Cabinet portrait – Benoziglio

Dans les romans tirés de film, dans les films tirés de romans, bref : dans tout ce qu’on peut tirer de n’importe quoi pour faire le maximum de fric avec un minimum d’idées et d’intérêt, le héros qui rentre dans sa chambre d’hôtel, moscovite, remarque, à d’imperceptibles détails, qu’en son absence de peu scrupuleux personnages ont passé la pièce au peigne fin.

Sans parler des cas où il tombe sur le corps d’une femme nue pendue au pommeau de la douche.

En ce qui me concerne, un tel désordre règne en permanence dans ma turne que ce n’est qu’en apercevant mon matelas éventré sur toute sa longueur que je réalise que j’ai reçu une visite. Comme si j’étais du genre à planquer des napoléons dans ma paillasse.

Ris donc.

Quant au dernier souvenir que je possédais encore de l’homme en blouse blanche, une montre or platine, cent mille carats, rubis, diamants et tout le bataclan, je ne la portais de toute façon jamais.

Une sorte de pudeur filiale.

Offerte par un patient pour le remercier de l’avoir guéri de sa mégalomanie.

Riez donc.

Je m’assure qu’aucune femme nue ne pend nulle part en me disant que c’est toujours trop tard, quand le mal est fait, qu’on regrette de ne pas s’être assuré.

Déteste l’idée que des mains sales ont tripoté mes affaires. Les livres, surtout. Mais tant d’imbéciles se servent des pages de la Bible ou du Capital pour y dissimuler leurs billets de banque que je ne peux pas en vouloir à mon monte-en-l’air d’avoir tenté le coup.

Une seconde, naïvement, comme si nous vivions encore au bon vieux temps, je caresse l’idée d’aller déclarer le vol chez les flics. Une seconde elle se laisse faire, l’idée, puis me déclenche un violent coup de coude dans le bas-ventre.

Bon.

Rapidement, je remets un semblant de désordre dans la pièce et puis, à tout hasard, parce qu’il faut quand même bien tenter quelque chose, je vais frapper chez Sbritzsky et Famille.

Dans leur poste, d’une voix de stentor, un type est en train d’expliquer que si le terrain n’est pas trop collant et si quelques favoris ont la bonne idée de se casser une jambe dès le départ, Fleur de Bave a une chance certaine d’être demain à l’arrivée.

Ce n’est qu’après que l’hippique commentateur a résumé la situation en rappelant aux amis turfistes que, sur 15 partants, ses favoris sont les numéros 4, 11, 5, 8, 14, 3, 1,  12, 7, 13, 6, 10 avec le 2 ou le 15 comme outsiders et très peu de chances pour le 9, encore qu’on ne puisse jamais savoir et que son entraîneur, quand il le monte, fait montre d’un troublant optimisme, ce n’est qu’alors que mâchouillant un bout de crayon et tenant à la main une feuille couverte de chiffres, le Seigneur des lieux daigne m’ouvrir.

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Cabinet portrait – Benoziglio

 

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