Nichoir

le sonnet caché dans le texte pour l’agenda ironique

Nichoirs

 

Le printemps maladif a chassé tristement
La lune, large et pâle, qui semble se hâter.
Je veux aimer pour vivre et vivre pour aimer,
Sur le chemin du bord du fleuve lentement

Tu es venu me dire que l’Amour est devant
Qui donc a fait pleurer les saules riverains ?
Est-ce le frêle moineau assis en souverain !
Reviens sur mon balcon, recommence ton chant

Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las,
Voici dans le gazon les corolles ouvertes,
Mordant la terre chaude où poussent les lilas,

Devant toi et moi, une assemblée de fées vertes
Tous sourires ; qui du printemps fêtent le réveil
De tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil.

 

les emprunts sont ici

http://www.poetica.fr/poeme-145/stephane-mallarme-renouveau/#

http://www.poetica.fr/poeme-231/elodie-santos-oiseau-de-printemps/

http://www.poetica.fr/poeme-781/guillaume-apollinaire-mai/

http://www.poetica.fr/poeme-3286/auguste-lacaussade-les-soleils-de-mai/

http://www.poetica.fr/poeme-207/guy-de-maupassant-nuit-de-neige/

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/theodore_de_banville/premier_soleil.html

 

Le caillou – Sigolene Vinson

Le Marin est mort noyé dans son champ, au milieu des barques qu’il avait retapées pendant des années sans jamais les remettre à l’eau. L’hiver avait été froid, la mer et les montagnes s’étaient recouvertes d’une brume blanche et bleue. Quand le redoux  est arrivé, les ruisseaux ont grossi, le Prunelli et la Gravona sont sortis de leur lit, la Méditerranée a fait des vagues. Le mobil-home de Monsieur Colombani était posé sur une étendue herbeuse qu’une plage de gros sable et un torrent à sec encadraient. Des vaches et des chevaux paissaient au milieu des coques d’embarcations qui embaumaient la résine et la peinture fraîche. La mer est entrée dans le champ, tandis que la rivière se réveillait pour venir à sa rencontre. Le Marin ne savait pas nager, quelques bêtes sont mortes avec lui. Après son enterrement, j’ai appris qu’il n’avait jamais navigué. Il réparait des bateaux parce qu’il aimait travailler la fibre de verre et que l’odeur des enduits ranimait ses sens. S’il avait été capitaine un jour, c’était seulement d’une jonque chinoise dans le port de Saigon et parce qu’il avait fumé de l’opium.

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Le caillou – Sigolene Vinson

Réparer les vivants – Maylis de Kerangal

 

Ce livre a fait beaucoup parler de lui alors je connaissais l’histoire : Simon un jeune homme est en coma dépassé après un accident de la route. En l’espace de quelques heures, les parents doivent « encaisser » la nouvelle et donner leur accord pour le don de ses organes ; les médecins doivent procéder à plusieurs transplantations. En perdant la vie, Simon rend la vie possible pour une personne en attente d’un cœur, une autre en attente de reins …

C’est l’histoire d’une course contre la montre et cette partie là est très bien retranscrite, on sent très bien dans l’écriture l’urgence de la situation.

Le début est enthousiasmant, on a l’impression d’être avec Simon et ses deux amis et de partager leur passion pour le surf. La suite est également convaincante, le désespoir des parents, la gêne des deux parents des amis survivants de l’accident, la sollicitude du personnel de l’hôpital, la réaction de la petite amie, l’innocence de la petite soeur qui n’est pas mise de suite au courant.

En fait ce livre est passionnant mais une chose m’a gênée : à une page, le père est contre le don d’organe pour son fils et la page suivante il donne son accord … trop rapide à mon avis …mais cela reste un tout petit bémol d’une très belle lecture…

En espérant ne jamais être confrontée à ce choix terrible…

 

un extrait ici

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Livre recommandé par Kathel (son avis ici) et Quichottine dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Nichoir

Je ne suis qu’une maison minuscule, bâtie par les hommes pour leurs petits amis. Maison aérienne pour amis aériens. Ils m’ont fait à l’image de leur maison à eux ces bipèdes facétieux : un toit, 4 murs, une porte entrouverte. Mes hôtes n’ont qu’à pousser la minuscule porte et je les garde à l’abri du vent, de la pluie. Les humains m’ont appelé « nichoir », cela me plait de les contempler d’en haut.
Cette année le printemps maladif a chassé tristement les giboulées de février.
La lune, large et pâle, qui semble se hâter vers son rendez vous avec le soleil entonne un petit chant guilleret : « Je veux aimer pour vivre et vivre pour aimer ».
Sur le chemin du bord du fleuve lentement, les petits enfants remontent l’allée avec leurs jumelles autour du cou, la mamie les a bien sermonnés : il ne faut pas effrayer rouge-gorges, mésanges et pinsons. Elle chantonne « Tu es venu me dire que l’Amour est devant, pourquoi, comment ? ». Et moi, pauvre bâtisse fragile dans l’arbre, je les observe se poser toutes ces questions : Qui donc a fait pleurer les saules riverains ? Est-ce le frêle moineau assis en souverain ? Ils y vont forts ces humains à accuser ainsi un moineau ! comment un oiseau pourrait-il faire pleurer un saule ? c’est comme si je vous disais qu’une hirondelle pouvait faire le printemps …ne t’en va pas moineau : Reviens sur mon balcon, recommence ton chant
L’arbre dans lequel ils m’ont installé ploie sous le poids de grappes mauves et odorantes
Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las, en rêve je tombe dans l’herbe gorgée de rosée : Voici dans le gazon les corolles ouvertes, je me prends à vouloir bouger, fragile roulotte sans destrier, mordant la terre chaude où poussent les lilas.
L’autre nichoir dans l’arbre voisin est resté perché, fier dans sa transparence ensoleillée :
Devant toi et moi, une assemblée de fées vertes s’est réunie, pépiant et racontant l’ivresse de l’air et de la pluie ; un arc en ciel est né ce matin, après l’orage qui m’a délogé. Plancher sur la terre, je m’enivre du chant des oiseaux, et des enfants, qui rayonnent tous sourires ; qui du printemps fêtent le réveil. Il ne faudra pas surtout que j’oublie, si un jour je remonte dans mon arbre entouré de tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil, non il ne faudra pas que j’oublie que dans mon nom « nichoir », il y a choir.

!

Ma participation à l’agenda ironique de juin hébergé par Clémentine 

Mais si les objets, à leur tour, parlaient… de nous ? Imaginez la verve d’une lampe, d’une assiette ou d’une vieille godasse et son regard posé sur les humains que nous sommes.

L’ironie est, comme toujours, un ingrédient fortement conseillé !

Une petite contrainte pour la route? Vous devrez glisser à l’intérieur d’un texte en prose plusieurs alexandrins disséminés ça et là, mais qui, mis les uns à la suite des autres, formeront un poème en rimes plates, croisées ou embrassées.

Il y a dans ce texte en prose un sonnet caché : le trouverez vous ? (publication jeudi prochain parce que le jeudi c’est Poésie)