La terre qui penche – Carole Martinez

Voilà un livre enthousiasmant (bon il m’intimidait avant de l’ouvrir parce que j’avais lu l’avis d’Asphodèle , celui de Kathel, Lydia et d’autres encore…). Et puis je me suis laissée emportée par la personnalité de Blanche, la jeune narratrice (12-13 ans). Pas facile d’être une fille au Moyen-Age. Traitée comme du bétail et donnée à marier à un simple d’esprit qui est aussi l’héritier du seigneur voisin, Blanche reste combative et profite de l’opportunité qui lui est donnée d’apprendre à lire. Elle est surprenante et ne se laisse pas abattre. Lors de son périple au Domaine des murmures, que de rencontres elle fera, passant ainsi de l’enfance à l’âge adulte : son fiancé, Aymon , simple mais si attachant, Pierre le jeune menuisier qui leur vient en aide, et aussi finalement son père, un inconnu froid pour elle, qu’elle découvre sous un nouveau jour, celui d’avant la mort de sa mère emportée par la peste noire comme la moitié de la population à cette époque. Une autre des rencontres magiques aura lieu avec la Loue (à la fois rivière, femme amoureuse ou jalouse, protectrice un jour, meurtrière le lendemain)

Entre les passages où Blanche la jeune fille raconte ce qui lui arrive, une autre voix se mêle à l’histoire, c’est la voix de Blanche, vieille dame morte qui raconte ses souvenirs modifiés par le temps  et apporte du recul au récit…

En conclusion : A lire absolument …pour tout l’histoire et le style envoutant

Quelques extraits

 

– Blanche, ton père sera ici tout à l’heure, il a des projets pour toi. Va préparer tes affaires ! Tu peux prendre tout ce que je t’ai donné. Tu es venue sans rien, tu n’as plus de fiancé, plus d’avenir aux Murmures, mais tu auras au moins gagné quelques habits ici.
– S’il vous plaît, gardez-moi !
– Et comment le pourrais-je ? Nous n’avons plus d’enfant à te faire épouser. Ton père arrive, il faudra le suivre. Les filles n’ont pas leur mot à dire dès qu’il est question de les marier. Les filles n’ont rien à dire d’une façon générale.

 

La loue, à la fois rivière et sorcière (une vouivre) est un personnage à part entière

La femme se lève, gigantesque beauté. Elle déplie gracieusement ses rondeurs dans le paysage comme un être surnaturel. Elle appartient à cette terre, certaines de ses formes sont modelées dans la continuité des rochers, des nuages, des arbres, la traîne verte de sa cotte coule jusqu’à la Loue, elle devient plus terreuse à mesure qu’elle se rapproche de l’eau troublée. Sous le soleil, le tissu est plein de remous et de reflets confus et il touche sa chair de si près qu’elle paraît presque nue.

 

Et enfin Bouc, le cheval, celui par qui tout arrivera :

Deux fois, j’ai été a tes côtés pour sortir de ces bois, deux fois j’aurais pu choisir le monde sauvage mais j’ai préféré t’accompagner jusqu’ici. Tu n’es responsable de rien. Je t’ai adoptée, Blanche, je t’ai aimée petite, dure et butée, prête à tout réinventer, prête à tous les mensonges pour survivre. Je t’aurais suivi en enfer. J’ai été ton père cheval. Tu as grandi, Blanche, mais je serais toujours là sous tes pieds, je serais la terre qui te porte, je serai la couleur des champs, je serai les labours. Tu peux m’appeler Terre. Ne viens pas demain.

 

Livre recommandé par Lydia (son avis ici )

 

Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

 

Challenge trilogie de l’été organisé par Philippe.

Cette année, plutôt qu’une trilogie, j’ai choisi de lire trois livres de Carole Martinez

La terre qui penche, Le coeur cousu, Du domaine des murmures

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