Paul Auster – Brooklyn follies

Il y a deux itinéraires possibles pour aller de New York à Burlington, Vermont : l’un rapide, l’autre plus long. Pendant les deux premiers tiers du trajet, nous avons choisi le rapide, un trajet qui comprenait des voies urbaines telles que  Flatbush Avenue, le BQE, Grand Central Parkway et la route 678. Après être passés dans le Bronx par le Whitestone Bridge, nous avons encore roulé vers le nord pendant plusieurs miles jusqu’à la I-95, qui nous a fait sortir de la ville, traverser l’est du comté de Westchester et entrer dans le Connecticut. A New Haven, nous avons pris la I-91, que nous n’avons plus quittée pendant la majeure partie du voyage, à travers ce qui restait du Connecticut et tout le Massachusetts, jusqu’à la frontière méridionale du Vermont. La façon la plus rapide d’arriver à Burlington eût été de continuer par la I-91 jusqu’à White Rider Junction et, arrivés là, de prendre vers l’ouest par la I-89 mais, alors que nous nous trouvions dans les faubourgs de Brattleboro, Tom a déclaré qu’il en avait marre des grands axes et préférait poursuivre par des routes de campagne plus étroites et moins encombrées. Et voilà comment nous avons abandonné l’itinéraire rapide en faveur du lent. Cela rallongerait le voyage d’une heure ou deux, nous dit-il, mais au moins nous aurions une chance de voir autre chose qu’une procession de voitures pressées et sans vie. Des bois, par exemple, et des fleurs sauvages au bord du chemin, sans parler des vaches et des chevaux, des fermes des pâturages, des pelouses municipales et de quelques visages humains ça et là.

 

 

Paul Auster – Brooklyn follies