La nuit sous le pont de pierre – Leo Perutz

Rodolphe II, l’empereur romain, avait été accablé durant la nuit par des rêves dans lequel son frère Mathias, l’archiduc d’Autriche, qui avait pris l’apparence d’un sanglier, le poursuivait et le menaçait. Lorsqu’il s’était éveillé, la peur et le désespoir qu’il avait ressentis dans ses rêves et qu’il ne parvenait pas à effacer de son cœur s’ajoutèrent à la mélancolie qui emplissait toujours son âme. Cervenka, le deuxième valet de chambre, qui était de service ce matin là,  savait ce qui pouvait améliorer un peu l’humeur de son maître. Il fit avancer sous les fenêtres de l’empereur les chevaux espagnols et italiens de Sa Majesté. La vue de ces animaux si beaux et si fiers réjouissait l’empereur. Bien qu’il fût encore en chemise de nuit, il ouvrit la fenêtre sans prendre garde au vent âpre, qui s’engouffra alors dans la pièce. Il se pencha au dehors et appela successivement tous les chevaux par leur nom : « Diego ! Brusco ! Adelante ! Carvuccio ! Conde ! » Et chacun des chevaux qu’il appelait levait la tête et hennissait bruyamment. Mais la mélancolie n’abandonna pas pour autant le cœur de l’empereur.

La nuit sous le pont de pierre – Leo Perutz

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