Trouvez le titre et l’auteur – 21 août

Le pas d’un cheval remonte la vallée solitaire et fait naître, dans le silence des gorges, de vastes échos ; au sommet des rochers, les broussailles sont immobiles, immobiles aussi les petites herbes jaunes, et les nuages eux-mêmes avancent dans le ciel avec une lenteur particulière. Le pas du cheval s’élève tout doucement le long de la route blanche, c’est Giovanni Drogo qui retourne au fort Bastiani.
Oui, c’est bien lui, maintenant qu’il est plus près, on le reconnaît bien, et, sur son visage, on ne lit nulle douleur particulière. Il ne s’est donc pas révolté, il n’a pas donné sa démission, il a avalé cette injustice sans broncher et il retourne à son poste habituel. Au fond de son âme, il y a même la timide satisfaction d’avoir évité de brusques changements dans sa vie, de pouvoir reprendre telles quelles ses vieilles habitudes. Il compte même, ce Drogo, sur une gloirieuse revanche à longue échéance, il croit avoir encore devant lui un laps de temps infini, il renonce ainsi à la mesquine lutte pour la vie quotidienne. Le jour viendra, pense-t-il, où tous les comptes seront réglés avec générosité. Mais, en attendant, les autres arrivent, ils se disputent âprement le pas afin d’être les premiers, ils dépassent en courant Drogo, sans même se soucier de lui, ils le laissent derrière eux. Lui les regarde disparaître au loin, perplexe, assailli de doutes insolites : et si, en réalité, il s’était trompé ? S’il n’était qu’un homme quelconque à qui ne revient de droit, qu’un médiocre destin ?

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La règle du jeu est ici

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16 réflexions au sujet de « Trouvez le titre et l’auteur – 21 août »

  1. Le livre de ma vie, l’écrivain qui m’a bouleversé, le personnage qui me hante, le bouquin qui permet de n’en lire aucun autre, ce que je me suis bien gardé de faire. Bises et à bientôt. 😀

  2. … Giovani Drogo montait au fort solitaire, comme en ce jour de septembre, comme en ce jour lointain. Avec cette seule différence que, sur l’autre versant du vallon, il n’y avait pas d’autre officier en train d’avancer, et que, au pont, là où se rejoignaient les deux routes, il n’y avait pas non plus de capitaine Ortiz venant à sa rencontre.

    Le désert des tartares, Dino Buzzati

    Bon dimanche, Mâme Valentyne 😀

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