers, les avancées pour mieux reculer, les attentes interminables (mais c’est ce qu’éprouvent les soldats eux-mêmes), la suite est du grand Zola et la vision de la guerre est absolument effroyable.

    • Bonjour Claudia Lucia

      Un lecteur qui ouvre un Zola sait à quoi s’attendre normalement 🙂
      Quelles choses effroyables que ces guerres …. La recherche de Silvine de son amour mort sur le champ de bataille m’a beaucoup émue ….
      J’ai essayé de commenter ton billet sur ton blog hier matin sans succès …je réessaye dans la journee
      Bisessss

  7. C’est un de ceux que je n’ai pas lu, même si j’ai les oeuvres complètes dans ma bibliothèque. 😦
    Il faut que je m’y mette. 🙂

  8. Ping : Envie d’une lecture commune ? – Et si on bouquinait un peu ?

  9. Ping : Emile Zola – La Terre – Et si on bouquinait un peu ?

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