La petite marchande de prose – Daniel Pennac

Chapitre sept : l’apparition eu lieu dans les couloirs du retour. Car la première rencontre entre Clara et Clarence relève, oui, de l’apparition. C’était un soir de printemps. Un soleil feuille morte dorait les murs. Le vieux maton nous reconduisait  vers la sortie. Nos pas s’étouffaient dans le silence d’un long tapis cardinalice.  Il ne manquait que les paillettes de Walt Disney pour nous expédier main dans la main, Clara et moi, au paradis azur de toutes les réconciliations. Pour dire la vérité, j’avais hâte de me tirer. Qu’une prison ressemblât si peu à une taule chamboulait mon système de valeurs. Et je n’aurais pas été autrement étonné si le taxi diesel qui nous attendait à la sortie se fût métamorphosé en un carrosse de cristal tiré par cette race de chevaux ailés qui ne produisent jamais de crottin.

C’est alors que le prince charmant nous apparut.

Debout, long et droit, un livre à la main, au bout du couloir, sa tête blanche éclaboussée d’or par un rayon oblique.

L’archange soi-même.

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La petite marchande de prose – Daniel Pennac

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