Ils vont tuer Robert Kennedy – Marc Dugain

LC avec Edualc 

Quand la petite histoire se mêle à la grande…..

 

Un sexagénaire, prof d’histoire à l’Université retourne sur les lieux de son enfance, avec Lorna son ancienne étudiante et compagne actuelle.

On apprend dans le premier chapitre qu’il a été très heureux jusqu’au moment il y a eu un drame familial. Le lecteur connaitra ce drame bien plus tard et Marc Dugain nous prend par la main alternant les chapitres sur la vie de ce professeur d’université (nommé O’ Dugain, son presque double ?)  avec des chapitres sur la vie de John Fitzgerald Kennedy et de son frère Robert.

Côté famille du narrateur : Le père du narrateur, psychiatre soignant les anciens déportés par l’hypnose est très distant, limite indifférent, sa grand-mère est juive et  a survécu en France à la guerre de 40 et sa mère est irlandaise et reste plus dans l’ombre. Son père et sa grand mère ont dû quitter la France au début des années 50 pour le Canada et ils ne parlent quasiment jamais de cette époque…L’assassinat de JF Kennedy en 63, quand le narrateur a  9 ans, le marque énormément.

Le narrateur, qui a seize ans à la mort de sa mère et dix-sept à la mort de son père (deux suicides étant la version officielle), est persuadé que la mort de ses parents est en lien avec celle de Robert Kennedy. C’est là qu’a résidé tout l’intérêt de ce livre pour moi : au-delà de l’enquête qu’il mène, j’ai essayé de faire la part des choses entre les évènements historiques relatés et les interprétations de ce professeur ; passionnant et quasiment impossible, je ne sais absolument pas quelle part d’invention et de réalité sont présentes dans ce roman où j’ai appris énormément de faits sur les deux Kennedy.

A un moment, on trouve l’auteur sensé et convaincant et deux pages après on a l’impression de se retrouver dans la peau d’un paranoïaque de la plus belle sorte…

En conclusion : intéressant et déstabilisant…..

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Trois extraits :

 

En fait, une curieuse prémonition m’avait amené à penser, quelque part dans un coin de mon esprit, que la mort de mes deux parents était liée à celle des Kennedy. Cette prémonition, que l’on pourrait tout aussi bien considérer comme une illumination, datait de mon adolescence, et c’est elle qui m’avait orienté vers des études d’histoire contemporaine où je m’étais spécialisé dans « la passion Kennedy », titre de mes travaux. « Passion » s’entendait comme le martyre des deux frères.

 

* *

L’Amérique est alors le pays qui exerce la plus grande pression sur les individus quant à la réussite. Au-delà du bien et du mal, on sépare les gagnants et les perdants. C’est dans ce terreau de réprouvés que se dessinent ces destins de tueurs solitaires les plus nombreux du monde.

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La contre-culture a compris très vite que ce mouvement, miné par la drogue et les bonnes intentions, qui vendait de l’amour à crédit, allait se fracasser sur la réalité, celle d’un monde poussé par la force irrésistible de l’appropriation. La dimension spirituelle de notre mouvement était empruntée à la brocante de l’esprit amérindien, à des philosophies d’Extrême-Orient qui, à l’usage, n’avaient pas eu de meilleur effet sur les instincts primaires des individus. De cette pause de quelques années dans la course à l’accumulation et à la prédation, il restera, pour ceux qui ont survécu au voyage psychédélique, une impressionnante créativité musicale, cinématographique et, surtout, une libération sans précédent de la condition féminine.

 

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