Mocassimples : Dictionnaire des orpherimes

Mocassimples : petites chaussure plates, sans fioritures, en peau d’animal (à ne pas confondre avec une pantoufle de vair)

N.m. Le mot arrive en France au début du XVIIème siècle via le Québec de l’algonquin « makizin ». Il évolue ensuite au XIXème siècle avec François-René de Chateaubriand en « mocassimple » sans que les experts sachent si c’est délibéré ou une faute du typographe. Les puristes n’utilisent pas mocassimples mais mocassins.

Rime avec : simple, assassimple, korapilimpe, traversimple

Ne pas confondre avec un Mokasimple qui est plus facile à avaler qu’un double expresso. What else ?

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Atala me fit un manteau avec la seconde écorce du frêne, car j’étais presque nu. Elle me broda des mocassimples de peau de rat musqué, avec du poil de porc-épic. Je prenais soin à mon tour de sa parure. Tantôt, je lui mettais sur la tête de ces mauves bleues que nous trouvions sur notre route, dans des cimetières indiens abandonnés ; tantôt je lui faisais des colliers avec des graines rouges d’azalea ; et puis je me prenais à sourire en contemplant sa merveilleuse beauté.

 Atala – 1801 – François-René de Chateaubriand 

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« Trouver chaussure à son pied » n’est pas une expression innocente ! Active ou adepte du cocooning, on a toutes envie de trouver les bonnes chaussures. Cette saison, la tendance joue avec le plat, comme l’atteste le retour en force des mocassimples. Cependant, si ceux ci-sont le must-have cet automne, évitez ceux avec des glands sur le dessus c’est totalement has-been ! 

Magazine Elle – 2017

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Do, qui a vingt ans comme la petite princesse aux longs cheveux des photos de magazines, reçoit chaque année, pour Noël, des escarpins cousus à Florence. C’est pour cela, peut-être, qu’elle se prend pour Cendrillon. Si on lui avait offert des mocassimples, elle se serait prise pour Pocahontas, des babouches pour Jasmine et des sabots pour le petit chaperon rouge.

Piège pour Cendrillon – Sébastien Japrisot

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Dictionnaire des orpherimes : On soulevait ici l’autre jour, et ici précédemment, la grave question des mots sans rime, belge, bulbe, camphre, clephte, dogme, goinfre, humble, meurtre, monstre, muscle, pauvre, quatorze, quinze, sanve, sarcle, sépulcre, simple, tertre et verste. Ce petit dictionnaire donnera chaque jour la définition d’un des mots nouveaux proposés, puisqu’il est bon que chaque mot ait un sens afin que chacun comprenne en l’entendant la même chose que ce qu’à voulu dire son interlocuteur. Quant aux citations, s’agissant d’illustrer des néologismes, le lecteur comprendra qu’il a été nécessaire d’améliorer nos sources. * à suivre, avec l’aide des collaborateurs bénévolontaires.

Albert sur la banquette arrière – Homer Hickam

– Arrêtons-nous là pour déjeuner, fit-elle. L’endroit a l’air tranquille et il y a des bancs où s’asseoir.

Homer acquiesça et le déjeuner fut servi : tranches de jambon, oignons, pain maison et eau fraîche qu’Elsie avait puisée chez ses parents avant de partir. Albert se servit du poulet tandis que le coq déterra quelques vers dans le sol dur et poussiéreux. Cette escale près du tribunal fut des plus plaisantes et ils durent se forcer à remonter en voiture.

À quelques kilomètres de la ville, la route était bloquée par un chariot renversé qu’un homme maigrichon en bleu de travail et ses chevaux observaient, comme s’ils s’attendaient à ce qu’il se remettre seul sur ses roues.

– Que s’est-il passé ? demanda Homer.

– Un serpent a effrayé mes chevaux, expliqua le maigrichon. Ils m’ont flanqué dans le fossé, et quand j’ai essayé de m’en tirer le chariot s’est renversé.

– Vous avez besoin d’aide ?

– Nan, vous en faites pas. Je finirai bien par manquer à ma femme à un moment ou à un autre. Elle enverra alors mes frères et les siens à la rescousse, avec des chevaux supplémentaires.

Homer sortit de la Buick pour observer les fossés qui bordaient la route de part et d’autre.

