Ce que je sais de Vera Candida – Véronique Ovaldé

À partir de ses cinq ans et jusqu’à son départ de l’île, Vera Candida vécut avec sa grand-mère Rose. Celle-ci l’avait récupérée la fois où elle s’était rendu compte que, non contente de ne pas avoir alimenté sa fille pendant trois jours, Violette ne l’avait pas non plus transportée chez le docteur de Vatapuna alors que l’enfant avait une fièvre de jument. 

Ce jour là, Rose Bustamente était entrée chez Violette pour lui apporter quelques papayes et du linge lavé repassé. Elle avait demandé à voir la petite et Violette qui se peignait les ongles en louchant lui avait fait un signe évasif du menton vers la chambre qu’elle partageait avec sa fille, Je ne sais pas ce qu’elle a, elle dort tout le temps. Rose avait soulevé le rideau qui séparait les deux pièces et vu le tout petit corps de la fillette sur la paillasse. Il lui avait semblé mou et démantibulé. Elle avait aussitôt pensé que l’enfant était morte.

Tu l’as laissée mourir, gueula-t-elle en se précipitant pour s’agenouiller devant le corps de la fillette. Là elle put voir, pendant que Violette se levait et les regardait en reniflant depuis l’embrasure et en sautillant sur ses deux jolis pieds, que la petite était toujours en vie mais bien mal en point. Son visage avait pris une couleur rouge qu’on ne voit que chez les fleurs, elle avait perdu connaissance et sous son oreille droite un abcès gros comme un poing de bébé pulsait son venin à travers la peau fine. Rose sentit la colère la submerger, elle se débarrassa de ses papayes et du linge propre et plié qu’elle n’avait pas lâchés, elle attrapa l’enfant dans ses bras (c’était comme de soulever un oiseau, la chair n’avait pas l’air d’être attachée aux os), elle se releva et passa devant la mère figée, prononçant entre ses dents pour contenir sa rage, mais assez distinctement pour que Violette pût l’entendre depuis le drôle d’endroit où visiblement elle vivait retranchée :

Et surtout, Violette Bustamante, ne reviens jamais me réclamer ta fille.

Violette les regarda sortir et ne bougea pas d’un pouce, inerte comme un tombeau.

Rose emmena la petite chez le docteur Laskar, celui-ci perça l’abcès, garda la fillette quelques jours et lui administra des doses de médicaments qu’il réservait en général aux forestiers du coin qui pesaient un quintal et demi. Il finit par la rendre à sa grand-mère, encore faiblarde mais bien en vie. Il informa Rose Bustamente que la petite portait sur son buste et ses cuisses des traces de griffures, des cicatrices et des bleus qu’elle n’avait pu se faire seule en jouant dans la courette de chez sa mère. Rose hocha la tête, devina la façon dont Violette devait parfois envoyer valdinguer la petite et se dit que la décision qu’elle prenait était assurément la plus juste.

Ce fut ainsi que Vera Candida s’installa chez sa grand-mère dans la cabane devant l’océan, ce qui fait la meilleure chose qui lui arrive jusqu’à son départ de Vatapuna.

Ce que je sais de Vera Candida – Véronique Ovaldé

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