A la lumière d’hiver – Philippe Jaccottet

On aura vu aussi ces femmes – en rêve ou non,
mais toujours dans les enclos vagues de la nuit –
sous leurs crinières de jument, fougueuses,
avec de longs yeux tendres à lustre de cuir,
non pas la viande offerte à ces nouveaux étals de toile,
bon marché, quotidienne, à bâfrer seul entre deux draps,
mais l’animale sœur qui se dérobe et se devine,
encore moins distincte de ses boucles, de ses dentelles
que l’onduleuse vague ne l’est de l’écume,
le fauve souple dont tous sont chasseurs
et que le mieux armé n’atteint jamais
parce qu’elle est cachée plus profond dans son propre corps
qu’il ne peut pénétrer – rugirait-il d’un prétendu triomphe -,
parce qu’elle est seulement comme le seuil
de son propre jardin,
ou une faille dans la nuit
incapable d’en ébranler le mur, ou un piège
à saveur de fruit ruisselant, un fruit,
mais qui aurait un regard – et des larmes.

!

A la lumière d’hiver – Philippe Jaccottet

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20 réflexions au sujet de « A la lumière d’hiver – Philippe Jaccottet »

  1. Ping : Le jeudi poésie avec Jean-François Mathé. | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  2. Je trouve ce poème un peu cru, cruel, mais superbe, Val
    Le rythme coupe le souffle, dix neuf lignes sans point, une vraie force et beauté chevaline 😆
    Vive Jacottet !
    Gros bisous et bonne fin de semaine

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