Et ils oublieront la colère – Elsa Marpeau

Un démarrage sur les chapeaux de roue (enfin plutôt une course poursuite très bien menée) pour le premier chapitre. 1944, Marianne essaie d’échapper à une meute d’hommes (et de femmes) qui veulent la tondre pour « collaboration horizontale « . La fin du premier chapitre est pleine de suspense, tout est possible …

Puis Elsa Marpeau nous emmène en 2015 où la jeune gendarme Garance Calderon mène l’enquête sur le meurtre d’un prof d’histoire qui « enquêtait » justement sur cette pratique de tondre les femmes ayant « collaboré » avec l’ennemi (en France entre 1943 et 1945, et ailleurs).

L’action se passe majoritairement en 2015 avec quelques aller-retours en 1942, 43 et 44. On apprend à connaître Marianne, sa sœur Colette et son frère Paul ainsi que les difficultés de la « libération » ou chacun cherche à tirer son épingle du jeu (à échapper à l’exécution pour certains), l’amour n’est pas où l’on croit, le courage non plus….

Côté 2015, le prof est confronté avant sa mort à des adolescents qui nient l’existence de l’holocauste…Il cherche à savoir comment Marianne a pu disparaître en 1944, ainsi que son « boche »….L’auteur nous présente également Christophe, le fils de Paul, ainsi que ses trois enfants, chaque personnage a un côté sombre et est énigmatique…

Voici un livre qui se lit d’une traite, il y a quelques incohérences dans cette histoire mais cela n’a pas nuit pour ma part à l’intérêt de l’histoire. L’enquêtrice est convaincante (y compris quand elle repense à son enfance), les suspects sont crédibles et la fin m’a bluffée alors qu’il y ait trois-quatre incohérences, ce n’est pas bien grave n’est ce pas ? 

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Incipit :

L’Hermitage, 24 août 1944

Marianne court sur la route de l’Ecarris. Ses pieds la font souffrir, des poumons la brûlent. Derrière elle gronde la rumeur de la foule à ses trousses. Ils sont une vingtaine, peut-être davantage. Au début, ils étaient plus nombreux mais certains, les gamins les plus jeunes, les vieilles, les mères avec leur bébé, ont fini par battre en retraite. La plupart de ces gens connaissent Marianne, au moins de vue, mais leur acharnement en est décuplé. Elle revoit leurs visages enflammés par la haine. Leurs gueules ouvertes, prête à mordre. Leurs hurlements de bêtes. Ces cris de la meute, quand elle s’embrase. Une rancœur du fonds des âges, du fonds des tripes. 

Ils rugissent et elle fuit. Heureusement elle est solide. Endurante à l’effort. A la peine. Dans sa course effrénée , elle perd une chaussure. Cette fraction de seconde peut lui coûter sa superbe, et bien davantage – leur rêve de départ, leur voyage au bout du monde, là où leur amour ne sera plus interdit. Alors, même si elle manque de se tordre la cheville, elle se rétablit et court de plus belle, l’un de ces pieds désormais nu. Ce moment de défaillance a permis à ses assaillants de se rapprocher. Ils la talonnent. Ils vont la toucher. L’agripper. La tordre. Heureusement qu’ils vomissent leur amertume, cela leur fait perdre du temps. Ils s’essoufflent, la colère les consume. 

Son pied nu se heurte contre une pierre. Elle ravale un sanglot. Elle ne leur donnera rien. Ni sa fierté ni sa toison . Si elle se demandait pourquoi elle court, elle s’arrêterait sans doute. Elle les laisserait venir et se jeter sur elle. Elle les laisserait la saisir et la tondre. 

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Le mois du polar est chez Sharon 

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9 réflexions au sujet de « Et ils oublieront la colère – Elsa Marpeau »

  1. Ping : Le mois du polar 2018, c’est parti et c’est ici ! | deslivresetsharon

  2. Je n’ai jamais rien lu de cet auteur… mais j’aime le titre et ce que tu en dis.
    Merci pour la découverte, Val.
    Passe une douce journée.

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