Légende d’un dormeur éveillé – Gaëlle Nohant

Les jours suivants, Robert découvre le grenier de Jean-Louis Barrault, ce théâtre où l’on vit et dort sur des matelas à même le sol. Ce phalanstère bohème a un charme fou, on y respire l’odeur du théâtre, la passion de jouer, l’énergie qui circule entre les corps. Jean-Louis dirige les acteurs avec un respect bienveillant, une exigence précise. C’est un perfectionniste. Il s’est réservé le rôle de Jewel, le bâtard qui a une passion pour son cheval. Sur la scène, il incarne à la fois l’homme et le cheval en un mime si convaincant qu’il parvient à donner une personnalité distincte au personnage et à l’animal. Robert n’en revient pas. À la pause, Jean-Louis descend les marches avec l’allure d’un faune torse nu et échevelé. Souriant de son enthousiasme, il lui répond après avoir avalé deux grands verres d’eau :

– Je rêvais de ça. Incarner à la fois l’homme et le cheval et pouvoir les montrer traversant un gué, être l’Etre et l’Espace. L’acteur doit être un instrument complet. Tu sais le plus beau compliment que j’ai reçu ? Un jour où je travaillais le cheval, seul sur la scène du Théâtre de l’Atelier, les femmes de ménage nettoyaient la salle. Une d’entre elle m’interpelle et me dit : « Hep, jeune homme ! Je voudrais bien savoir ce que vous faites comme ça, tous les matins, sur ce cheval ? »  (page 208)

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Légende d’un dormeur éveillé – Gaëlle Nohant