Concerto du dimanche

Quand la cuisinière referme mon couvercle, je ne me sens plus de joie et tous les dimanches cela recommence. Je frétille me sentant la reine de la cuisine, et que ça papote, et que ça gigote, petits et grands épluchant les légumes, taillant des morceaux de viande, des oignons pleureurs. Après ces préparatifs, je ne me sens plus d’aise, le fonds de ma marmite chauffant sur le cercle. Aujourd’hui c’est un pot-au-feu qui fait fondre légumes et limousine (la vache pas la voiture). Ils sortent tous de la cuisine, se regroupant pour prendre l’apéro comme ils disent. Pendant ce temps, je mitonne, fredonne, assisonne, bouillonne  et espionne :  Les poireaux se lancent dans un tango torride, les navets dans une java rythmée par la batterie de cuisine. De retour, la cuisinière esquisse quelques pas enjoués, et surveille mon siflet : La vapeur essoufflée, relâche la bride, assouplissant pommes de terre et navets.

Encore quelques minutes ma cocotte, chantonne la fée du logis qui part installer la table de ses invités. Quand le sifflet retentit et appelle trois fois, la dame accourt et libère ma soupape, Pshitttt, Pshitttt, Pshitttt…

Un filet s’élève et fait entendre ma voix de casserole, il est temps de me dégoupiller en prenant les précautions d’usage. Imperturbable, je chante les futures agapes.

La famille tout à coup débarque avec envie, les papilles émerveillées, les yeux écarquillés, les narines inspirant le fumet. Ils se damneraient pour un copieux pot-au-feu, chouette voici revenu l’hiver et ses grandes tablées pleine de cousins. Les petits clament rieurs que madame est servie… pas besoin de mettre les petits plats dans les grands, et moi cocotte sans couvercle je trône au milieu de la table.

Même la tante revêche me trouve diététique, cuisson sans gras et sans beurre, je n’ai pas mon pareil pour réussir à plaire à tous, mélangeant rapidement arômes et saveurs.  Ils racleront tout ces gourmets drolatiques, et voteront après le dessert pour l’élu du prochain dimanche : poule au pot, Henri IV mon sauveur, a parlé.

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Ma participation (hors délai) à l’agenda ironique de juin hébergé par Clémentine 

MAIS SI LES OBJETS, À LEUR TOUR, PARLAIENT… DE NOUS ? IMAGINEZ LA VERVE D’UNE LAMPE, D’UNE ASSIETTE OU D’UNE VIEILLE GODASSE ET SON REGARD POSÉ SUR LES HUMAINS QUE NOUS SOMMES.

L’IRONIE EST, COMME TOUJOURS, UN INGRÉDIENT FORTEMENT CONSEILLÉ !

UNE PETITE CONTRAINTE POUR LA ROUTE? VOUS DEVREZ GLISSER À L’INTÉRIEUR D’UN TEXTE EN PROSE PLUSIEURS ALEXANDRINS DISSÉMINÉS ÇA ET LÀ, MAIS QUI, MIS LES UNS À LA SUITE DES AUTRES, FORMERONT UN POÈME EN RIMES PLATES, CROISÉES OU EMBRASSÉES.

Il y a dans ce texte en prose un poème caché : le trouverez vous ? (publication jeudi prochain parce que le jeudi c’est Poésie)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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