Rien ne s’oppose à la nuit – Delphine de Vigan

J’étais entrée en troisième dans le collège de la rue Milton, auquel je me rendais par le bus. Loin de Tadrina et de notre complicité enfantine, l’adolescence m’apparaissait comme un véritable chemin de croix : je portais un appareil dentaire que mes cousins appelaient la centrale nucléaire, j’avais des cheveux frisés impossibles à discipliner, des seins minuscules et des cuisses de mouche, je rougissais dès que l’on m’adressait la parole et ne dormais pas de la nuit à l’idée de devoir réciter une poésie ou présenter un exposé devant la classe. Dans cet environnement parisien qui m’intimidait  tant, afin de me donner une contenance, je m’inventai un personnage de jeune fille triste et solitaire, rongée par un drame secret, et refusai toute invitation susceptible de me distraire de mon tourment. Manon, qui était en CM1 dans une école du quartier et dont la plupart des amies étaient juives, prétendit qu’elle l’était aussi, s’inventa des fêtes religieuses et d’intenses prières. Pour expliquer la forme de son visage (large et lisse, à la Faye Dunaway), Manon raconta à qui voulait l’entendre ce jour où, galopant à grande vitesse sur un cheval indocile, elle avait percuté un arbre.

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Rien ne s’oppose à la nuit – Delphine de Vigan

 

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17 réflexions au sujet de « Rien ne s’oppose à la nuit – Delphine de Vigan »

    • Tiens je crois que No et moi est le premier livre que j’ai lu de Delphine de Vigan
      Je me rappelle très bien ce livre … Étrange comment fonctionne la mémoire …
      Bonne journée Laurence

  1. j’ai lu d’elle : « D’après une histoire vraie ». Je suis allée le dénicher dans ma bibliothèque mais il a fallu que je lise quelques pages de ce roman pour m’en souvenir. Elle parlait déjà d’elle comme d’une petite fille tourmentée, timide et introvertie. Peut-être faudra-t-il que je le relise ?
    pour l’heure, je me passionne pour un roman que m’a offert une de mes cousines de passage en Béarn : L’étrange disparition d’Esme Lennox (Maggie O’Farrell).
    Bisous Valentyne, merci pour ton passage motorisé et néanmoins musical ! 😀

          • Tiens, il faudrait que j’en donne quelques-uns. Il y a aussi une boîte à livres dans mon village. J’ai regardé l’autre jour, ceux qui alimentent cette boite ne sont pas généreux. De vieux livres et pas intéressants. Aucune envie d’aller y piocher. J’ai dans deux bibliothèques dans ma maison. Une en haut, une en bas. Plus d’un millier de livres, alors inutile de te dire que je ne sais plus trop de quoi parlent certains ! Chaque fois que je monte faire la poussière au premier étage et que je m’attarde à les regarder, tu peux être sure que le ménage n’avance plus beaucoup ! 😀tant pis pour la poussière ! Mais je vais penser à approvisionner la boîte à livres. J’y pense et puis…j’oublie ! Par contre, je ne pourrais me séparer de certains de mes chéris. Ça non ! Même pour faire une bonne action. C’est moche, hein ? Bisous

  2. Ping : Je lis donc je suis – 2018 | La jument verte

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