Police – Jo Nesbo

– C’est Katrine Bratt

– Katrine ! Cela faisait longtemps. Qu’est-ce que tu fais ?

– Je regarde la télé. Et toi ?

– Je me fais massacrer au Monopoly par la petite. Et je me console en mangeant une pizza.

Katrine réfléchit. Quel âge avait donc la gamine, aujourd’hui ? En tout cas, elle était assez grande pour mettre une pile à sa mère au Monopoly. Encore un rappel que le temps passe à une vitesse effrayante. Katrine faillit dire qu’elle se consolait en mangeant des têtes de morue dans son coin, mais se retint en pensant que c’était un tel cliché de fille sans mec, cette façon de parler auto-ironique, quasi déprimée, que l’on s’attendait à trouver dans la bouche des jeunes nanas célibataires, alors qu’en vérité elle n’était pas sûre de pouvoir vivre sans sa liberté. Au fil des ans, elle s’était dit plusieurs fois qu’elle devrait contacter Beate, juste pour causer. Comme elle le faisait avec Harry. Elle et Beate étaient toutes les deux policières, sans mari, leurs pères avaient été policiers, elles possédaient une intelligence bien au-dessus de la moyenne, elles étaient des réalistes, sans illusions, et ne souhaitaient même pas un prince avec son cheval blanc. Sauf si, peut-être, l’animal les conduisait où elles voulaient.

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Police –  Jo Nesbo