Nuit(s)

Cher Mr Gallimard,

Je vous écris cette lettre pour vous faire part de mes inquiétudes. Les jeunes ne lisent plus (les vieux non plus mais ils le cachent).

Devant ce constat alarmant, j’ai eu une idée en lisant ce site (une idée écologique en plus car recyclable) Il s’agit de créer de nouveaux livres avec d’anciens.

Pour la réalisation du premier tome de cette nouvelle collection, il s’agit de fusionner « l’étranger » de Camus et « Voyage au bout de la nuit de Céline ». Ce n’est pas dur , il y a 396 citations de « l’étranger » et 791 de « voyage au bout de la nuit » sur Babelio. Un peu de lien entre les extraits et le tour sera joué : un nouveau livre dont le titre « Etre rangé, nuit debout » devrait séduire le jeune public. (livre dont je vous invite à aller voir la couverture ici)

Je vous explique le synopsis en quelques mots : Meursault, du fond de sa prison à Fleury Mérogis, attend sa sentence. Son médecin Bardamu vient lui rendre visite et le conseille (Meursault a refusé d’être représenté par un avocat). Bardamu essaie de convaincre le mouvement « Nuit debout » de manifester pour Meursault, dans l’optique de la « convergence des luttes » (d’où le titre du nouveau livre « « Etre rangé, nuit debout » », vous l’aurez compris. La revendication est celle de Meursault de pouvoir se « ranger » et faire oublier ses crimes. Le roman se déroule en octobre 2016, pour que les jeunes se reconnaissent dans l’époque. Vous conviendrez que je doive réfléchir pour cela à l’adaptation de l’étranger (1942) et du « Voyage… » (1932), je vous tiens au courant…

Je vous retranscrit ci dessous l’incipit tel que je le vois. le passage de « l’étranger » est en bleu et le passage du « voyage » est en rouge, pour l’illustration du « concept ».

Dans l’obscurité de ma prison roulante, j’ai retrouvé un à un, comme du fond de ma fatigue, tous les bruits familiers d’une ville que j’aimais et d’une certaine heure où il m’arrivait de me sentir content. Le cri des vendeurs de journaux dans l’air déjà détendu, les derniers oiseaux dans le square, l’appel des marchands de sandwiches, la plainte des tramways dans les hauts tournants de la ville et cette rumeur du ciel avant que la nuit bascule sur le port, tout cela recomposait pour moi un itinéraire d’aveugle, que je connaissais bien avant d’entrer en prison.

Faire confiance aux hommes c’est déjà se faire tuer un peu. Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l’indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue. S’ils se mettent à penser à vous, c’est à votre torture qu’ils songent aussitôt les autres, et rien qu’à ça. On ne les intéresse que saignants les salauds !

Restant à votre disposition, Cher Mr Gallimard, pour la réalisation de cette nouvelle collection, qui devrait rendre le goût de la lecture aux jeunes et aux moins jeunes.

Cordialement

La jument verte

PS : si l’idée vous plait j’ai une idée de synopis pour le volume 2 : « Rien ne s’oppose à la nuit » de Delphine de Vigan et « la nuit des temps » de Barjavel pour donner « Rien ne s’oppose à la nuit des temps », je vous laisse, je vais lire le premier pour voir comment le fusionner avec le deuxième.

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Ma participation à l’agenda ironique d’octobre organisé par Laurence Délis avec le thème « nuit d’octobre »