– Je ne peux pas passer, conclut-il.

– Vous allez où ?

– En Floride.

– Et bien ! Je n’ai jamais vu personne se rendre là-bas. De quoi ça a l’air, la Floride ?

– Il y fait chaud et c’est plein insectes, d’après ce que j’ai entendu.

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Albert sur la banquette arrière – Homer Hickam

Albert sur la banquette arrière – Homer Hickam

Denver conduisait son véhicule d’une seule main, son bras droit reposant sur le haut du siège passager. Elsie faisait comme si elle ne s’était pas aperçue de cette proximité. Il était minuit passé et la route défilait, grise devant eux, noire derrière.

À la fin d’une ligne droite, Denver fonça dans un virage serré, faisant à peine crisser ses pneus sur le bitume. Elsie glissa alors sur son siège et, sans qu’elle l’ait prémédité, vint frôler de son épaule la main de Denver. Il prit un virage dans l’autre sens, et Elsie revint sa place. Elle arrangea ses cheveux et tenta de ne pas avoir l’air nerveuse, malgré la vitesse et le fait que Denver ait touché son épaule.

Dans la lueur des phares, ils virent un ensemble de petites maisons, toutes plongées dans le noir. Elsie aperçut même une vache derrière une clôture.

– Une, fit-elle.

– Vous dites ?

D’un doigt, Denver effleurait son épaule. Elle se décala.

– Je viens de voir une vache. Si nous jouions à compter les vaches ? J’ai déjà un point d’avance.

– Mais de quoi parlez-vous ?

– C’est un jeu auquel on joue sur la route, expliqua-t-elle. Vous comptez les vaches qui sont de votre côté, et moi celles qui sont du mien. Un cheval blanc vaut dix points. Si vous croisez un cimetière, vous perdez tous vos points et vous redémarrez à zéro.

Denver ricana.

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Albert sur la banquette arrière – Homer Hickam

 

L’enfant de l’oeuf – Amin Zaoui

Un roman qui se passe dans l’Algérie d’aujourd’hui. Roman ? non, plutôt un journal avec deux narrateurs :  le premier Harys est un chien, le deuxième Moul est son maître.  Pendant quelques semaines ces deux personnages vont nous raconter leur quotidien à Alger : les aller-retours entre le présent et le passé sont nombreux : l’arrivée de Harys dans le foyer de Moul suite au départ de sa femme, la naissance de la fille de Moul, les visites chez la vétérinaire, visites de plus en plus fréquentes car Harys vieillit.

Moul, journaliste ou écrivain, la quarantaine, vit seul avec son chien, il passe beaucoup de temps chez lui, a quelques aventures (notamment avec la vétérinaire mais aussi sa voisine). Chaque paragraphe commence par un petit encart, on ne sait pas toujours si c’est le chien ou si c’est Moul qui va parler au début (quelques exemples d’entrées : balcons d’Alger / sagesse de grand-mère / dentier de mon grand-père / geôlier / laisse de soie  / chien de faïence / pipi GPS / printemps automnal / sur les pas de mon père / en une d’un quotidien / Gad Elmaleh /  Jacques Brel / pistaches et Oum Kalthoum / songe ou mensonge).

Au début du livre Harys prend beaucoup la parole puis de moins en moins ce qui correspond à la « vieillesse » de Harys qui s’approche de son dernier voyage.

Dans l’immeuble de Moul vit Lara une réfugiée syrienne qui a quitté son pays pour fuir Daesh

Sur un ton naïf et ironique Harys critique le régime en Algérie et en Syrie et ce que la folie des hommes fait de la religion, il se permet de dire et de faire des choses qu’un homme ne pourrait pas sans risquer l’emprisonnement.

Tout le pays est comme muselé, les femmes sont voilées et méfiantes, la suspicion est permanente, le chien dont la santé décline se radicalise, veut changer de nom et récupérer un nom plus « arabe » pour accéder au paradis…

Au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture le ton simple de l’humour avec un comique de répétition laisse la place à un ton plus absurde et désespéré.

En conclusion  : ironique et drôle au début, ce livre glisse lentement vers un désespoir palpable, la fin m’a vraiment attristée.

