J’étais derrière toi – Nicolas Fargues

 

Un roman étrange.  Le narrateur est un homme, trentenaire, marié, deux enfants. Au début je l’ai trouvé égoïste et « à baffer ». Il a « failli » tromper sa femme, lui avoue sa demi-trahison, lui dit qu’il la quitte pour se rétracter 20 minutes après.

Un mufle quoi !

Et puis sa femme (on n’aura pas sa vision des choses) se venge de la presque adultère. C’est l’escalade dans leur rapports, scènes, crise de larmes, coups, masochisme et déchirements..

Pour faire le point, le narrateur part un week-end en Italie avec son père et sa belle-mère. En Italie il rencontre Alice qui lui fait des avances.

En Italie le narrateur ne m’agace plus il m’est même presque sympathique, et puis sa femme, si ce qu’il dit est vrai est « gratinée », pas étonnant qu’il ait besoin d’air et d’aventures…

Le style est un style plus « parler » qu’« écrit » comme une longue confession qu’il adresse à un ami. Ce style m’a un peu gênée au début mais il n’en est que plus réel. Le premier agacement passé, ce livre m’a beaucoup plu, avec ce narrateur plein de contradictions et de sensibilité.

 

Un extrait :

Je pense que je suis trop sensible. Je pense que je suis trop orgueilleux. Je pense que l’orgueil et la sensibilité ont fait de moi un salaud. Je pense que, tout compte fait, je n’ai pas supporté d’être trompé. Je pense qu’il ne faut pas que j’oublie que, dans toute cette histoire, c’est moi qui ai porté le premier coup, le pire. Mais je pense aussi que premier coup pas, tout ce qui est arrivé devait arriver. Je pense que je me suis sauvé la vie. Lorsque l’image d’Alex me vient à l’esprit  je procède à d’énormes efforts d’autosuggestion : non, tu ne peux et ne doit pas te sentir  responsable d’elle. Je me rends compte que le bon sens et la logique n’y font rien : une si longue et si forte relation surpasse tous les refuges de la rationalité et de l’évidence : je suis coupable. Je n’avais pas le droit de faire une chose pareille. Pas après nous être tant aimés avec Alex. Nous nous étions fait trop de promesses, notre union était une telle évidence, j’ai ni plus ni moins brisé un pacte sacré de confiance. Je pense que cela me tue d’avoir renoncé à Alex après l’avoir tant aimée. Je me demande avec effroi si je l’aime encore. Je pense aussi que toute cette histoire peut se résumer à une constatation simple : Alex, ses exigences, son caractère, c’était trop pour moi. Que je n’étais pas celui qui lui fallait, que j’ai voulu essayer de tout mon être. Que, au bout du compte, je n’ai pas été à la hauteur et puis que j’ai fini par jeter l’éponge, point à la ligne. Qu’on ne peut pas vivre avec une femme qu’on craint trop, qu’on redoute jusque dans le lit. Que la vie n’est pas faite pour cela. Je pense que l’on s’est connu très jeunes et que nous avons payé au prix fort, l’un comme l’autre, notre inexpérience de la vie. Je pense à la belle formule d’un ami, dans sa lettre récente : « Votre couple, c’était un peu l’alliance d’un alezan  et d’une lionne, duo splendide ô combien !, mais attelage imprévisible et imprévoyant. » Je pense : Erreur de casting.

 

 

La contrainte chez Philippe est « verbe être » pour cette 35ème session

Publicités

Virginie Despentes – Vernon Subutex – tome 1 

Il avait faim, il s’était fait des œufs au plat, le coin cuisine était infesté de cafards, Lydia leur donnait des surnoms. Elle était d’une nature curieuse, elle posait beaucoup de questions et savait donner l’impression d’écouter. Elle avait trouvé naturel qu’il s’installe dans un coin de l’appartement.

