Le coeur cousu – Carole Martinez

J’ai commencé à accrocher à la lecture juste après le retour en arrière de l’auteur. En effet, le début est âpre et j’ai eu du mal avec cette dureté de Soledad, une jeune femme, qui raconte son arrivée dans le monde avec Frasquita sa mère au bord de l’épuisement …un monde désertique et aride…

J’ai peur toujours de cette solitude qui m’est venue en même temps que la vie, de ce vide qui me creuse, m’use de dedans, enfle, progresse, comme le désert et où résonnent les voix mortes.

Retour en arrière donc avec Frasquita la jeune fille, puis jeune mariée puis jeune mère, animée par une passion quasiment mystique, la couture :

Ce n’est qu’une boîte à couture, murmura la mère. Rien qu’une boîte à couture!

Regarde ces couleurs ! Comme notre monde paraît fade comparé à ces fils ! Tout chez nous est gâté par la poussière et les couleurs sont mangées par l’éclat du soleil. Quelle merveille ! Même dans la lumière grise ces bobines resplendissent ! Il doit exister des pays de pleines couleurs, des pays bariolés, aussi joyeux que le contenu de ce coffret.

Il faut ensuite se laisser emporter par la magie, magie des mots finement tissés autour de ce couple et de leur enfants, la folie du père, les efforts de la mère, le mutisme d’Angela , Clara la simplette, Martirio l’extra-lucide et la crinière rousse du seul frère..

Le réalisme magique n’est jamais loin : le don pour la couture (Frasquita coud des robes qui illuminent les mariées, recoud le coq qui causera leur perte, soigne les blessures des blessés de la guerre….)

Ce don subtilement évoqué leur apportera  à la fois bonheur et malheur, passion et folie..

Par moment j’ai retrouvé le souffle qui m’avait emportée avec « Cent ans de solitude  » fresque sur la passion et la folie également …

En conclusion : Presque aussi bien que « la terre qui penche »

Un extrait :

L’ogre entra dans le village pendant l’office de dimanche, au beau milieu du printemps, alors que la moitié des femmes en âge de faire des petits avaient le ventre plein.

Depuis plusieurs mois déjà, la Blanca formait Rosa, la fille aînée des Capilla, afin qu’elles soient deux à aider ces soirs de pleine lune où les bébés sortiraient tous à la fois. Mais, d’après Anita, la sage-femme savait déjà qu’elle ne pourrait pas rester terrée plus longtemps. La Blanca sentait sa présence, le savait en marche vers elle.

Il mit pied à terre sur la place de la fontaine. Ses cheveux, son habit, son cheval semblaient avoir été découpés à l’emporte-pièce dans une nuit mutilée, à la lune et aux étoiles arrachées. Son âne qui trottait derrière lui était chargé d’un fatras de sacs et de caisses.

Un étranger à Santavela était déjà un événement en soi, mais aucun étranger tel que lui, aucun savant chargé de plantes, de graines, de pierres originaires du monde entier, ne s’était jamais aventuré si loin sur le sentier qui menait au village.

À la sortie de l’église, tous le virent et chacun se précipita chez soi, évitant soigneusement de croiser son regard.

 

 

Challenge trilogie de l’été organisé par Philippe.

Cette année, plutôt qu’une trilogie, j’ai choisi de lire trois livres de Carole Martinez

La terre qui penche, Le coeur cousu, Du domaine des murmures

 

 

 

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17 réflexions au sujet de « Le coeur cousu – Carole Martinez »

  1. Il faut croire que je n’ai pas pu me laisser emporter par la magie puisque j’ai détesté ce bouquin. Il m’en reste peu de souvenirs. C’est surtout le coq qui me reste en tête. Une grosse déception pour moi et un coup de coeur pour pas mal de lectrices.
    Je note le lien. Merci.
    Bonne fin de semaine.

    • Bonsoir Quichottine
      Je viens d’aller lire ton billet (je n’ai pas pu laisser de commentaires :-()
      Beaucoup d’extraits avec Soledad… Bizarrement je crois que c’est le seul personnage que je n’ai pas apprécié : trop sèche et aride … Mais quel beau livre !!!
      Bisesss

      • C’est un ancien billet, alors, les commentaires sont fermés, je suis désolée. 🙂
        Mais bon, merci d’avoir suivi mon lien.
        Je crois que nous avons tous notre propre façon de lire, les personnages qui nous accrochent ou non.
        Peut-être ai-je reconnu là certains de mes souvenirs d’enfance.
        En tout cas, merci encore pour ta lecture de ce livre. J’ai beaucoup aimé ta propre page.
        Bises et douce soirée.

  2. Ping : Du domaine des murmures – Carole Martinez | La jument verte

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