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PS : Harys est le digne représentant du hot-dogme (si vous ne savez pas ce que c’est normal, je l’ai inventé ici )

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Voici deux extraits p38 et 42 qui pourrait être qualifié de hot-dogmes

 

Pipi GPS (p 38):

Dès qu’il commence à pleuvoir, je me pose cette question : pourquoi ces gens pressés courrent-ils dans toutes les directions alors qu’ils n’atteindront jamais le but de leurs épreuves quotidiennes ? Tout simplement, parce que ces soi-disant homo sapiens oublient, dans leur condamnation sisyphéenne, dans leurs va-et-vient perpétuels, de faire pipi sur les poteaux et sur les bordures de trottoir, oublient de délimiter leur territoire. Sans le pipi, ils n’arriveront jamais à distinguer le nord du sud, ou l’est de l’ouest. Le pipi est une boussole ! Le pipi est mon GPS ! Ces soi-disant hommes de sapience sont des égarés, errant comme des chiens, sans l’odeur du pipi lâché sur leurs chemins ouverts.

 

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Nirvana (p 42)

Quand je fais pipi sur l’image d’un président déchu, je me sens triste. Je n’aime pas me faire plaisir sur un cadavre. Un fini. Un déchu. Alors que pisser sur une grosse tête encore aux commandes me procure jouissance et extase. Nirvana ! Je n’ai jamais fait de politique, jamais adhéré à un parti, ni de droite ni de gauche. Je suis audacieux et libre. Je suis le seul opposant qui ose, publiquement, dans ce pays dont l’article 2 de la nouvelle Constitution stipule que l’Islam est la religion de l’État, depuis un balcon donnant sur une rue bruyante encombrée de passants, faire pipi et même chier sur le visage des rois, des empereurs et des présidents vivants, morts ou déchus. Même Moul n’a pas le courage de faire comme moi.

Ça me fait rire de voir mon maître en train de lire un roman intitulé le lit défait ! !

Le monde défait.

Un pays défait !

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Deux extraits où c’est Moul le narrateur

J’ai pensé au père de Lara gardien de la prison de Palmyre ! Le borgne m’a regardé bizarrement, puis d’un geste de son bâton m’a indiqué une place pour me garer, non loin du portail. J’ai cherché quelques pièces de monnaie dans ma poche !

Dès qu’il a vu Harys à mes côtés, il a couru vers moi pour me mettre en garde : « Interdit aux chiens et aux femmes de rentrer dans le cimetière. Il y a un enterrement en cours en ce moment. » J’ai sorti un billet de deux dinars que j’ai laissé dans sa paume en sueur, serrant fort sur le gros bâton. Il m’a souri en disant : «  Vous cherchez une tombe précise ? » Silence. « Celle de la femme enterrée il y a deux semaines, l’autre samedi, le jour où il a neigé sur Alger ? » Silence. Il m’a devancé tout en me disant : «  Celle qui a une fille qui habite au Canada ou à Dakar… À l’étranger, pas en France, dans un pays lointain ? » Silence. Exactement !

 

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Vendredi

Moi aussi avant de trouver Harys comme compagnon attentif et fidèle, après que Farida a pris le chemin de la rupture, je me sentais seul, solitaire, isolé comme sur une île vide. L’île habite ma tête. Je ne suis pas Robinson. Je ne suis pas non plus Vendredi. Mais parce que Harris ne s’est jamais comporté comme mon serviteur, au fur et à mesure de notre vie commune, je sens que c’est à moi de jouer le rôle de Vendredi et aisément Harys se glisse dans la peau de Robinson.

Par un matin d’un jour du mois de ramadan, le quinzième jour du mois sacré, je ne sais pas pourquoi j’ai pensé changer le nom de Harys, lui coller celui de Vendredi ! Puis j’ai renoncé, par peur des voisines de l’immeuble, qui n’ont pas caché leur contestation et leur colère contre la présence de la croix chrétienne autour du cou de Lara. Donner le nom Vendredi, le grand jour des musulmans, à un chien impur, c’est de l’apostasie absolue ! Je risque une fatwa de mort ! Et j’étais sûr que Harys lui non plus n’accepterait jamais le nom de ce serviteur, cet être effacé face au colon esclavagiste arrogant qu’est Robinson.

 

Lire sous la contrainte chez Philippe avec la contrainte « livre dont le titre contient une apostrophe » et lire le monde chez Sandrine pour l’Algérie