Il l’avait écouté parler de son projet de livre. Elle avait la verve de ceux qui ne réussissent pas à le mettre leur projet en route. Il avait connu tant de gens qui lui avaient parlé du livre qu’ils allaient écrire, accoudés au comptoir de son magasin – il savait reconnaître cette logorrhée ardente, qui tient lieu de mise en action. Elle avait pour ambition d’écrire quelque chose de bien. C’est toujours un problème. Ce n’est pas parce qu’on se dit « je vais dessiner un pur-sang au galop » qu’on y parvient. Le plus probable est qu’on finisse par gribouiller un machin qui ressemble à un rat écrasé. La gamine voulait faire un livre qui serait comme une cathédrale en plein ciel, elle ne réussirait probablement qu’à délivrer un cabanon en contreplaqué.

.

Virginie Despentes – Vernon Subutex – tome 1 

Police – Jo Nesbo

– C’est Katrine Bratt

– Katrine ! Cela faisait longtemps. Qu’est-ce que tu fais ?

– Je regarde la télé. Et toi ?

– Je me fais massacrer au Monopoly par la petite. Et je me console en mangeant une pizza.

Katrine réfléchit. Quel âge avait donc la gamine, aujourd’hui ? En tout cas, elle était assez grande pour mettre une pile à sa mère au Monopoly. Encore un rappel que le temps passe à une vitesse effrayante. Katrine faillit dire qu’elle se consolait en mangeant des têtes de morue dans son coin, mais se retint en pensant que c’était un tel cliché de fille sans mec, cette façon de parler auto-ironique, quasi déprimée, que l’on s’attendait à trouver dans la bouche des jeunes nanas célibataires, alors qu’en vérité elle n’était pas sûre de pouvoir vivre sans sa liberté. Au fil des ans, elle s’était dit plusieurs fois qu’elle devrait contacter Beate, juste pour causer. Comme elle le faisait avec Harry. Elle et Beate étaient toutes les deux policières, sans mari, leurs pères avaient été policiers, elles possédaient une intelligence bien au-dessus de la moyenne, elles étaient des réalistes, sans illusions, et ne souhaitaient même pas un prince avec son cheval blanc. Sauf si, peut-être, l’animal les conduisait où elles voulaient.

.

Police –  Jo Nesbo

 

 

Le troupeau aveugle

Ecrit en 1972, ce roman d’anticipation n’est pas loin de la réalité presque cinquante ans plus tard. Le monde est pollué, au-delà du tenable, les personnes sont malades (pas de la peste mais pas loin)

Il faut des bouteilles à oxygène pour traverser certaines rues, la mer méditerranée est une mer morte, quelques idéalistes essaient de vivre plus sainement en faisant pousser leurs légumes bios mais sont pourchassés par des multinationales avides de profits…bref un livre dérangeant …quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?

Un livre très dense, où on assiste à des émeutes, plus loin on comprend qui est derrière tout cela : alors volonté de nuire ou inconscience ?  c’est la loi du chacun pour soi dans un monde qui se délite.

Les narrateurs sont multiples : journalistes, médecins, femmes au foyer, Austin Train un militant qui a prédit la catastrophe depuis longtemps, des témoignages de survivants d’un monde qui court à sa perte.

Glaçant….

 

* * 

Quelques extraits :

 

Kitty Walsh ? Asseyez-vous. J’ai de mauvaises nouvelles, mais j’ai bien peur que vous ne soyez pas la seule fautive. Vous n’auriez jamais dû garder ça si longtemps. Vous avez une salpingite aiguë, (c’est à dire une inflammation des trompes de Fallope, des ovaires jusqu’à l’utérus). Vous ne pourrez jamais avoir de bébé.”

– “Vous appelez cela une mauvaise nouvelle ? Qui voudrait faire venir un bébé dans ce monde pourri ?”

* *

-“Mman” fit le petit garçon d’une voix sérieuse,

– “Je te déteste.”
Et il lui enfonça dans le ventre le couteau du boucher qu’il avait apporté.

 

 

 

Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Livre recommandé par Mo